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CHAPITRE XIV

leurs représentants de le punir. Il avait versé le sang humain : Dieu leur faisait un devoir de demander du sang en retour. On imposa silence à l'opposition , et l'on nomma un comité de 38 membres pour aviser aux moyens les plus convenables de procéder. Widdrington , Whitelock , Scot , et Marlen, figuraient parmi les plus importants; mais les deux premiers refusèrent d'en faire partie, et quand l'huissier leur porta la sommation, ils se retirèrent dans leur pays(l).

A la recommandation de ce comité , la chambre passa un décret iuterprétatif de la loi (1er janv. 1649) qui considérait comme haute trahison de la part du roi d'Angleterre, dans la circonstance actuelle, d'exciter à la guerre contre le parlement et le royaume d'Angleterre; et ce décret fut suivi d'une ordonnance qui créait une haute cour de justice pour juger la question de fait , si Charles Stuart, roi d'Angleterre, était ou n'était pas coupable de la trahison indiquée dans le décret précédent. Mais les lords n'imitèrent pas la servilité des communes. Ils se rappelèrent l'avertissement donné par le roi à Newporl : ils virent, dans la chute du souverain, la ruine prochaine de tout leur ordre (2janv.); et, quand le décret et l'ordonnance furent portés à la chambre, ils les rejetèrent l'un et l'autre à l'unanimité (4 janv.). Cet effort inattendu surprit, mais ne déconcerta pas les indépendants. Ils obtinrent des communes de déclarer que le peuple est l'origine de tout pouvoir légitime, et de cette vérité théorique, ils déduisirent deux erreurs de pratique. Comme si aucune portion de ce pouvoir n'eût jamais été déléguée au roi et aux lords, ils arrêtèrent que les communes d'Angleterre, assemblées en parlement, «étant choisies par le peuple, et le représentant, possédaient l'autoritésupréme ; » et de 11, ils inférèrent que « tout ce qui est ordonné et déclaré loi par les communes en parlement a force de loi, et engage tout le peuple de la nation, même quand le roi et la chambre des lords n'y auraient pas donné leur -consentement. » Mais, dans cette hypothèse même, comment la chambre, constituée comme elle l'était, pouvait-elle se dire la représentation du peuple? Elle n'était,

• (I) Journaux , 23 décembre. Wbilelock , 383.

dans le fait , que la représentation de l'a Cette représentation n'était point libre, mais esclave, organe seulement de ses maîtres, et chargée d'enregistrer leurs décrets (1).

Pendant ce temps-là , Cromwcll continuait à jouer son rôle accoutumé. Quand il prenait la parole dans la chambre, c'était pour recommander la modération , pour exprimer les doutes dont son esprit était agité, et protester que, dans le cas où il donnerait son assentiment à des mesures sévères et rigoureuses, ce serait avec répugnance , et seulement pour obéir à la volonté du Très-Haut. On n'a aucun détail sur sa conduite pendant les débats du procès du roi ; mais quand on parla de dissoudre la chambre haute, et de réunir ses membres à celle des communes, il déclara que celte proposition était une frénésie révolutionnaire; et, lors de la proposition du bill pour changer la forme du grand sceau, il adopta un langage qui montrait une extrême hypocrisie, quoiqu'il fût calculé pour faire impression sur les esprits fanatiques de ses auditeurs. «Sir, dit-il, s'adressant au président , si qui que ce soit avait proposé ce bill avec le dessein de déposer le roi et déshériter sa postérité, ou si quelque homme entretenait un pareil dessein, ce serait le plus grand traître et le plus grand rebelle du monde. Mais puisque la providence de Dieu se repose sur nous pour ceci , je ne puis que me soumettre à celte providence , bien que je ne sois pas encore préparé à vous donner mon opinion » (2).

( 1 ) Journaux , x , 641 . Commune» ,1,2,4,6 janvier. Jusqu'alors le nombre des tord» n'avait pas surpassé celui de sept ; mais ils se trouvèrent quatorze dan* cette occasion. Journal de Leicesier, 47.

(2; Voyez, au sujet de la conduite de Cromwelt, les lettres dans l'appendice du second volume des Mémoires de Clarendon, l , u. On a mis en qu stton l'authenticité de ce discours, comme reposant seulement mir l'autorité perfide de Pf rrinchiefe; mais on le trouve dans une lettre écrite le 1 1 janvier, qui rapporte 1rs discussions du 9, et , d'après cela, je ne pens<» pas qu'il puisse être mis en doute. En revenant aux Journaux, on trouvera que le même jour la chambre avait été divisée sur la question desavoir si l'on recevrait enenre des messages des lords. Elle fut emportée malgré l'opposition de Ludlow et de Martes. «Alors, dit la lettre , on tomba sur l'affaire du jugement du roi. • On ne mentionna rien de cela dan* les Journaux ; mais une motion qui ramenait de fréquentes allusions fut présentée et adoptée. C'était au sujet d'un grand sceau, sur lequel on voulait graver la des communes , avec cette inscription : ■ Dans

Le lord général, au contraire, commença à prendre un Ion plus ouvert et plus hardi. Jusqu'alors il s'était laissé conduire. Nous pouvons croire aisément qu'il désapprouvait une Grande partie de ce que l'on avait fait; mais il accuse lui-même sa propre faiblesse, quand, pour excuser sa conduite, il dit qu'on avait souscrit de son nom les résolutions du conseil , qu'il y eut consenti ou non. H avait dernièrement répandu le sang de deux braves officiers a Colchcsler; mais aucune sollicitalion ne put l'engager à concourir à verser celui du roi. Son nom était en téle de ceux des commissaires; il se rendit à la première séance (8 janv.) , dans laquelle on ne prit aucune résolution; mais il refusa constamment d'assister aux suivantes, ou de signer les délibérations. Cette conduite surprit et mortifia les indépendants; elle était duc probablement à l'influence de sa femme, dont le royalisme excessif fixera bientôt l'attention du lecteur (I).

Avant ces discussions, et par anticipation à son procès, on avait ramené le roi au palais de Saint-James. Dans la troisième semaine de son emprisonnement au château de Hurst, il fut tiré subitement de son sommeil (18 déc), au milieu de la nuit , par la chute d'un pontlevis et le bruit de pieds de chevaux. Mille idées effrayantes lui assaillirent l'esprit, et de très-bonne heure dans la matinée, il envoya Herbert, son domestique, pour savoir la cause de l'agitation; mais toutes les bouches étaient closes, cl Herbert revint avec la seule nouvelle que le colonel Harrison était arrivé. A ce nom, le roi devint pâle , se hâta de passer dans son cabinet, et chercha a dissiper ses terreurs par des dévotions secrètes. Dans une lettre qu'il avait reçue à Newport, on lui avait désigné Harrison comme un ho;nme déterminé à lui ôter la vie. Cette alarme, ncaurooins, n'était pas fondée. Harrison était un fanatique, mais n'était pas un meurtrier. Il voulait en effet le

la premièie année de la liberté, restaurée parla bénédiction de Dieu, . IC48. Uue telle motion ameuait naturellement le discours de Cromwell, au sujet de la déposition du roi et de la déshérence de sa postérité. (I ) Nalton, procès de Charles l«r. Mém. de Clareodon,

i». App , 14.

NGLKTKRRE.

sang du roi; mais il désirait que ce sang fût versé par la hache du bourreau, et non par le fer d'un assassin. On l'avait chargé de surveiller le déplacement du roi, et il était venu pour arranger les choses avec le gouverneur, dont on soupçonnait la fidélité. Il ne se montra point durant le jour, et partit dans la nuit. Deux jours après, le roi fut conduit avec une nombreuse escorte au palais de Windsor (1) (23 déc).

Jusqu'alors, malgré sa détention, le roi avait toujours été servi avec l'appareil de sa haute dignité ; mais à Windsor, ses repas furent apportés sur une table nue, et par la main des soldats ; aucun mot ne fut prononcé ; la coupe ne lui fut pas présentée à genoux. Cette absence de toulc cérémonie (27 déc.) fit sur l'infortuné monarque une plus vive impression qu'on ne s'y était attendu: c'était, disait-il, lui refuser ce qui était dû à plusieurs de ses sujets par les anciens usages; et, plutôt que de se soumettre à celte humiliation, il aima mieux diminuer le nombre des plats et prendre ses repas m particulier. Il ne reçut aucun avis officiel des procédures que l'on préparait ; mais il en recueillit les principales particularités au moyen des recherches que faisait Herbert, et dans ses conversations accidentelles avec le gouverneur Wiiclicott. Ces informations étaient de nature à* intimider le cœur le plus intrépide; mais Charles possédait le caractère le plus présomptueux, et , quoiqu'il cherchât à fortifier son âme contre l'excès du danger, il nourrissait toujours l'espérance que ces préparatifs menaçants n'avaient pour but que de lui arracher sa résignation de la couronne. Il comptait sur l'intervention des Écossais, sur l'intercession des puissances étrangères, et sur rattachement de la plupart de ses sujets anglais : il se persuadait que ses ennemis mêmes n'oseraient verser le sang de leur souverain, et que leur vengeance serait apaisée, et leur ambition suffisamment satisfaite, en lui substituant un de ses plus jeunes fils sur le trône (2).

(1) Herbert, 131 , (36. Rushworlh, tu, 1375.

(2) Herbert, 155, 157. Whitcloclc , 365. Sir John Temple atlribue sa tranquillité «à l'étrange idée que Ormond traraille pour lui en Irlande. Cest le roseau

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