‹ Histoire d' AngleterreChapitre 196 sur 307 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

grande partie de sa suite. On essaya de soulever m sa faveur les habitants de l'île; mais cet essai Fut infructueux, et son auteur, Burley, autrefois capitaine dans l'armée royale, subit la punition des traîtres (1648, 3 janv.). Les chambres résolurent (cl l'armée promit de vivre et de mourir avec elles pour le maintien de celle résolution) de ne plus recevoir de message du roi; de ne plus lui envoyer d'adresses ni de suppliques; dans le cas où d'autres personnes le feraient sans permission , de les rendre passibles des peines de haute trahison, et de rétablir le comité de sûreté publique, pour siéger et agir sans le secours d'assesseurs étrangers. Les Écossais comprirent cette dernière pensée : ils firent la demande des 100,000 livres qui leur étaient ducs par le traité d'évacuation, et annoncèrent (15 janvier) leur intention de retourner immédiatement à leur propre parlement (1\

Le roi parut se soumettre avec patience aux nouvelles restrictions mises à sa liberté : il affecta même un air de gaieté, afin de cacher le projet d'évasion qu'il méditait. J0n confia (2févr.) la responsabilité immédiate de sa personne a quatre j'ardes d'une fidélité à l'épreuve, qui, deux par deux, le surveillaient successivement. Ils accompagnaient partout le prisonnier, à ses repas, à ses dévolions publiques, durant ses récréations au jeu de boules, et ses promenades autour des murs du château II ne lui était jamais permis d'être seul , à moins qu'il ne se retirât dans sa chambre à coucher; et alors un des deux gardes était en faction à chacune des portes qui conduisaient à l'appartement. Cependant, malgré toutes ces prècaul ions (tant fut grande l'adresse du roi, et tant fut généreux le dévouement de ceux qui voulaient le servir), il trouva les moyens d'entretenir une correspondance avec ses amis, sur la côle de Uampshirc, et, par leur intermédiaire, avec les royalistes anglais, les commissaires écossais à hdimbourg, la reine à Paris , et le duc d'York àSainl Jamcs(*i*2avril}, lequel, bicnlùi après,

(1) \* vote de non-requéte passa à une majorité de 111 voix contre 9J. Journaux , t, 3 janvier. Voyez aussi 1 1 . 15 janvier U,\&. Les Journaux dr> lord*, ix . UtO, W:». Ru»ti\v., vu, tCI, Uoa. Journal de I. vices- I lu , ÏQ. \

I sur l'ordre de son père, s'enfuit en Hollande, I déguisé en femme (I).

Cependant une fermentation extraordinaire semblait agiter toute la masse de la population. A l'exception de l'armée, toutes les classes étaient mécontentes. La nation ne jouissait nullement des bienfaits de la paix, quoique la guerre eût cessé depuis un an. On n'avait pas rétabli ces formes, ces institutions, sauvegardes de la liberté et de la propriété, que l'on avait suspendues pendant le débat ; les comités continuaient à exercer, dans chaque comté, la tyrannie la plus oppressive, et tous les mois on levait encore, pour entretenir les troupes, une taxe qui excédait le montant des sommes imposées pendant la guerre pour le même objet. Personne ne pouvait ignorer que le parlement, l'autorité suprême nominale , élail sous la dépendance du conseil des officiers; et la captivité prolongée du roi, les sentiments connus des agitateurs, et par-dessus tout la détermination de supprimer les requêtes, provoquaient le soupçon géuéral qu'on avait l'intention d'abolir le gouvernement monarchique, et d'introduire à sa place le despotisme militaire. Les quatre cinquièmes de la nation commençaient à désirer le rétablissement du trône. Il existait une grande diversité d'opinions relativement aux conditions; mais tous s'accordaient à vouloir le 1 traité pcr.-onnel que Charles avait si souvent demandé , comme le moyen le plus propre à j concilier les intérêts opposés, et à amener un ' arrangement satisfaisant.

Bientôt après le vote de non-addresses , le roi en avait appelé au bon sens du peuple par le moyen de la presse. Il lui demandait do ' juger entre lui cl ses ad versa res, si, par sa ! réponse aux quatre bills, il avait donné un seul i motif raisonnable à leur vote violent et incon- I stitulionml; et si eux, par le refus obstiné d'une conférence personnelle, n'avaient pas

(I) Joiirnoi.x ,x. 35, 70, 220. Rushworth , tu , H8I, 1002, 1007, 1.09. Care.idon, m. 129. Fircbrace, tua des aReii:* par le moyen desquels Charles correspondait avrcxrs ani'S, nom dit quM était, de temps a autre, cban;e par l'un des gardes de faire sentinelle pour lut à la porte de la chiiuhr c du roi , et qu'il lui donnait alors ou en recevait dis papiers à travers une petite crevasse prés du plancher. Voyez le compte qu'il eu rend en addition aux Mémoires de Herbert , p. 187.

trahi leur résolution de ne consentir à aucun accommodement. L'impression produite par cette pièce exigeait une réponse: une justification longue et pénible des actes de la chambre des communes fut élaborée, et approuvée après bien des ratures et des amendements (11 février); elles membres en reçurent un certain nombre pour les faire circuler parmi leurs mandants; d'autres furent envoyés aux curé.s chargés de les lire à leurs paroissiens (1). C'était une fastidieuse énumération de toutes les charges, fondées ou non, qui avaient toujours été présentées contre le roi depuis le commencement de son règne; desquelles on inférait que, traiter avec un prince si hostile aux droits populaires, si souvent convaincu de frjude et de dissimulation , ce serait trahir la mission confiée par la nation aux deux chambres. Mais les rédacteurs de celte pièce manquèrent leur objet. Us avaient introduit beaucoup de points discutables, et fait de nombreuses assertions exposées à des réfutations. L'avantage fut saisi avidement par les royalistes , et nonobstant les péualités prononcées récemment relativement aux publications non autorisées, diverses réponses écrites avec une éloquence convaincante furent répandues dans beaucoup de parties du pays. Les plus célèbres venaient des plumes de llyde, le chancelier, et du docteur Baies , médecin du roi ('2).

Mais tandis que la cause royale faisait de rapides progrès parmi le peuple, dans l'armée même, les principes des nivelcurs avaient été embrassés par la majorité des soldats, et avaient trouvé des prosélytes parmi les officiers. Ces fanatiques avaient découvert dans la Bible que le gouvernement des rois était odieux aux yeux de Dieu (3), et ils prétendaient que, dans le fait, Charles n'avait plus de droit au sceptre. Protect ion et allégeance étaient deux conditions réciproques. 11 avait fait serment, eu montant sur le trône, de proléger les libe rtés de ses sujets; et, en violant ce serment, il avait dégagé le peuple de l'obligation de son allégeance. Il en avait appelé au Dieu des batailles

!l) Journaux , t, 10, 1 1 février. HUt. pari., m, 817. Pcn îticli ef<\ 4 t.

i2) Ibid. , llist. pari. , m. OEimcs du roi, 132. ;.)., i Km; , vin. 8.

pour décider la question , et le résultat Pavait jugée contre ses prétentions. Il était donc responsable du sang versé ; et le devoir des représentants de la nation était de le traduire en justice pour ce crime; et, afin de prévenir de pareils malheurs a ("avenir, ils étaient obligés de pourvoir aux libertés de tous, en établissant une république, d'après le consentement général. Cromwell invita les défenseurs de celle doctrine à se réunir, dans sa maison, a aux Grand esses» (on les appelait ainsi) du parlement et de l'armée, ta question y fut débattue ; mais il eut grand soin, ainsi que ses collègues, de cacher ses véritables sentiments. Ils ne contredirent pas ouvertement les principes mis en avant par les nivclcurs; mais ils affectèrent de douter delà possibilité de les mettre en pratique. La vérité est qu'ils ne se souciaient pas de se compromettre par un aveu trop explicite, avant de connaître la route qu'ils avaient à tenir (1).

Dans celle fièvre de l'esprit public en Angleterre, tous les yeux étaient tournés sur les mouvements de l'Ecosse. Le clergé écossais avait, pendant quelque temps, nourri l'idée que le roi avait non -seulement signé le covenant à Carisbrook, mais solennellement promis de le faire exécuter dans tous ses États; et la perspective d'un prompt triomphe sur les indépendants les engagea à prêcher une croisade en faveur de l'Église et du tronc. Mais le retour des commissaires el la publication de «l'accommodement » avec le roi abattirent cruellement leurs espérances

On trouva que le roi avait en effet consenti à l'établissement du presbytérianisme en Angleterre, mais seulement comme un essai pendant trois ans, avec la liberté pour lui et ceux qui voudraient suivre son exemple, de. ne pas s'y conformer. Leurs invectives ne portèrent ' plus, alors sur les indépendants : « l'accomrooj dément » et ses partisans devinrent le but de leurs plus violentes attaques. Ses conditions avaient , disait on , dépassé les pouvoirs accordés aux commissaires , el l'on déclarait son in- : lent ion un acte d'apostasie du covenant, une j tentative impie pour élever le trône du roi audessus du trône de D eu. Leur véhémence

(i; Li-«llo\v , i , 2CG. WhiielocL, 317.

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