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CHAPITRE XIV

presbytérien du gouvernement de l'Église (1).

L'objet de ces arrêtés ne put être caché aux indépendants: ils prirent la résolution d'opposer à leurs adversaires leurs propres armes , et d'intimider ceux qu'ils ne pouvaient convaincre. L'armée sortit soudainement, à leur secrète instigation, de ses eanlonnements dans le voisinage de Notlingham, s'approcha de la métropole, et prit ses quartiers dans le comté d'Essex. Ce mouvement fut regardé et ressenti comme une menace ; Fairfax allégua , pour l'excuser, la difficulté de se procurer des subsistances dans un pays ruiné et appauvri (21 mars).- Il rencontra , à Saffron-Walden , les commissaires du parlement : ils convoquèrent un conseil d'officiers, et soumirent à leur examen des propositions relatives au service d'Irlande; mais, au lieu d'une réponse positive, on fit des recherches , on demanda des explications, pendant qu'on faisait circuler, afin d'obtenir les signatures des divers régiments, une remontrance contre le traitement de l'armée. Les soldats y demandaient un bill d'indemnité , pour les mettre à couvert de toute action devant les cours civiles, rclativemeutà leur conduite passée; la solde de l'arriéré, qui se montait, pour la cavalerie , à quarante-trois semaines,ct à dix-huit pour l'infanterie ; l'exemption de la presse pour le service étranger ; une récompense pour les blessés, des pensions pour les veuves et les familles de ceux qui seraient tués à la guerre, et un payement hebdomadaire, afin de n'être plus forcés de vivre à discrétion chez les habitants. Celte remontrance alarma le parti dominant : il craignit de s'aliéner des pétitionnaires qui avaient l'épée à la main, et, pour anéantir ce projet dès sa naissance , les deux chambres envoyèrent des instructions au général, ordonnèrent à tous les membres qui avaient des commandements de se rendre à l'armée (30 mars), et publièrent une déclaration par laquelle , avec la promesse d'oublier le passé, ils prévenaient les signa-

(1) Journaux de* commune», it, 15, 19, 20, 23, 25. 26 et 27 février ; I, 2, 3,4 , 5 mars. La majorité presbytérienne te trouva réduite a dix, dans plusieurs divisions, dans l'une à deux membre*. Ils fireul tous leurs efforts pour exclure Fairfax , mais ils eurent une minorité de 147cootrel59.lbid., 5 mars. • (Juelques-uns,dil Wbilelock, parurent étonnés du débat et de la question.» Pag. 239.

taires qu'en persistant dans leur conduite illégale , ils s'exposaient à être punis «comme ennemis de l'État et perturbateurs du repos public» (1).

Les auteurs de cette déclaration connaissaient bien peu l'esprit militaire. Ils cherchaient a l'emporter par la crainte, et ils ne firent qu'accroître le mécontentement général. Pouvait-on supporter, se demandaient les soldats, que la ville de Ixmdres et le comté d'Essex fissent des pétitions contre l'armée, et qu'il fut défendu a ceux qui avaient combattu, versé leur sang , et vaincu pour la cause de leur pays, d'établir leurs griefs et de justifier leur caractère? Jusqu'alors l'armée avait été guidée, du moins en apparence, par le conseil d'officiers; maintenant, soit par les manœuvres des officiers eux mêmes , pour faire partager l'odieux à toute l'armée, soit par les suggestions des soldats , qui commençaient à se défier de l'intégrité de leurs chefs , on forma promptement , à l'imitation des chambres de Westminster, deux corps délibérants, l'un composé des officiers qui avaient des commissions, l'autre de deux représentants de chaque compagnie, s'appelant eux-mêmes assistants ou aides , dénomination que leurs ennemis changèrent en celle d'agitateurs ou perturbateurs (2). Guidée par eux, toute l'armée parut animée d'un même esprit: à peine se trouva-t-il un homme qui voulût déserter la cause commune, eu acceptant du service en Irlande ; chaque corps adjoignit des surnuméraires à son complément primitif (3), et l'on tenait des discours, et l'on suggérait des projets fort alarmants pour le parti

(1) Journaux, ix,66, 72, 82, 89, 1 12-115. Commuues, ▼,11,25, 28, 27, 29 main.

(2) Ce ne fut pas la première apparition des agitateurs. « La première fois , dit Fairfax , que je les remarquai , ce fut a Nouingbam (fin de février], par le rassemblement des soldats qui dressaient une pétiliou au parlement, au sujet de leur arriéré. La chose paraissait juste, mais non par ce moyen; je parlai a quelques officiers qui y prenaient une part active, et je la supprimai pour celte fois. • Mémoires abrégés de Thomas, lord Fairfax, écrits par lui-même. Traité de Somers, v, 392.

(3; Quelques corps de troupes, dans les comtés éloignés, avaient été licenciés ; mais l'armécsous Fairfax, en enrôlant de» volontaires des deux partis , royalistes ou parlementaires, s était graduellement accrue de plusieurs millier» d hommes, et la dépense de leur entretien s'était doublée. Voyez Journ , tx , 559583.

presbytérien. Confiant cependant en sa propre puissance , la majorité résolut de licencier plusieurs régiments, en leur donnant une petite portion de leur arriéré. On venait à peine de prendre cette décisiun , qu'une députation d'officiers présenta aux communes une apologie de la remontrance. Ils maintenaient qu'ils n'avaient pas perdu leurs droits de sujets, en devenant soldats; qu'en combattant pour la liberté des autres, ils n'avaient pas perdu la leur; que ce qu'on avait accordé aux adversaires de la république et aux officiers d'Essex et de Wallcr, ne pouvait équitablcmcnt leur être refusé ; et que, comme sans liberté de faire des pétitions les griefs étaient sans remède, on devait leur permettre de réclamer présentement ce qui les concernait comme soldats, aussi bien qu'ils le pourraient par la suite, en ce qui les concernerait comme citoyens. En même temps, «les assistants» adressèrent à Fairfax et aux autres officiers généraux une lettre, dans laquelle ils rappelèrent les injustices dont ils étaient les victimes, déclarant leur résolution d'en obtenir le redressement , et citant l'expédition d'Irlande comme un simpîe prétexte, pour séparer les soldats des officiers auxquels ils étaient attachés, « un manteau pour l'ambition d'hommes qui, ayant goûté depuis peu de la souveraineté, et, s'élant élevés audessus de leur sphère ordinaire de sujets, cherchaient à devenir des maîtres et dégénéraient en tyrans. » Le ton de ces écrits excita l'alarme , et Crom well , Skippon , Ireton , et Fleetwood , reçurent l'ordre de rejoindre leurs régiments, et de les assurer que les bills d'indemnité seraient passés, que l'on aurait égard à leur arriéré, et que l'on ferait un payement considérable avant de les renvoyer du service (8 mai). Quand ces officiers annoncèrent, selon les expressions de l'ordre du parlement, que leur mission était « d'apaiser les désordres de l'armée,» les conseils répliquèrent qu'ils ne connaissaient pas de désordres, mais beaucoup d'abus , dont ils demandaient le redressement imraédlfct (I).

Whitelock, avec ses amis, s'éleva contre une

(1) Journaux, ix. 164. Commune», 27, 30 avril. Wbi- «elock, 216, 246. Rurimorlh, vi, 417, 4 il, 157. 4K». 480.

façon de procéder qui, suivant eux, devait finir par une défaite ; mais ses efforts furent repoussés par la violence de Ilolles, Stapleton, et Glyn, les chefs du parti dirigeant, qui, tout en consentant à rendre un bill d'indemnité, et à donner des fonds pour le payement de l'arriéré de huit semaines (21 mai), envoyèrent en même temps au général des instructions pour rassembler les divers régiments dans leurs quartiers, et les licencier sans délai (25 mai). Au lieu d'obéir, il convoqua le conseil des offuiers (29 mai), qui décida que l'argent offert par les chambres n'était qu'une faible portion de ce qu'ils demandaient; qu'on ne donnait aucune sûreté réelle pour le reste; qu'on n'avait pas rapporté l'acte qui les déclarait ennemis de l'État; et que, puisqu'ils ne pouvaient obtenir ni réparation pour leur caractère, ni sécurité pour leurs personnes, il était nécessaire que toute l'armée se réunit, afin de se consulter en commun (1er juin). Cette nouvelle ouvrit les yeux de leurs adversaires : ils rayèrent sur les registres la déclaration offensive, ils rendirent un bill d'iudomnité plus complet ( 5 juin ), et ils avaient déjà proposé plusieurs résolutions pour répondre aux objections des officiers , quand leur alarme fut portée au comble par des nouvelles inattendues deHolmby(l).

Peu après la nomination des agitateurs (21 avril), un officier remit au roi une pétition de l'armée, afin qu'il voulût se laisser conduire aux quartiers de leur général , qui le rendrait a ses honneurs, à sa couronne, et à sa dignité. Charles répliqua qu'il espérait les récompenser un jour de la loyauté de leur intention, mais qu'il ne pouvait consentir à une mesure qui, selon toutes probabilités, replongerait la nation dans les horreurs d'une guerre civile (2). 11 croyait que sa réponse engagerait l'armée à abandonner ce projet; mais six semaines après, le mercredi 2 juin, tandis qu'il jouait à la boule, Joyce, cornette dans les gardes du corps du général, parut au milieu des spectateurs (2 juin); et, à une heure avancée de la

(1) Wbkelork,248-250. HoIIp». 92 Joiirnam . 207, 222, 226, 228. Comimim*. 14, 21, 2>, 28 mai : I, 4, 5 juin. Hu«h\v.. vt. 4«9, 483. 4U7-5O0, Soi.

(2) Mém.dtfUarendot, 11,3 m.

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soirée du même jour, les commissaires de service apprirent qu'un parti nombreux de cavalerie s'était rassemblé sur la plaine de Marieston, à 2 milles de Ilolmby. On ne pouvait douter de leur intention. On fut bientôt certain que les gardes ne feraient pas de résistance; et le colonel Greavcs, leur commandant, jugea convenable de se retirer dans une place de sûreté ( 3 juin ). Sur les deux heures du mal in , les étrangers parurent devant les portes, et furent admis à l'instant. Aux questions des commissaires, qui demandaient quel était le commandant , et quelle était leur intention, Joyce répondit qu'ils étaient tous commandants, et qu'ils étaient venus pour arrêter le colonel Greaves , et mettre en sûreté la personne du roi , afin qu'il ne fût pas emmené par leurs ennemis. Ils placèrent alors leurs propres factionnaires, et passèrent la journée en consultation. Sur les dix heures du soir, Joyce demanda a être admis dans la chambre du roi, et l'informa que ses camarades et lui appréhendaient une attaque, et désiraient le conduire dans un lieu plus sûr. Charles y consentit, à la condition que ce qui se passait alors en particulier entre eux serait répété en public; et, à six heures du matin . il s'établit sur les marches de la porte (4 juin), pendant que les compagnies défilaient devant lui, Joyce se tenant un peu en avant de la ligne , et le dialogue suivant commença :

Le roi. — M. Joyce, je désire savoir quelle autorité vous avez pour prendre charge de ma personne, et me conduire ailleurs.

Joyce. — Je suis envoyé par l'autorité de l'armée, afin de prévenir les desseins de ses ennemis , qui cherchent à inonder une seconde fois le royaume de noire sang.

Le roi. — Ce n'est point une/autorité légitime. Je n'en connais pas d'autre en Angleterre que la mienne, et celle du parlement après la mienne. Avez- vous une commission signée de sir Thomas Fairfax?

Jotce. — J'ai l'autorisation de l'armée, et le généra] est compris dans l'armée.

Le roi. — Ce n'est pas une réponse. Le généra! est chef de l'armée. Avez-vous une commission par écrit P

Jotce. — Je supplie Votre Majesté de ne plus

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