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CHAPITRE XIV

Mais ce n'était que le rêve d'un homme qui cherchait à repousser ses craintes par des illusions volontaires. Les princes d'Europe voyaient sa destinée avec la plus froide indifférence. Pendant tout le débat, le roi d'Espagne avait entretenu une correspondance amicale avec le parlement. Frédéric 111, roi de Danemark, son cousin germain, ne fit aucune tenlalive pour lui sauver la vie ; et Henriette ne put obtenir en sa faveur l'intervention de la France, où le jeune roi avait été forcé par les dissensions civiles de quitter sa capitale, et où ellemême dépendait pour sa subsistance de la charité du cardinal de Retz, le chef de la Fronde (1). Le parlement écossais , à la vérité , fil un faible effort en sa faveur. Les commissaires signèrent une protestation contre les actes des communes , qui n'y firent jamais de réponse, et ils débattirent le cas avec Crorawell , qui les renvoya au covenant , et soutint que s'il était de leur devoir de punir les (péchants, il l'était encore plus d'en punir le chef (2).

A mesure que le jour du jugement approchait, Charles perdait l'espoir dont il s'était flatté jusqu'alors ; et sa translation ( 19 déc.) de Windsor à W hitchall l'avertit de se préparer pour la grande scène sur laquelle il devait bientôt paraître. Ne recevant aucune information, aucun avis, il ne pouvait prendre d'autre résolution que celle de conserver le maintien et la dignité d'un roi, de récuser l'autorité de ses juges, et de ne commettre aucune action indigne de son rang élevé et de celui de ses ancêtres. Le 20 janvier (1649), les commissaires nommés par L'acte s'assemblèrent dans la chambre peinte, et se rendirent en cortège au bout de la salle de Westminster. L'n fauteuil de velours cramoisi y avait été placé pour le lord président, JobnBradshaw, avocat ; les autres, au nombre de soixante-six , se rangèrent de chaque côté, sur des bancs recouverts d'écarlate; aux pieds du président , deux secrétaires s'assirent à une

sur lequel il t'appuie; et d'après ne* questions sur lui et sur sa jonction arec Incbiquin , je rois qu'on ne peut lui en faire perdre l'idée. > Dam le Journal de Leicestcr, 43. (t) Méin. de Retz, 1,261.

(2) Journaux, 6, 23 janvier. Cobbett, m , 1277. Le Temps présent de Burnet , i , 42.

table, sur laquelle reposaient l'epée et la masse; et , directement en face, on avait placé un fau teuil pourle roi. Après les formalités ordinaires de la lecture de la commission et l'appel des membres, Bradshaw ordonna d'introduire le prisonnier (1).

Charles fut reçu à la porte par l'huissier, et conduit par lui en dedans de la barre. Sa démarche était ferme , sa contenance assurée et sans émotion, il ne se découvrit pas; mais il s'assit d'abord, ensuite se leva, et regarda la cour avec un air de supériorité qui déconcerta et irrita ses ennemis. Quand le secrétaire lut l'accusatiun , il parut l'écouter avec indiffé-

r rence; mais un sourire de dédain contracta ses lèvres au passage qui le qualifiait^ de tyran, de traître, de meurtrier, et d'ennemi public et implacable de la république d'Angleterre.» A la fin de la lecture, Bradshaw le somma de répondre; mais il demanda par quelle autorité légale il élaitamené là. Il était roi d'Angleterre, et ne reconnaissait aucun supérieur sur la terre: il transmettrait à sa postérité, sans l'avoir souillée par aucune de ses actions, la couronne qu'il avait reçue de ses ancêtres. Sa cause était

j la cause de tout le peuple d'Angleterre; car, si la force sans le droit pouvait altérer les lois fondamentales du royaume, personne n'était assuré, pour une heure, de sa vie ou de sa liberté. On lui répondit que la cour siégeait de l'autorité de la chambre des communes. Mais, demanda -t-il, où sont les lords? Les communes forment-elles donc toute la législature? Sont-elles libres? Sont-elles une cour de judicature? Peuvent-elles conférer à d'au-

(I) Les commissaires , d'après l'acte (car on Redonnait alors ce nom qu'au x bills adoptés par les communes)» étaient au nombre de cent trente-trois , choisis dans la chambre basse , les colletés de jurisconsultes , la cité, et l'armée. Dans l'une de leurs premières asscnib'ées t ils choisirent BradshoW pour président. Né dans le comté deCbester, il avait été élevé pour le barreau, avait longtemps pratiqué à l'hôtel de ville {Guildball} , et avait été nommé sergent es lois deux mots avant. Sou nom ne parut pas dans la première liste des commissaires; mais lorsque l'ordonnance fut re jetée par la chambre haute, les noms des six lords Furent effacés , et l'on y substitua son nom, avec ceux de cinq autres. Il obtint pour récompense de ses services le domaine de lord Gotlimjioa, la place de chancelier du duché de Lancaslre , et celle de président du conseil.

très nnc juridiction qu'elles n'ont pas ellesmêmes? Il ne reconnaîtrait jamais une autorilé usurpée. Le Très-Haut lui avait imposé le devoir de désavouer tout pouvoir illégal qui envahirait les droits de la couronne ou les libertés des sujets. Telle fut la substance des discours qu'il prononça en trois jours différents, au milieu des interruptions du président, qui ne voulait pas souffrir qu'on mit en question la juridiction de la cour, et qui finit par ordonner qu'on inscrivit au registre le a défaut du prisonnier, et son refus de répondre» (1).

La cour siégea en particulier les deux jours suivants, pour recevoir la preuve que le roi avait commandé dans plusieurs engagements (27 janvier) , et pour délibérer sur la forme du jugement à prononcer. Le troisième jour , Bradshaw prit séance , vêtu d'une robe écarlate, et Charles immédiatement demanda à être entendit. Son intention n'était pas, dit-il, dans celte occasion, de reconnaître ou de dénier l'autorité de la cour; mais il desirait obtenir une faveur qui épargnerait à la commission un grand crime et rendrait à son peuple le bonheur et la tranquillité. Il demandait la permission de conférer avec un comité composé de lords et de membres des communes. Le président répliqua que la proposition n'était pas tout à fait nouvelle, quoi qu elle fût faite maintenant pour la première fois par le roi lui-même; qu'elle présupposait l'existence d'une autorité de même rang que celle des communes, ce qu'on ne pouvait admettre ; que son objet ne servirait qu'à retarder la marche des procédures, actuellement que le jugement allait être prononcé. 11 fut alors interrompu par les vives réclamations du colonel Downes, l'un des membres. On renvoya immédiatement le roi. Les commissaires se retirèrent dans un appartement séparé, où ils passèrent près d'une heure dans un débat personnel et animé. Si l'on eût accordé la conférence, Charles y aurait proposé (c'e t du moins ce que l'on a pensé) de résigner la couronne en faveur du prince de Galles.

(I) «The default and conteinpt of Uie priionner. » Il est évident que le mot «défaut, ne peut te rapporter quau refus de répondre, puisque laccuné élait présent.

iPiote du traducteur.)

Quand le roi reparut, Bradshaw lui annonça le rejet de sa demande, et se mit a lui reprocher , dans on langage aigre et dur , les principaux événements de son règne. Le caractère doux du prisonnier en fut exaspéré: il fit un effort pour parler, mais on lui imposa immédiatement silence,en lui disant quele temps de sa défense était passé; qu'il avait dédaigné les nombreuses occasions que l'indulgence de la cour lui avait offertes , et qu'il ne restait à srs juges qu'à prononcer la sentence, car la sainte Écriture leur enseignait a qu'il était aussi abominable d'acquitter le coupable que de punir l'innocent. » On lut de nouveau l'accusation, qui fut suivie de la sentence, «que la cour étant convaincue en sa conscience que ledit Charles Sluart était coupable des crimes dont on l'avait accusé, elle le déclarait tyran, traître , meurtrier, et ennemi publie du bon peuple de la nation, et ordonnait qu'il fût mis à mort, par la sêpa ration de la tête et du corps. nLeroil'écouta en silence, souriant quelquefois avec dédain, et quelquefois levant les yeux au ciel, comme s'il en appelait de la malice des hommes à la justice du Tout-Puissant. Quand la lecture fut terminée, les commissaires se levèrent en masse pour attester leur consentement, et Charles fit un dernier et plus vigoureux effort pour parler; mais Bradshaw ordonna de l'emmener, et les gardes l'entratnèrenl hors de la salle (1).

Pendant ce jugement , on avait mis sous les armes une force militaire considérable , afin de réprimer toute démonstration d'intérêt populaire en faveur du roi. Le premier jour, quand le nom de Fairfax fut appelé comme l'un des commissaires , une voix de femme s'écria de la galerie : « Il a trop d'esprit pour être ici. a Dans une autre occasion , lorsque Bradshaw attribua l'accusation contre le roi à l'assentiment général du peuple, la même voix de femme s'écria : a Non, pas un dixième du peuple. » Celte exclamation fut suivie d'un faible murmure d'approbation, qui fut à l'instant réprimé par la force armée. On reconnut bientôt que celte voix était celle de );idy Fairfax, la femme du commandant en chef. Il est probable que ce fut cette raison qui em-

(1) Voyez le procès de Charte* Sluart, avec le» additions de Nalaon. Londres, fol. 1735.

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