‹ Histoire d' AngleterreChapitre 3 sur 307 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de nombreux partisans parmi les plus nécessiteux de leurs compagnons, se plaignaient avec amertume de ce que l'arrivée de jésuites missionnaires eût rendu le gouvernement ang'ais plus soupçonneux et plus vigilant ; que les traités que Ton avait conclus n'avaient amené que plus d'irritation et de sévérité, et que Persons et ses frères avaient fait un monopole de la charge de défenseur des droits de Marie, dans les cours étrangères, a l'exclusion des laïques, beaucoup plus propres à de telles fonctions, et au préjudice de la reine d'Ecosse ellemême , dont les secrets avaient été dévoilés par la confession de Holt, au château d'Édimbourg; par celle de Creighton , à la Tour de Londres , et par les révélations de leur partisan Gray, durant la négociation de Grccnwich (1). Leurs adversaires répliquaient que les mesures que l'on condamnait ainsi avaient principalement contribué à la conservation du culte catholique en Angleterre ; que Morgan et Paget étaient des hommes dont il fallait au moins se défier, depuis qu'ils s'étaient liés avec des gens connus pour être les émissaires de Walsingham ; que leur impatience ou leur perfidie leur avait souvent Fait adopter des projets dangereux et illégaux , et que les véritables amis de la reine avaient pour premier objet la conservation de sa vie, et devaient rejeter tous les plans dont la découverte ou l'insuccès pouvait la conduire i a la mort. L'ambassadeur de Marie, l'archevêque ! de Glascow, et tousses parents de la maison de Guise, étaient d'accord avec eux ; mais Morgan et Paget avaient des amis à qui la coutume d'une correspondance journalière donnait une plus grande influence sur ses deux conseils, Nau et Curie, ses secrétaires, enfermés avec clic dans sa prison (2).

La reine d'Angleterre était animée de la

(1 ) Il paraît que ce Fut la trahison de Gray qui la détermina à se jeier dans le* bras de ce parti : Gray avait été envoyé a Paria arec dea leUrec de Holt pour Persons, qui lui confia tous *es *ecrets et ceux de ae« anus. Murdin, 442. Marie écrit à Casteluau :«Ce voyage de Gray n'a pas nui seulement à son crédit , mais a celuy de ceux qui se sont taot voulu mesler avec luy. » Jebb , n , 070.

(2) Vdyez dans Murdin , 442, 449, 465, 479, 4WJ, 1 499, 207, 516, les lettres de Morgan et de Paget. Voyez aussi More, ttist provinciœ anglicanes, 138, et Bartoli, 277J'obaerveque Morgan, dans ses lettres, parletoujours d'Allen avec respect et amilié particulièrement p. *>7.

haine la plus violente contre Morgau. L'accusation portée contre lui par Parry, quoique dénuée de témoignage oral ou de preuves écrites, l'avait portée à déclarer qu'elle donnerait 10,000 livres à quiconque lui apporterait sa téte , et quand elle envoya l'ordre de la Jarretière au roi de France, elle demanda, en retour, l'extradition de la personne de Morgan ( 1585, 9 mars). Henri n'osa refuser, et cependant il était honteux d'y consentir. Il adopla un terme moyen : il enferma le Gallois à la Bastille, et envoya ses papiers à la reine (1). Morgan employa son temps à méditer des plans de vengeance ; et , dans ce dessein, par les secours de Paget , il se procura les moyens de correspondre avec Marie; et , pour effectuer son projet , il chercha des agents et des associés par toute l'Angleterre. Mais il fut arrélé dans ses vues par un homme plus adroit que lui, par le secrétaire Walsingham, qui corrompit la fidélité de ses agents, leur fournit des moyens de correspondance , et encouragea secrètement les intrigues du Gallois. Le lecteur observera, dans l'histoire de la conspiration qui va réclamer son attention, la coexistence de deux complots . l'un tramé par Morgan contre la vie d'Êlisabelh, l'autre, espèce de contre-mine, poursuivi par Walsingham, contre les jours de Marie. Celui-ci fut, à la vérité, dérobé quelque temps aux regards du public, mais il en transpira beaucoup dans la suite , et ce fut, pour quelques personnes, une question de savoir si le premier n'avait pas été imaginé pour dissimuler l'autre, et si la trame qi>i semblait menacer la reine d'Angleterre n'avait pasélé primitivement ourdie par la noire et perfide politique du secrétaire , qui voulait ainsi faire servir l'emportement du Gallois a ses propres vues contre la reine d'Écossc (2). Morgan s'adressa d'abord à Christophe Blount, gentilhomme catholique dans la maison de Leicester. Mais Blount était trop prudent pour s'exposer lui-même : il se remit du soin dangereux d'apporter les nouvelles sur un nommé Pooley, serviteur de lady Sydney, fille de Walsingham. Pooley se rendit plusieurs fois à Paris, se fit passer pour catholique, apporta des lettres à Marie (20 juill.), cl fut initié dans les secrets

(1) Murdin, 410-444, 471. Jelib , 577. Egerton , S. (21 Voyez l'apologie de Nau , Mss. de tfarley.

HISTOIRE D'AÎSGLETF.RRE.

de ses amis en Angleterre (I) (1586, 28 janv.). Mais s'il n'était pas, de ce moment, l'espion de Walsingham, il le devint très-certainement peu de temps après.

Les agents que Morgan employa ensuite furent Giffbrd et Grcatley, deuv trattres, qui avaient étudié dans 1rs séminaires d'Angleterre, avaient pris les ordres, et avaient consenti (1585, 15oct.) à devenir les suppôts de l'artificieux et intrigant secrétaire. Ils étaient plus que suspects à beaucoup de catholiques ; mais ils trompèreut la crédulité du Gallois, en avouant qu'ils étaient soldés par le gouvernement, mais protestant qu'ils n'avaient d'autre désir que de servir la reine d'Écosse avec plus de sécurité. Morgan les recommanda à Marie , dans les termes les plus pressants (1586 , 24 avril ). Ils se rendirent en Angleterre , retournèrent à Paris, et revinrent encore avec d'autres instructions qu'ils communiquèrent à Walsingham (2).

Il y eut cependant un quatrième et plus important émissaire, un gentilhomme qui, revêtu de l'uniforme d'officier, et prenant le nom de Fortescue, avait été remarqué, durant l'été et l'automne, pour avoir fréquenté les familles de plusieurs réfractaires. Par le moyen de Maude, qui s'insinua dans la confiance de cet étranger, on découvrit qu'il se nommait John Ballard , prêtre catholique, et que son but était de sonder les dispositions de ses hôtes, et de chercher des soutiens pour les exilés. Maudc était passé maître dans l'art de la dissimulation. Il accompagna l'envoyé dans un voyage le long des côtes occidentales, dans une partie de l'Écosse, dans les comtés du nord de l'Angleterre, et de là, en traversant la Flandre, jusqu'à Paris. Pendant sa route. Ballard communiqua ses intentions A Allen , qui les désapprouva fortement; mais Morgan et Paget l'exhortèrent à persévérer, et le présentèrent, par l'entremise de Greatley (29 avril), à Mendoza , l'ambassadeur espagnol. Il apprit à ce ministre que la plus grande partie des forces anglaises étaient débarquées, avec Leicester,dans les Pays-Bas; que non-seulement les catholiques, mais beaucoup de protestants,

(0 Ibid . 446, 449 , 451,480, 407.

(T Ibid., 455, 470.511.

étaient prêts à embrasser le parti de la reine d'Écosse , et qu'ils n'attendaient que l'arrivée d'une armée étrangère pour se lever en sa faveur. Mais Mendoza ne parut pas satisfait des informations de cet agent : il ne voulut s'engager qu'à en parler à son souverain en termes généraux, et promit que, si un parti puissant s'organisait en Angleterre, le prince de Parme enverrait un secours prompt et convenable. Mais Morgan et Paget furent blessés de la froideur de l'Espagnol. Us savaient que Savage, officier qui avait servi dans les guerres de Flandre, avait entrepris d'assassiner Élisabeth (1), et ils se persuadèrent que l'on formerait aisément un parti suffisant pour délivrer la reine d'Écosse, à l'aide de Babington, de Dethick, dans le comté de Derby. A cet effet, Ballard revint en Angleterre (22 mai), avec ordre de retourner prompt ement, pour rendre compte à Mendoza du résultat de sa mission. Maude, son compagnon, informa Walsiogham de toutes ces circonstances (2).

Marie, qui résidait maintenant A Charlley, et que l'on avait mise en garde contre le caractère suspect de cet homme, ne voulut avoir aucun rapport avec Ballard ; mais l'esprit exalté de Babington négligea toutes les précautions. C'était un jeune homme riche et de bonne famille, qui avait transmis des lettres à la reine d'Écosse , quand elle résidait à Sheffield , et qui avait toujours professé l'attachement le plus chevaleresque pour sa cause. Son opinion personnelle était que toute tentative en faveur de Marie , durant la vie d'Éltsabeth , serait inutile : mais quand Ballard lui eut appris que Savage s'était engagé à assassiner la reine, et que le prince de Parme débarquerait en même temps avec une armée formidable (27 mai ), il aban- : donna ses objections, et fit observer que la mort d'Elisabeth était d'une trop grande im-

(1) Savage prétendit, dan* m confession a la Tour, qu'il avait été amené a commettre ce crime par Giffbrd, dont nom avons déjà parlé , et par un autn» Gifford qui fut plu* tard archevêque de Reims, pour le Wep de la religion, et pour vengrr la mort de Th rock moi ton. Mais de tels aveui , ainsi que nous l'avons souvent vu , méritent peu de crédit , et celui-ci en particulier contient un grand nombre de faits nui paraissent fort douteux. Voyez-le ^ dans les Procès d Eut de Howel, i , 1 130.

(2) Ibid., 1137. 1l44.Strrne.lv, MO. Martin, 517, 527,630. Camdcn. 471.

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