CHAPITRE XIV
fut rejoint en chemin par les présidents des | deux chambres, huit lords et cinquante- huit i membres des communes, qui, dans un conseil tenu à Sion-House, s'engagèrent solennellement «à vivre et à mourir avec l'armées On apprit là que plusieurs royalistes s'étaient unis aux presbytériens, et qu'on faisait circuler une déclaration, au nom du roi, qui condamnait toute tentative de guerre contre le parlement. Les officiers, craignant l'effet que celte nouvelle pouvait produire sur l'esprit des troupes, et déjà exaspérés par le rejet de leurs propositions, conjurèrent Charles d'écrire au général une lettre conciliatrice, dans laquelle il désavouerait tout dessein d'assister l'ennemi, remercierait l'armée de son attention envers lui, et approuverait leur plan d'organisation en plusieurs points, quoiqu'il ne pût donner son consentement à tous. L'infortuné monarque hésita: l'avantage de cette mesure fut perdu par un délai de vingt-quatre heures; et quoique la lettre enfin fût envoyée (3 août), elle n'arriva qu'après que la cité eut fait une offre de sou mission. Llle n'avait désormais aucun but utile; et elle fut interprétée plutôt comme un artifice pour couvrir les intrigues du roi avec les près- ! bytériens, que comme un témoignage de ses bonnes intentions envers l'armée (1).
Pour en revenir a la ville, Holles et ses collègues avaient repris leur influence durant la retraite des indépendants, (.es onze membres rentrèrent dans la chambre; le commandant de la milice fut remis au premier comité, et l'on rendit une ordonnance pour inviter le roi à venir à Westminster. Le conseil commun résolut en même temps de lever un emprunt de 10,000 livres par souscription, et d'ajouter dixhuit régiments aux milices, comme auxiliaires. Il y avait déjà 10.000 hommes sous les armes; on lira de la Tour 400 barils de poudre et d'autres munitions de guerre, cl les généraux presbytériens Massey, Waller, et Poyntz, acceptèrent avec empressement le commandement (2). Mais l'événement prouva que ce n'é-
(1) Journaux , SJ9,375. Heatb, 140. Ludlow, i, 181. Chartes désavoua ensuite celle déclaration , et demanda que l'auteur et le publtcaicur fussent punis. Wbitelock, 2«7.
v2 Journaux, x , 13, 10. 17.
lit.
taient que des menaces inutiles (5 août). A mesure qu'on apprit que Fairfax avait commence sa marche, qu'il avait passé son armée en revue, dans les landes de llounslow ; qu'il avait pris son quartier général à Hammcrsmith, la crainte du danger refroidit la ferveur des enthousiastes, et l'on changea insensiblement en propositions de soumission les démonstrations de résistance, l a milice de Southwark fraternisa ouvertement avec l'armée; on abandonna les ouvrages sur la ligne de communication, et , d'après la promesse qu'il ne serait fait aucune violence aux habitants, le lord maire ordonna l'ouverture des portes (6 août). On célébra le malin suivant le triomphe des indépendants. Un régiment d'infanterie, suivi d un régiment de cavalerie, entra dans la ville; Fairfax parut ensuite à cheval , entouré de ses gardes du corps et d'une foule de gentlemeu : un grand nombre de voitures, dans lesquelles étaient les présidents et les membres fugitifs, les suivaient,ct un autre régiment de cavalerie fermait la marche. C'est ainsi qu'en recevant les félicitations du maire et du conseil de ville, les vainqueurs s'avancèrent jusqu'à Westminster, où chaque président fut placé dans son fauteuil par le général (l). Le comte de Peinbroke fut le seul des lords rotés à Londres après la session, qui se hasarda à paraître, et on lui permit de faire sa paix , en déclarant qu'il considérait tout ce qui s'était passé en I absence des membres, comme forcé, et, par conséquent, nul. Mais les presbytériens et leurs adhérents formaient , dans la chambre basse, un corps plus formidable, et , par leur courage et leur persévérance, embarrassaient fréquemment les projets de leurs adversaires , quoiqu'ils ne pussent pas toujours les repousser, lis donnèrent leur consentement à plusieurs propositions : ils souffrirent que deux des membres, Maynard et Glyn, fussent expulsés, que le lord maire, un des shérifs , et quai rc aldermen , fussent envoyés à la Tour, et les sept pairs qui avaient siégé pendant la retraite de leurs collègues, mis en
(1) Whiielock, 2T-1 , 26i Journal de Leicewer. 27. Raillie appelle la reddition de la cité • un exemple qui a rarement sou pareil, si «e n'est comme irabisou, au moins comme puérile imprévoyance et honteuse poltronnerie. • ii , 269. Ixs onze membres prirent aussitôt la fuite, tricoter, ibid
HISTOIRE D'AIS'GLETF.RRE.
étal d'accusal ion. Mais le sentiment du danger les engagea a s'opposera une résolution envoyée par la chambre des pairs (9 aoûl), pour annuler tous les acies passés depuis le 26 juillet jusqu'au C août. La résolution Fut, contre l'usage de la chambre, présentée quatre fois, et, à la surprise des indépendants, quatre fois rejetéc ( 19 aoûl). r airfax s'empressa de venir au secours de ses amis : il condamna, dans une lettre au présideul. la conduite des communes, comme équivalente à une approbation des violences populaires, et fît sentir la nécessité de renvoyer de la chambre les ennemis de la tranquillité .publique (*20 aoUt). On reprit le même sujet le lendemain; les presbytériens essayèrent leurs forces sur un amendement, et se trouvant en minorité, laissèrent la résolulion sans di vision (1).
Comme l'armée n'était pas disposée a s'éloigner du voisinage de la métropole, on choisit le palais de llampton-Court pour la résidence du roi (24 aoûl). Là les principaux officiers parurent rivaliser entre eux d'attentions pour lui plaire. On lui permit alors la compagnie de ses enfants , toutes les fois qu'il lui convint de les demander, et la jouissance du plaisir de la chasse, sous la prorae>se de jic point chercher à s'échapper. Toutes les personnes qu'il désira voir furent admises en sa présence, et la concession à laquelle il attachait le plus grand prix, celle de correspondre librement et sûrement avec la reine, a Paris, lui fut accordée (2) (8 sept.). A la même époque, les deux chambres, à la réquisition des commissaires écossais, soumirent cucorc une fois a les propositions » à l'examen du roi ; mais Charles répondit que le plan suggéré par l'armée était mieux combiné pour établir les bases d'une paix durable , et ajouta qu'il était prêt à Irai* ter , d'après ce plan , avec des commissaires nommés par le parlement, et d'autres nommés par l'armée (3) (U sept.), l.es officiers
(1) Jouni. , 375 , 385 , 258, 391 ,306. Coromuuet, iv, 9, 10, 17, 19el20aoAt.
(2) Mém. de Uartndoo, u , 381 ; App., xu. Rushw., vu . 795. Mém. de» llamilion» , 316.
(3; Au sujet de ceUe réponse, Charles dit aux commutai r« écossais : . Ne vous étonnez pas de la réponse que j'ai donnée hier aux deux chambre*; car si tous la comprend bien, je routai mis da,s la bonne voie, el tous
applaudirent à cette réponse; Cromwell parla aux communes en sa faveur, avec une véhémence qui excita le soupçon, et bien qu'un refos fût définitivement adopié, on nomma un grand comité « pour prendre en considération tout ce qui concernait le roi» (22 sept.). On avait calculé que ce travail, à l'effet d'amalgamer le plan du parlement avec celui de l'armée, pourrait s'effectuer dans l'espace de vingt jours; mais il dura plus de deux mois, car il y avait encore une troisième chambre à consulter, le conseil de guerre, qui débattait loutcs les clauses , et notifiait ses résolutions aux lords et aux communes, sous le titre modeste, mais expressif, de a vœux de l'armée» (1).
Tandis que le roi cherchait ainsi à flatter les officiers, il doutait de leur sincérité, et, suivant son habitude, il traitait avec le parti opposé (5). Le marquis d'Ormond et lord Capel (3) l'accompagnaient, depuis Londres, avec les commissaires écossais, et l'on prit la résolution de faire entrer en Angleterre, au printemps suivant, une armée nombreuse d'Écossais , et d'appeler les presbytériens à leur secours: m* Charles était en liberté, il sanctionnerait Fentrcpri>c par sa présence, sinon le prince de Galles le remplacerait , et Ormond reprendrait le gouvernement d'Irlande, pendant que Capel inviterait les restes du parti du roi, en Angleterre, à se rallier à l'étendard royal. Telles élaicut les données de ce plan ; lesautres détails,
étiez avant dans la mauvaise. » Mémoires des Harailtons,
(1) Ludlow. i, 181. Wbilelock, 209 Uuntimjdon, dans 1rs Journaux, 410. Journaux, v, 22 se^inubrr. Dan» la diviMon, Cromwell fui pour le oui, cl le colonel Kainsborou(;b , chef des niveleurs, pour le non. Il fut emporté par une majorité de 8 1 contre 34. Ibid.
(2) Pour jusliôer Charles , on a dit qu'il jouait le même jeu que ses adversaires, les amusant comme ils cherchaient a l'amuser lui-même. Ceci est fort douteux , du moins quaut à ce qui concerne les officiers supérieurs, qui me paraissait avoir traité avec lui sérieusement jusqu'à ce qu'ils fussent déterminés a rompre la négociation par les preuves répétées de sa duplicité el l'accroissement rapide de ta défiance el de la désaffection dans l'armée. Pourtant je n'ajoute pas un grand crédit a l'histoire de Morrice, d'une lettre de Châties a Uenrieue interceptée par Cromwell et lretou.
(3; Capel était un des commandants royalistes les plus dutinrjiiés; il était revenu depuis peu d'outre mer. avec la permission du parlement.