CHAPITRE XIV
ordres pour qu'on témoignât tous les respects possibles à son hôte royal, et le logea dans le château de Carisbrook (I).
Iz violence croissante des niveleurs et la dis|)Osition séditieuse de Tannée réveillèrent les craintes les plus sérieuses chez les officiers supérieurs ; et Fairfax , d'après l'avis du conseil, renvoya les agitateurs à leurs régiments respectifs, et ordonna (8 nov.)aux différents corps de se rassembler, en trois brigades, en trois jours différents. On rédigea en son nom une remontrance contre l'esprit du temps, dans laquelle il se plaignait des calomnies qui circulaient parmi les soldats, indiquait les divers points qu'il avait cherché a obtenir, et offrait de persister dans ses efforts, pourvu que les soldats reprissent les anciennes habitudes d'obéissance militaire. Tous attendaient avec anxiété le résultat, mais aucun avec plus de crainte que Cromwell. Sa vie était en danger. Les niveleurs avaient menacé de lui faire payer de sa tétc ses intrigues avec Charles; et la fuite de ce prince, en déconcertant leurs p'ans, leur avait rendu leur première animosité. On ordonna (15 déc.} de lire successivement la remontrance à chaque régiment , en commençant par ceux qui semblaient le plus attachés à leurs officiers. On y répondit par des acclamations. Les soldats signèrent l'engagement d'obéir aux ordres du général; et les semeurs de discorde, les distributeurs de pamphlets séditieux, furent désignés et mis en prison. Fairfax se présenta devaut deux régiments, qui s'étaient permis de se présenter sans ordre. Le premier, après quelques débats, se soumit ; le second y mil plus
(1 ) Journaux , ix , 525. Rushw. , vu , 874. Clarendon, m, 78-85. Herbert, 52. Ludlow., i, 187-101. On a souvent demandé où le roi comptait se rendre après s'êire échappé; et une histoire débitée 'par (laieudun a fait supposer à quelque* pirnonne* qu'il avait l'intention d'aller à Jersey. Mais, d'après le témoin nage de lord Lauderdale, il parait que, lorsque les cummistairesécos- «ail le quittèrent, il avait fixé Bcrwick , comme une ville frontière, dans laquelle il pourrait compter sur le secours des Écossais , sans fournir à ses ennemis le prétexte de dire qu il avait abdiqué la couronne en quittant le royaume. Il changea ensuite d'avis, probablement à ta suegertion de Cromwell (llolles, 186), et préféra l'Ile de YYight, comme un lieu d'où il pourrait aisément traiter avec le parlement. Ou n'en peut douter, d'après sa lettre au comîe de l-metic. Voyez les Mémoires des Ha taillons , 32G.
d'obstination. Les soldats avaient chassé la majorité des officiers, et portaient , autour de leurs chapeaux, cette divise : « liberté du peuple et les droits des soldats, d Cromwell se jeta dans les rangs pour arrêter les meneurs. Son intrépidité subjugua les mutins : un homme fut immédiatement fusillé , trois furent condamnés, et plusieurs autres gardés comme cautions de la soumission de leurs camarades (1). Cet acte de vigueur fit triompher les officiers et la subordination se rétablit; mais le danger donna une leçon instructive à Cromwell, qui oublia , dès ce jour , son engagement avec le roi , et chercha à se faire des amis dans le parlement et dans l'armée. 11 fallait du temps pour que les principaux points en discussion s'arrangeassent d'une manière satisfaisante ; mais , partie par menaces , par tic par condescendance , un accommodement s'effectua (24 déc), et les officiers observèrent un jeûne solennel pour attirer les bénédictions du ciel sur la naiion. Cromwell et Ircton ne perdirent pas cette occasion de prouver que leurs dons spirituels égalaient leurs lalents militaires. A la grande édification des auditeurs , ils se livrèrent à une prière longue et inspirée ; et on se disait confidentiellement que i jamais plus harmonieuse musique n'était mon tée à l'oreille du Tout-Puissanl » (2).
ta roi n'avait cependant aucun motif de se repentir de sa confiance en Hammond ; mais ce gouverneur, en accordant toute espèce d'indulgence a son prisonnier, n'avait pas l'intention de séparer son sort de celui de l'armée. 11 consulta les officiers au quartier général , et résolut , dans son esprit , d'adhérer à leurs instructions. Charles recommença .«es anciennes intrigues Il se servit du docteur Gough, un des chapelains de la reine, pour déterminer les commissaires écossais à renoncer à la ratification du covenant, comme la seule condition moyennant laquelle ils consentaient à lui fournir une armée. Il envoya sir John Berkeley à
(1) YVhitelock, 278. Journaux , ix, 527. Ludlow, i , 192. On disait parmi les soldais que le roi avait promis a Cromwell le titre de ami le , avec le cordon bleu ; à son fils, la place de gentilhomme de la chambre du prince ; et le commandement des forces eu Irlande, a lreloo. Ilollea,
(2» Mémoires de Clarendo-i, ti, App , xuv. Whilclock,
HISTOIRR D'ANGLKTKRRE.
Cromwcll cl h ses amis , pour leur rappeler leurs promesse, et solliciter leur assistance pour un traité personnel (16 nov.), et, par un message au parlement , il proposa, en addition à ses premières offres, d'abandonner le commandement de l'armée pendant sa vie, de changer contre un revenu annuel les profils de la cour des pupilles, et de pourvoir aux fonds nécessaires pour payer l'arriéré aux militaires et aux créan- j ciers publics. Le dédain avec lequel on reçut ce message, et la réponse décourageante que firent les officiers , réveillèrent ses appréhensions : elles furent confirmées (8 déc.) par les commissaires écossais, qui, se plaignant de sa dernière proposition, comme d'une vio'alion de son premier engagement, lui certifièrent | que plusieurs de ses ennemis voulaient l'enfer- : mer dans une étroite prison, et que d'autres ' parlaient ouvertement de le détrôner par un jugement légal ou par un assassinat. Ces avis l'engagèrent à préparer un plan d'évasion. On | s'adressa à la reine ( M déc. ) pour obtenir un bâtiment de guerre qui le transportât hors de l'Ile, et Ucrwick f.it choisi pour le lieu de sa retraite (I). Il n'avait cependant pas de temps , à perdre. Les chambres demandaient le consen- : lement du roi à quatre bills qu'elles avaient j rédigés, comme leur ultimatum, et l'unique j condition à laquelle elles consentaient à un traité personnel (2) (15 déc). Les Écossais,
(1) Mémoire* d.s Hamiltons, 325, 333. Ludlovr, i, 1952,01.
(2) Le premier decea bills, après avoir conféré au parlement pendant vinjU ans le commandement de Car- 1 niée, portait, qu'après ce temps -là, louies les fois que les lords et les communes déc areraient que la sûreté du ; royaume était compromise, les bills passés par eux . re- I lalifsaux forces de lerre et de mer, seraient considérés comme des actes du parlement , même lorsque le roi y refuserait son assentiment : le second bill déclarait tous serments, proclamations, et poursuites contre le parlement pendant la guerre, nuls et de nul effet ; le troisième annulait tous les titres d'honneur accordés depuis le 20 mai 1642 , et privait tous les pairs créés depuis lors, du droit de siéger au parlement sans le consentement des deux cbamhrrs; et le quatrième donnait aux rbam- | bies le pouvoir de s ajourner de place eu place , à leur | discrétion. Journaux, m, 575 OEuvres de Charles, 5*J0, 5M3. .Si le lecteur en revient a Clarrnd<m, Histoire, m, «8, il lui dira que, par l'un de ces b Ils, le roi devait t-'avoupr l'auteur de la guerre, ei coupable de tout le sanfï qui avait é'.é >rrsé; qur, par un autre, il di-vaic dissoudre If Gouvernement de lÉjjltse, et disposer de |
pour retarder les poursuites, demandèrent une copie des bills, et firent des remontrances contre les changements faits aux propositions de paix. Leur langage était énergique et irritant : ils traitaient la conduite du parlement de violation de la ligue et du covenant. et ils accusaient ouvertement les chambres de se laisser contrôler par un corps qui devait son origine et son existence a leur autorité. Mais les indépendants n'étaient pas gens à s'épouvanter des clameurs de ceux que, sous le nom d'alliés, ils savaient être leurs ennemi*. Ils déclarèrent (18 déc.) que l'intervention de toute nation étrangère dans les actes du parlement était un déni de l'indépendance du royaume, et ordonnèrent que les bills seraient présentés à la sanction du roi, sans autre délai. Les Écossais se rendirent en hâte à Carisbrook, en apparence pour protester, mais avec un objet plus important. Ils se relâchèrent alors de leur première opiniâtreté: ils n'insistèrent pas davantage sur la ratification du covenant, m iis se contentèrent de la promesse de Charles de faire , en matière de religion , toutes les concessions que sa conscience lui permettrait. Le traité, qui avait été si longtemps agité entre eux, fut signé en particulier; et le roi répondit aux deux chambres (28 déc.) que ni ses souffrances actuelles, ni la crainte d'un plus mauvais traitement, ne l'engageraient à donner son assentiment à aucun bill , comme partie du traité, avant que l'ensemble ne fût conclu (1).
Prévoyant les conséquences de son refus, Charles s'était déterminé à prévenir la vengeance du parlement, en s'échappant le même soir: mais il en fut empêché par la vigilance de (lammond , qui , soit qu'il eût découvert son projet, ou qu'il eût reçu d'avance ses instructions, ferma les portes au départ des commissaires, doubla les gardes, confina le royal captif dans sa chambre, et renvoya la plus
toutes les terres ecclésiastiques pour d'autres usages; que le troisième établissait la milice sans lui réserver plus de pouvoir qu'à un particulier; et quVn dernier lieu , il devait sacrifier tous ceux qui l'avaient servi, et ses adhérents, à la merci d'i parlement. Quand ou compare ces détails avtc les bills réels , on peut juRer du p u de crédit qu'on doil aux asa-rtinns de Clarendoo, quand elles ne so-it pa« appuyés par d'autres autorités.
[\: Journaux, ix. 575 . 578 , 5K2, SU, «01, 615, 6.M. OEuvres de Ui* les. 591. Mém. des Hamiltons, 33»