‹ Histoire d' AngleterreChapitre 191 sur 307 · RE XIV · texte numérisé non relu

RE XIV

me faire de questions. Voici ma commission; et il montra les cavaliers qui le suivaient.

Le roi, en souriant. — Je n'ai jamais lu, jusqu'ici , de pareille commission ; mais elle est écrite en caractères assez lisibles et assez beaux : depuis longtemps je n'ai pas vu d'aussi brillante compagnie de gentlemen. Mais, pour me faire sortir d'ici, vous devez user de force, à moins que vous ne me donniez toute satisfaction aux demandes justes et raisonnables que je vous fuis : qu'on me traitera avec honneur et respect, que je ne serai pas contraint à rien faire contre ma conscience ou l'honneur , bien que je sache que ma résolution est si forte, qu'aucune puissance ne pourrait me déterminer à une bassesse. Vous êtes maîtres de ma personne, mon âme est au-dessus de votre atteinte.

La troupe témoigna, par acclamation, son consentement , et Joyce ajouta qu'il n'était pas dans leurs principes de forcer la conscience de qui que ce fût, et encore moins celle de leur souverain. Charles demanda que ses serviteurs le suivissent ; et, quand on y eut consenti, il s'informa du lieu où l'on se proposait de le conduire. Les uns parlèrent d'Oxford , d'autres de Cambridge; mais, sur le désir du roi , Newmarket fut préféré. Dès qu'il se fut retiré, les commissaires protestèrent contre le déplacement de la personne royale, et engagèrent les cavaliers présents à se réunir a eux , et à maintenir l'autorité du parlement. Mais tous répondirent d'une seule voix « aucun , aucun. ■ Et le roi, se confiant à Joyce et à ses compagnons, se rendit , ce même jour-là , à cheval , à Hinchinbrook, et de là à Newmarkct (1).

(1) Comparez le récit de l'armée (Rusbw., ti, 513), arec les lettres envoyé» s par les commissaires à la chambre des lords. Journaux, 237, 240, 248, 250 Fairfax fut au-devant du roi, et lui donna l<* conseil de retournera Ilolmby. < Le jour suivant, j'allai cbez le roi, moQ devoir étant aussi de l'enoacer à retourner à Holmby ; mats il prit une autre résolution... Ayant ainsi perdu toute la journée à cette affaire , je retournai à mes quartiers ; et lorsque je pris congé du roi, il médit : Monsieur, j'ai autant de pouvoir sur l'armée que vous... J'assemblai uu conseil de guerre pour procéder contre Joyce, en raison du délit grave qu'il avait commis, et de la violation des articles de gaerre; mais les officiers, soit par crainte des soldats mécontents , ou plutôt (comme je le soupçonnai) par une approbation secrète de ce qui s'était fait,

Le dessein de s'emparer de la personne du roi fut ouvertement avoué par le conseil des agitateurs, quoiqu'on l'attribuât généralement a 1 insinuation secrète de Cromwell. On l'avait .«soigneusement caché à Fa irfax jusqu'au succès de l'exécution. Il était toujours dupe de l'hypocrisie du lieutenant général, qu'il croyait animé des mêmes sentiments que lui, d'un prompt désir de >atisfaire aux plaintes de l'armée, et de prévenir en même temps une rupture entre elle et le parlement. Mais Cromwell avait en vue un objet bien différent, l'humiliation de ses adversaires politiques: et son espoir fut encouragé par l'ardeur de l'armée et par le vœu général du peuple. Le lendemain de l'enlèvement du roi de llolmby, l'armée se réunit au rendezvous indiqué a Ncwmarket, et, par un solennel engagement, il fut entendu que divers officiers avaient été chargés de soutenir la cause des militaires; eux-mêmes avaient été conduits à choisir divers hommes de chaque compagnie, lesquels en choisissaient deux ou plus parmi la masse pour agir au nom et dans l'intérêt de tous les régiments , et que maintenant ils promettaient que l'armée ne se séparerait pas, qu'elle ne fournirait pas de volontaires pour le service d'Irlande, tant que leurs griefs n'auraient pas été redressés, et leur sûreté future garantie, de manière à satisfaire un conseil composé des officiers généraux, de deux officiers commissionnés, et de deux simples soldats choisis dans chaque régiment. Après cela, l'armée se mit en marche vers la capitale, et comme elle s'avançait, l'airfax recevait tous les jours des adresses des francs tenauciers de différents comtés, comme si les troupes qu'il commandait constituaient l'autorité suprême dans la nation. Ils se plaignaient de ce que le retour de la paix n'avait pas ramené ce bonheur dont la promesse les avait engagés à se soumettre aux privations delà guerre; et ils attribuaient leur désappointement à l'obstination avec laquelle certaines personnes tenaient aux émoluments des places. Dans le parlement, au milieu des débats des deux partis , on adopta quelques me-

rendireot «ans effet tout mes efforts a ce sujet. » Traites de Somers, v, 3W4. Hoilis assure que le plan d'enlever le roi avait été formé dans la maison deCrnrowell , le 30 mai (Hoilis, 96). Huutingdon d»t qu'il «Tait été conseillé par Cromwell et Ireion. Journ. des lords, x , 409.

| sures pour satisfaire le public et les militaires ; I mais on en admit d'autres aussi , qui manifesj taient la détermination des chambres de ré- | sister aux ordres d'une soldatesque mutinée. | Les discussions prenaient tous les jours un j caractère plus menaçant. Une série de pétitions, I de remontrances, et de déclarations, sortait des plumes d'Ircton et de Lambert, sous la direction de Cromwell. L'armée ajoutait continuellement à ses anciennes demandes, et actuellement elle exigeait que toutes les capitulations accordées pendant la guerre fussent observées; qu'on fixât une époque pour la clôture du présent parlement; que la chambre des communes fut purgée de tout individu déclaré incapable par les précédents règlements (H juin); et que nommément onze de ses membres, y compris Hoiles, Gljn, Stapleton , Clotworthy, et Waller, les chefs du parti presbytérien, en fussent exclus, jusqu'à ce qu'ils eussent été régulièrement jugés pour le délit d'avoir cherché à commettre l'armée avec le parlement. Afin de donner plus de poids à ces demandes, Fairfax, qui parait n'avoir agi que comme le simple organe du conseil des officiers (t), se rendit successivement à Saint-Albans, à Walford, et ensuite à Uxbridge. Son approche révéla la faiblesse ou la timidité du parti presbytérien. Skippon, qu'ils consultaient comme leur oracle militaire, leur conseilla de jeûner et de se soumettre; et les hommes qui en avaient appelé avec tant de hauteur aux privilèges du parlement, quand le roi demandait les cinq mera- ; bres, gardèrent le silence quand une demande pareille leur fut faite par 12,000 hommes armés (26 juin). Ils donnèrent aux accusés l'autorisation de s'absenter; ils ordonnèrent le licenciei ment des nouvelles levées pour la défense de la cité, et abandonnèrent avec soumission à leurs adversaires l'influence dont ils avaient joui jusqu'alors. A la suggestion des indépen-

| ( I ) • Depuis l'époque où ils proclamèrent leur autorité usurpée aut bruyères de Triploe (10 juin), je n'ai jamais donné librement mon contentement a rien de et qu'ils ont fait. Mais n'étant pas encore débarrassé de me* 1 fonctions, ils mettaient mon nom a tous leur» actes, que j'y consentisse ou non. «Traités de Somers , v, 390 Ceci veut dire seulement qu'il ne consent il qu'arec répugnance a ce que l'on fit usage de son nom; car il était certainei ment libre de résigner son commandement , ou de pro- ' tester contre les mesures qu'il désapprouvait.

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