CHAPITRE XIV
pécha de donner attention à cet oulrage (1).
Lorsque Coke , le solliciteur général , commença sa plaidoirie , le rot lui loucha l'épaule avec sa canne , en lui disant : a Écoutez, écoutez !» Au même instant, la pomme d'argent de la canne tomba. Cet accident pouvait arriver en tout lemps ; mais dans ce siècle de superstition, on se hâta de le regarder comme un pronostic. Amis et ennemis l'interprétèrent comme le présage de la décapitation prochaine de Charles (2).
L'n jour, comme le roi entrait à la cour, il entendit derrière lui le cri de «justice ! justice ! » Une autre fois, en passant au mitieu de deux lignes de soldats, le mot « exécution » frappa fréquemment ses oreilles. II supporta ces affronts avec patience, et â son retour il dit à
prêchèrent sur les jugements de Dieu, et lui demandèrent ses bénédictions pour la république. Le roi consacra tout son lemps à des exercices de dévotion , avec Herbert et le docteur Juxon, évêque de Londres, qui, sur la demande de Mugh Pelers (et. on doit le dire, en l'honneur de ce prédicateur fanatique) , avait eu la permission de se rendre auprès du monarque. Son neveu, le prince électeur, le duc de Richmond, le marquis de Herlford , et plusieurs autres lords, vinrent a la porte de sacliauibre à coucher offrir leurs derniers homnarjes à leur souverain ; mais on leur dit, en son nom, qu'il les remerciait de leur attachement et leur demandait leurs prières; que le peu lemps qui lui appartenait désormais l'avertissait de songer
Herbert : o Je suis assuré que les soldats ne me j à un autre monde, et qu'il donnerait à ses enveulent pas de mal ; ils sont poussés à faire ceci i fants les derniers moments qu'il pourrait épar-
par leurs officiers , à l'égard desquels ils en feraient autant dans l'occasion» (3).
A son retour de la salle, hommes et femmes se pressaient en foule derrière les gardes , et criaient : « Que Dieu préserve Votre Majesté ! 9 mais l'un des soldats s'étant hasardé a dire : • Que Dieu vous bénisse , sire, » reçut de son officier un coup de canne sur la téte. a En vérité, dit le roi , la punition dépasse le délit ! » (4).
Charles, pendant son procès, avait, par sa conduite, relevé son caractère dans l'estime même de ses ennemis. Il lui restait à se préparer pour une épreuve plus cruelle, à fortifier son courage contre l'horreur d'une mort publique et ignominieuse. Mais ce n'était plus le même homme qu'avant la guerre civile. Laffliction avait purifié son âme; l'expérience lui avait appris à se soumettre aux châtiments de la Providence : il chercha et trouva de la force et.du soulagement dans les consolations de la religion. Il passa le jour suivant, un dimanche (28 janv.), à Saint-James, et les commissaires restèrent à Whitehall. Ils observèrent un jeûne,
(1) Procès de Nalsoo. Ctareodon, m, 254. Procès d'État, 366,3(57,368, fol. 1730.
(2) Maison. Herbert , 165. • Il ne parut pas ému ; cependant il dit à l'évéque que cela arail fait réellement sur lui une grande impression ; et a cette heure même , ditil, je ne sais pas comment cela a pu se faire. » Warwick,
(3) Herbert, 163, 161.
(4; Herbert, 163, 161
gner. Ils étaient deux, la princesse Élisabeth et le duc d'York : la première pleurait le sort de son père ; l'autre , trop jeune encore pour en connaître la cause, versait aussi des larmes par sympathie. Charles les mit sur ses genoux , leur donna des conseils adaptés à leur âge , et sembla goûter quelque plaisir a la justesse de leurs réponses. A la fin , il partagea entre eux quelques bijoux , les embrassa , leur donna sa bénédiction , et se hâta de retourner a ses dévolions (1).
Dans cette dernière nuit de sa vie*, il dormit profondément jusqu'à quatre heures (30 janv.); et de grand matin, il réveilla Herbert, qui couchait sur un grabat, près de son lit. a Voici, lui dit-il, le jour de mon second mariage; je veux être paré de mon mieux; car j'espère, avant la nuit , être réuni à mon divin Jésus. « Il lui désigna alors les vêtements qu'il voulait porter, et demanda deux chemises, en raison delà rigueur du temps, «car, obscrva-t-il, si je tremblais de froid, mes ennemis l'attribueraient à la peur. Je ne veux pas d'une pareille imputation. Je ne crains pas la mort. La mort n'est pas terrible pour moi. Je bénis Dieu de m'y trouver préparé» (2).
(1) Herbert, 169, 180. Procès d'État, 357, 3C0.
(2) Herbert, 183-185. Je puis iusérer ici une anecdote qui semble prouver que Charles attribuait en (jraudo partie tous ses malheurs. aux conseils de l'archevêque Laud. Il avait observé , pendant la dernière nuit de vie , que Herbert était afiité pendant son sommeil, et If
Le roi passa une heure en secret avec l'évèque ; Herbert fut ensuite admis , et , sur les dix heures, le colonel Hacker annonça qu'il était temps de se rendre à Whitehall. Il obéit, fut conduit à pied à travers le parc, entre deux détachements de soldats, et reçut la permission de se reposer dans son ancienne chambre à coucher. On lui avait préparé à dîner; mais il refusa de mander, quoique ensuite, à la sollicitation de l'évoque, il prit la moitié d'un petit pain et un verre de vin. Il resta là plus de deux heures, dans l'attente continuelle de la dernière sommai ion, employant une partie de son temps à quelque prière, et l'autre à causer avec le docteur Juxon. Il peut n'y avoir eu rien de mystérieux dans ce délai; si on l'a pensé, cela peut s'expliquer par les circonstances suivantes.
11 s'était écoulé quatre jours depuis l'arrivée des ambassadeurs de La Haye, pour intercéder en sa faveur. Ce n'était que dans la soirée précédente qu'ils avaient pu obtenir audience des deux chambres, et ils n'avaient pas encore reçu de réponse. Seymour était venu avec eux comme porteur des deux lettres du prince de Galles, l'une adressée au roi, et l'autre à lord Fairfax. Il avait déjà remis sa lettre, cl avec elle une feuille de papier blanc, souscrite du nom et scellée des armes du prince. C'était le prix qu'il offrait aux grands de l'armée, pour la vie de son père. Us pouvaient la remplir de leurs conditions; quelles qu'elles fussent, elles étaient d'avance accordées; son sceau et sa signature y étaient apposés (1). Il n'est pas improbable que cette proposition ait pu arrêter les chefs. Les amis de Fairfax ont toujours af-
roalin, il inùsta pour en savoir la cau*p. Herbert répondit qu'il avait révé. Il avait vu Laud entrer dans la chambre; lé rot Tarait fait mettre prêt de lui , lui avait p.irlé, avec un air pensif; l'archevêque avait soupire" , s'était retiré, et t'était proitertié sur le plancher. Charles reprit: ■ Cesl très-remarquable ; mais il est mort. Si cependant nous eussions conféré ensemble durant sa vie, il est probable (quoique je l'aimasse beaucoup) que je lui aurais dit quelque chose qui eût occasionné ses soupirs. • Lettre de Herbert au docteur Samways , publiée à la fin de ses Mémoires , pag. 220.
(1) Voyez, au sujet de l'arrivée des ambassadeurs , les Journaux de la chambre des commqnes , du 26. Un fac timile de cette carie blanche.avec la signature du priuce, orne le Utre du troisième volume des Lettres originales, publiées par M. Elit».
firmé qu'il avait fait tous ses efforts pour retarder l'exécution ; et l'on a la preuve que, quoiqu'il fût à Whitehall, il ne sut pas, ou que du moins il prétendit n'avoir pas su ce qui se passait (1).
Cependant, Charles eut la consolation d'apprendre que son fils ne l'avait pas oublié dans sa détresse. Seymour fut admis par la com- I plaisance du colonel Tumlinson; il remit sa lettre, et reçut les instructions du roi pour le prince. Mais il était à peine sorti, que Hacker arriva avec la fatale sommation. 1^ roi traversa la longue paierie, bordée des deux côtés par des soldats, qui, loin d'insulter au monarque tombé, semblaient, par leu/s regards douloureux, compatir à sa destinée. A l'extrémité, on avait pratiqué une ouverture dans la muraille, à travers laquelle il se trouva à l'instant sur l'écliafaud tapissé de noir; à l'extrémité étaient placés les deux bourreaux, le bloc, et la hache; au-dessous, se trouvaient plusieurs régiments de cavalerie et d'infanterie, et au delà, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, flottait une foule épaisse et innombrable de spectateurs. Le roi parut recueilli et ferme au milieu de cet appareil de mort. On reconnut dans sa contenance cette sérénité intrépide, dans sa conduite cette dignité c.:lme, qui avaient caractérisé sa royale aïeule Marie Sluart, dans la salle de Folheriiifïay. Il avait le désir de parler au peuple; mais les soldats armés relinretit les spectateurs hors de la portée de sa voix. Se bornant donc à s'adresser au peu de personnes qui l'entouraient sur l'écliafaud , il saisit, dit-il, celte occasion pour dénier, en présence de Dieu, les crimes dont on l'avait accusé. Ce n'était pas lui, mais bien les deux chambres du parleroenj qu'on
(I) • lis vinrent cependant dam une longue galerie, où, trouvant le général par hasard , celui-ci demanda a M. Herbert comment se portail le roi : ce qui lui parut étrange... \jt général parut trè»-é.onné de la réponse qu'on lui fit. > Herbert , 191. Il est difficile de croire que Herbert se toit trompé ou ail inventé une pareille question , ou que r'airfax l'eût faite s'il avait su ce qui se passait Quant à l'assertion que Fairfax était dans la chambre de Harrison avec les officiers, occupé • à prier ou a causer, • on a objecté que son nom n'est point parmi ceux des personnes qu'on a prouvé avoir été présentes au jugemeut des régicides. Mais c<\ ne serait pas une contradiction. Les témoins parlent de ce qui était arrivé avant, Herbert de ce qui arriva durant l'exécution.