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CHAPITRE XiV

dants, l'armée aux ordres de Fairfax fat déclarée l'armée du parlement (28 juin). On lui accorda un mois de paye, comme récompense de ses services, et Ton nomma des commissaires dans les deux chambres pour traiter avec ceux de l'armée, comme s'ils eussent été les représentants d'une autorité égale et indépendante (1).

Celte lutte et ses conséquences furent considérées avec un vif intérêt par les royalistes , qui se persuadèrent qu'elle finirait par la restauration du roi ; mais sa propre irrésolution lui fit perdre les occasions si souvent amenées par les passions de ses adversaires. Pendant que les deux factions recherchaient son assistance, le roi, par méfiance de leur sincérité, ou dans l'espoir d'obtenir des conditions plus favorables, balança entre leurs propositions, jusqu'à ce que le débat fût décidé sans son intervention. Même depuis son départ de Ilolmby , quoiqu'il fût toujours captif et forcé de suivre les marches de Tannée, les officiers l'avaient traité avec le plus profond respect : on avait pourvu avec attention à tous ses besoins ; le général s'était interposé pour lui procurer, de temps à autre, la compagnie de ses plus jeunes enfants; on avait permis à ses serviteurs Legge, Berkeley, et Ashburnham de l'accompagner, bien qu'on sût qu'ils étaient venus de France par ordre de la reine ; et l'on donnait un libre accès à quelques-uns de ses chapelains, qui lisaient le service en sa présence, publiquement, et sans êlre insultés. Plusieurs officiers admiraient ouvertement sa piété, et compatissaient à ses infortunes : Cromwell même , quoiqu'il affectât d'abord l'éloignementet la réserve d'un ennemi, lui en voyades assurances secrètes de son attachement; et on lui lit, au nom des militaires, des adresses successives qui exprimaient le désir général d'opérer un accommodement qui conciliât les droits du trûne avec ceux du peuple- Fairfax, en outre, dans une lettre aux deux chambres (18 juin), s'éleva con-

(t) Rusfaworih , Ti, 618, 596. Whiletock , 251 , 2ô6 Holles, 101. Journaux, 249, 257, 260.263 . 275 , 277, 284 , 280, 291 . 298. Communes, 7, 1 1 , 12, 15, 18, 25. 26 et 28 juin 1-e* presbytériens eurent en fjénéral une majorité de 40 dans les divisions; le premier jour après le départ de leur» chefs, ita te trouvèreat en minorité, dani la proportion de 85 a 121. tbid.

tre l'imputation jetée sur l'armée, d'être hostile au gouvernement monarchique, justifia le respect et l'indulgence avec lesquels il avait traité le royal captif, et maintint que «des procédés attentifs. équitables, et modérés, envers lui, sa famille, et ses anciens adhérents, étaient la seule conduite qui pût amener un terme aux discordes qui divisaient la nation. » l.e roi n'avait jamais eu une plus belle perspective de recouvrer son autorité (1 ).

Dans le traité entre les commissaires du par-, lement et ceux de l'armée, ces derniers agirent avec une grande prudence. Le redressement des griefs militaires était le moindre de leurs désirs : leur grand objet était d'établir la tranquillité nationale sur ce qu'ils regardaient comme une base solide et permanente. Us avaient laissé transpirer quelques idées de cette intention ; mais, avant d'annoncer ouvertement leur plan , ils résolurent de soumettre la cité, comme ils avaient soumis le parlement. Londres et ses dépendances avaient été jusqu'alors le principal soutien de la faction opposée. La ville était encombrée d'officiers et de soldats congédiés, qui avaient servi sous Essexet Waller , et qui étaient prêts à tirer l'épée pour la défense du covenant; et l'autorité suprême sur les militaires, en dedans des lignes de communication, avait été donnée, par un dernier règlement , a un comité dont tous les membres étaient fortement al tachés au parti presbytérien. Pour enlever cette arme puissante aux mains de leurs adversaires, les commissaires de l'armée présentèrent une requête aux deux chambres, afin que le commandement de la milice de Londres fût remis à des hommes distingués par leur dévouement à la cause du pays. I-es presbytériens s'iilarraèrcnt , et soupçonnèrent une coalition entre le roi et les indépendants; ils virent que le covenant courait des dangers, et qu'on pourrait repousser, sous peu de jours, les propositions de paix si souvent volées dans le parlement. Une pétition fut présentée contre la demande de l'armée,mais leschambres,actuelleraent sousl influencedcs soldats, rendirent l'ordonnance , et , de son côté , la ville prit la détermination de résister à la fois à l'armée et au parle-

( I ) Journ., ix , 323 , 324 , et aussi te reeil de Huoiwgdon , x , 409.

ment. Lord Uaderdale, chef de9 commissaire* écossais , se hâla de se rendre auprès du roi, pour obtenir son concours; un nbuveau covenant, formé en sa faveur , fut déposé à Skinncrs'HalI, et lea citoyens et les soldats s'empressèrent en foulede le signer(2l juill.). Ils s'engageaient , en présence de Dieu et au péril de leur vie et fortune, à ramener le souverain à Westminster, afin d'y confirmer les concessions qu'il avait faites dans sa lettre de Holmby , et de conférer avec son parlement sur les autres propositions. Les lords et les communes déclarèrent que ce nouvel engagement était un acte de trahison envers le royaume (24 juill.); et la publication de cette déclaration , loin d'apaiser le zèle, ne fit qu'enflammer les passions du peuple. Les citoyens présentèrent une seconde pétition, et éprouvèrent un second refus (*26 juill ). Au moment où ils se séparaient , une multitude d'apprentis, soutenus par une foulede militaires, assiégèrent les portes des deux chambres : par des cris et des menaces , ils continuèrent, pendant huit heures, à demander le rapport de l'ordonnance relative à la milice , et de la déclaration qui condamnait le covenant ; et, après une longue résistance, les membres, épuisés de fatigue et dominés par la terreur, consentirent à leurs demandes. Même après qu'on leur eut permis de se retirer, la multitude força les communes de rentrer, et le président s'étant assis, rendit un décret afin que le roi fût conduit sans délai à son palais de Westminster. Les deux chambres s'ajournèrent pour trois jours, et le plus grand nombre des membres indépendants, avec les deux présidents, profita de l'occasion pour se soustraire aux insultes de la populace, et se réfugiera l'armée (1).

Sur ces entrefaites, le conseil des officiers avait complété son plan «pour l'organisation de la nation,» et on le soumit d'abord à l'exa- ; men de Charles, et ensuite à celui des corn- j missaires du parlement. Il ressemblait en plusieurs points aux fameuses «propositions de paix;» mais il renfermait, de plus, divers articles relatifs à la liberté des élections et à

(1) Wbilelock, 260 , 261. Journaux, ix, 477,493. Molles , 145. Journal de Leiccsier, dans les Mémoire» de Sydney, mit au jour par Blencoxve, p. 25.

la dorée des parlements (1) ; et sur les trois grands points de l'Église, de la milice, et du sort des royalistes, il fut modifié, après un long débat, au point de devoir satisfaire â peu près les désirs du monarque selon l'opinion de ses agents Berkeley et Ashburnham. Au lieu d'abolir la hiérarchie, on la privait seulement du pouvoir de contraindre ; on plaçait sur le même pied la liturgie et le covenant, supprimant les pénalités de l'une pour absence , et de l'autre pour le refus : après un délai de dix ans , on rendait à la couronne le commande* ment de l'armée et de la marine , et l'on réduisait à cinq le nombre des royalistes anglais qu'on exceptait du pardon. Il est probable que Charles eût été replacé sur son trône, s'il l'eût accepté; mais , soit qu'il se méfiât de leur sincérité, soit qu'il comptât sur les presbytériens, ou qu'il se fût persuadé que les deux partis succomberaient dans la lutte présente , il opposa an refus péremptoire, ajoutant : a Vous ne pouvez pas vous maintenir sans mon appui, et cet appui je ne le vendrai pas à si bas prix • (2). Celte réponse causa un grand mécontentement et un vif déplaisir ; et un parti de soldats, se précipitant dans la chambre à coucher de lord Lauderdale, lui donna l'ordre de se lever et de partir sans délai. Ce fut en vain qu'il argua de son devoir comme commissaire des étals d'Écosse , ou qu'il sollicita la faveur d'une courte entrevue avec le roi : on l'obligea â se lever et à retourner immédiatement dans la capitale (3).

Déjà les nouvelles de ce qui se passait à Londres avaient déterminé Fairfax à rassembler ses forces et à marcher sur cette ville. Il

(1) II» proposerai l de pmer de leur priTiVége les petit» bourgs ruinés , d'augmenter le nombre des membre» des comtés, et de faire cette augmentât ion en proport ion des taxes des comtés dans les charges communes du royaume. Ouvranjes de Charles, 579.

(2) C'était toutefoisl'opinion de quelques autres hommes d'État, outre celle du roi. Hydeécrita sir John Berkeley : • S'ils Toient que tous ne voulez pas céder, ils céderont ; car ils ont certainement autant et plus besoin du roi, qu'il n'a d eux. » M^m. de l larendon , n, 379.

(3) Comparez les Narrations de Ludlow (i . 174-178) et Huminfidon (Journaux , x , 410) avec le* proposition» de l'armée dans les ouvrafies de Cbarirs (578). L'imulte faite a Lauderdale est mentionnée dans les Journaux des lords, îx, 367.

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