‹ Histoire d' AngleterreChapitre 194 sur 307 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

moins importants, n'avaient pas encore été discuté», lorsque Cromwell, informé par ses espions , ou averti par ses propres soupçons, se plaignit à Ashburnham de l'incurable duplicité de son maître, qui sollicitait Recours de l'armée en même temps qu'il en préparait la destruction (I).

Mais déjà un nouveau parti, également formidable aux royalistes, aux presbytériens, et aux indépendants,, venait de s'élever. Ses fondateurs étaient quelques fanatiques, qui jouissaient de la réputation d'une grande sainteté. Ils n'avaient aucune prétention aux connaissances et aux talents; ce n'étaient que d'humbles individus, à qui Dieu avait donné la raison pour guide, et dont le devoir était d'agir selon les directions de cette raison. En conséquence, ils s'étaient donné le nom de rationalistes, qu'ils changèrent bientôt pour le nom plus expressif de niveleurs. Ils repoussaient toute autorité coercitive en matière de religion: les hommes avaient le droit d'établir un culte public à leur gré; n ais s'ils employaient la contrainte, il devenait illégal, puisqu'il forçait la conscience, et induisait à un péché volontaire. Ils prétendaient qu'en politique il était du devoir du peuple de venger ses propres droits, et de se faire justice à lui-même. Jusqu'ici le bien public avait été sacrifié à l'intérêt particulier : par le roi , dont le seul objet était de recouvrer le pouvoir arbitraire; par les officiers, qui avaient en vue les commandements, les titres, et les émoluments; et par le parlement, qui cherchait principalement à rendre son autorité permanente. I,e temps était venu pour les opprimés de se lever, de prendre leur cause en main, et de se résoudre « à perdre plutôt la vie que la liberté» (2). Ces doctrines

(I) Cla-endon. ut, 70 . 72 , 75. Faillie fait le récit suivant de la di- position du parlement écossais. • Si le roi veut ratifier notre coveuant , nous sommes tout prêts a le rétablir dans ses droits, ou a périr; s'il persisie dans sa résolution de le rejeter, et de ne immis accorder qu'une partie de notre demande, il aura encore ici , même a ces conditions, beaucoup de gens pour lui; mais parmi les plus saurs, il y a Iv-aucoup de gens irrésolu», qui attendent que Dieu leur donne plus de lumières.» Baillie, H. 2W.

(2} Mémoire» de Clarendon, h, App , xt. Wa'Xcr, Hisl. des indépendants, \<JA Rusbwonb. vu. 815 dm. chimou , 287. Le secrétaire ISictolas; après avo r parlé

se répandirent avec rapidité : elles convertirent aisément les gcr.s dissolus, les aventuriers, et les mécontents; et un nouvel esprit, source abondante de nouveaux projets, commença à agiter la grande masse de l'armée. On parlait rarement du roi , mais ce n'était qu'en termes d'horreur et de mépris: c'était un Achab ou une coloquinte (I), l'obstacle éternel à la paix, la cause des dissensions et de l'effusion du sang. Une brochure intitulée a la Cause de l'armée,» accompagnée d'un autre pamphlet sous le nom de «l'Accord du pcup'c,> fut présentée au général par les agitateurs de onze régiments (1er nov.). Klle contenait, outre l'état de leurs firiefs, une nouvelle constitution pour le royaume. On n'y faisait mention ni du roi ni des lords; la souveraineté devait résider dans le peuple, qui en déléguerait l'exercice a ses représentants, mais avec la réserve d'égalité de loi , de liberté de conscience, et de libération de service forcé en temps de guerre; trois privilèges dont la nation ne se dépouillerait jamais. Le parlement serait biennal, et siégerait pendant six mois; le droit d'élection serait plus étendu, et la représentation répartie plus également. Ces demandes des niveleurs furent énergiquement appuyées par le> colonels Pride et Rainsborough, et vigoureusement combattues par Cromwcll et Ireton. 1* conseil des officiers y accéda jusqu'à demander que l'on ne fit plus d'adresses au roi; mais les deux chambres déclarèrent ces libelles r>ubvcrsifs du gouvernement, et ordonnèrent qu'on en poursuivrait les auieurs; toutefois, afin de donner quelque satisfaction aux soldats, elles arrêtèrent eu même temps que le roi se trouvait dans l'obligation de donner la sanction royale à toutes les lois relati v. s au bien public qui avaient passé aux deux chambres, et que les lords et les communes lui avaient présentées (2; ,6 nov.}.

des rationalistes, ajoute: «Il y a une seele de femmes, dernièrement venues des pays étrangers , et logOs dans bouthwark, appelées Quakers,qui se gonflent, frissonnent , et tremblent ; et quand elles sont revenues a eles-mémes (car pendant tout le temps que durent leurs crises , l'esprit saint de Mahomet converse avec elle»: . ellfs commencent a prêcher ce qui leur a été inspiré par l'esprit. » Mémoires de ClarenJon , h , 383.

(i; Sans doute par allusion à un passa.;? de t"É:i iture. Voyi z iv Rrg., iv, il) et sr,ji(. y„te du tr utucUur )

(2. Mém tic Clarendon, u, App , 3!», xt.. vu. K»- r i.

Charles alors commença à trembler pour sa sûreté. Il vit que la violence des niveleurs augmentait de jour en jour: que les officiers qui se disaient ses amis étaient devenus des objets de suspicion , qu'lreton avait été chassé du conseil, et Cromwell menacé d'un acte d'accusation ; que plusieurs régiments se trouvaient dans un étal complet d'insurbordiuation, et que Fairfax doutait lui-même de pouvoir rétablir la discipline de l'armée. Dans ces circonstances, il révoqua la parole qu'il avait donnée au gouverneur, colonel Whalley, de ne point tenter de s'échapper, et immédiatement ses gardes furent doublées, plusieurs de ses serviteurs renvoyés, et on ferma les portes aux étrangers. On ignore si ces précautions furent prises pour prévenir une évasion, ou pour endormir les soupçons; mais dix jours après, à l'heure du souper , on ne trouva plus le roi, et l'on saisit sur sa table plusieurs papiers écrits, daus le nombre desquels se trouvait une lettre anonyme qui lui donnait avis du danger que courait sa personne, et un message de sa part aux deux chambres, promettant, quoiqu'il eut cherché un asile plus sur, de revenir, «quand il pourrait être écoulé avec honneur, liberté, et sûreté» (1).

Celte évasion inattendue attira, de la part du parlement , des menaces de vengeance contre tous ceux qui se hasarderaient à receler le royal fugitif; mais on reçut , trois jours après, la nouvelle qu'il était encore prisonnier sous la garde du colonel Hammond, récemment nommé gouverneur de l'Ile de Wight. Daus la soirée de son départ, le roi, accompagné de Legge, valet de chambre, était descendu dans le jardin par un escalier dérobé, et s'était rendu à un lieu où Berltfley el Ashburnham l'attendaient. L'ne nuit sombre et orageuse favorisait leur fuite; mars quand ils curent traversé la rivière à Thamesditlon , ils perdirent leur chemin, et le jour avait paru quand ils atteignirent Suttou, où ils montèrent leurs chevaux. L'infortuné

», 5, 6 novembre. Rut'.iworth , vu . 819, 857, fcCO , 803. Wbilelock, 211 277.

(I) Journau* . ix ,520. Runhw., vu , 871. Clamidon, m, 77. Mémoires de» Hjinilion*, 3-'t tlurain^Jun , dans le» journaux <x, 41 1 ), affirme que Cromwell écriril auMi une leur? au gouverneur, ,,ir libelle il annonçait )«• danger du roi.

monarque n'avait pas encore de plan arrêté . En avançant dans la direction du sud, il consulta ses compagnons, et après quelque débat, il résolut de chercher un asile à Tichfield , où la comtesse douairière de Southampton les reçut avec joie (12 nov.). De là, Berkeley et Ashburnham se rendirent à l'ile de Wight , pour sonder les dispositions du gouverneur Hammond, dont on savait seulement qu'il était neveu d'un des chapelains du roi (13 nov.). Quand Hammond apprit l'objet du message , il se montra d'abord fort alarmé, pensant que le roi était déjà daus l'Ile; mais s'étanl remis, il fit sentir aux deux envoyés qu'il n'était qu'un serviteur, obligé d'obéir aux ordres de ses supérieurs, et refusa de donner de garantie, sinon qu'il se montrerait honnête homme. Comment se contentèrent ils de cette promesse ambiguë? C'est là un mystère qui ne fut jamais expliqué, chacun ayant ensuite rejeté le blâme sur l'autre mais ils lui permirent de les suivre à la retraite du roi, et même de prendre avec lui un officier, le capitaine de Cowes-Castle.

Durant leur absence-, Charles avait formé un nouveau plan d'évasion par mer, et avait expédié un fidèle messager pour chercher un bâtiment dans le port de Southampton. Il était eucore à méditer sur ce projet, quand Ashburnham lui annonça que Hammond était en bas, attendant les ordres de Sa Majesté ; le malheureux prince s'écria : a L'avez -vous amené ici? Dans ce cas, jesuis un homme perdu. » Ashburnham vit aussitôt son çrreur : il n'était pas trop lard, répliqua-l-il , il n'y avait là que deux hommes dont on pouvait facilement se défaire. Charles parcourut la chambre à grands pas pendant quelques minutes, puis rejeta cette idée d'effusion de sang. 1 1 se cramponnait encore au vain espoir que l'on pourrait se procurer un bâtiment; mais au bout de deux heures Hammond s'impatienta , et le roi ayant fortifié sou esprit pour l'entrevue, ordonna qu'il fût introduit, le reçut très-gracieusement, mêlant les promesses à la flatterie, et se confia à 5on honneur; mais le gouverneur eut soin de ne pas se compromettre: il répondit dans un langage respectueux, mais ambigu; et le roi, dans l'impossibilité de se tirer du danger, consentit d'un air de gaieté, mais le cœur déchiré, à l'accompagner dans l'ile. Le gouverneur donna des

Page 1