CHAPITRE XIV
devait accuser de la guerre et de tous ses maux. Le parlement avait d'abord usurpé les droits de la couronne, en s'emparant du commandement de l'armée; il avait provoqué les hostilités, en donnant des commissions pour lever des troupes avant qu'il eût levé lui-même un seul homme; mais il avait tout pardonné, même â ceux, quels qu'ils fussent (car il ne voulait pas savoir leurs noms), qui Pavaient conduit à la mort. 11 faisait mieux que de leur pardonner, il priait pour qu'ils se repentissent; mais a cet effet, ils avaient trois choses à exécuter : ils devaient rendre à Dieu ce qui lui était dû, en organisant l'Église conformément à l'Écriture; restituer à la couronne les droits qui lui appartenaient légalement; et enseigner au peuple la distinction qui existe entre le souverain et le sujet ; que les gouvernés ne peuvent pas être les gouvernants; que ceux dont le devoir est d'obéir ne doivent pas commander. Alors, faisant allusion aux offres qui lui avaient été faites autrefois par l'armée, il termina par ces mots: «Sirs, c'est pour les libertés des peuples que je suis venu ici. Si j'avais voulu consentir a suivre une route arbitraire, à tout changer parle pouvoir del'épéc, je ne me trouverais pas dans cette position; c'est pourquoi je vous affirme (et je prie Dieu que cela ne tombe point à votre charge) que je suis le martyr du peuple. » Ayant ajouté, à la suggestion du docteur Juxon, «Je meurs chrétien suivant la foi de l'Église d'Angleterre, comme elle m'a été transmise par mon père,» il dit, en s adressant au prélat : «J'ai pour moi une bonne cause et un Dieu miséricordieux. »
L'évéque. — 11 ne reste qu'un pas à faire : il est cruel et terrible, mais il est court. 11 vous transportera de la terreau ciel, et Vous y trouverez la consolation et le bonheur.
Le roi. — Je vais d'une couronne corruptible a une couronne incorruptible.
L'étêqde. — Vous changez une couronne terrestre pour une couronne éternelle. L'échange est bon !
Étant prêt, il pencha son cou sur le bloc, et, après une courte pause, il donna le signal en étendant les mains. La hache tomba au même instant : la tête fut séparée du corps, et un profond gémissement s'échappa de h multitude des spectateurs; mais ils n'eurent pas le temps
de témoigner leurs sentiments : deux compagnies de cavalerie les dispersèrent dans des directions différentes (1).
Telle fut la fin de l'infortuné Charles Stuarl : leçon effrayante pour les hommes chargés de la royauté, qui doit leur apprendre à veiller aux progrès de l'opinion publique , à modérer leurs prétentions , à se conformer aux vœux raisonnables de leurs sujets. S'il eût vécu à une époque plus éloignée , lorsque le sentiment de l'injure était facilement dompté par l'habitude de la soumission, son règne eût été marque par moins de violations des libertés nationales. La résistance en fit un tyran. Le caractère du peuple refusa de céder aux usurpations de l'autorité; et un acte d'oppression le plaça dans
(t) Herbert . 18D-191. Warwick , 314. Nalson , Procès de Charte* Sluart Le corps du roi , ayant été embaumé, fut remit quelques jours après au comte de Ricbmond pqur être enterré a Windsor. Ce lord , accompagné du marquis de llertford, des comtes de Southamptoti et de Lindsey, du docteur Juxon , et du petit nombre de personnes qui compoNaienl la suite du rui, le déposa sous une voote dans le chœur de la chapelle de Saint-George, qui renfermait déjà 1rs reste» de Henri VIII et de sa trotùème femme , Jeanne S< y mour (Herbert , 203. Blcucowe. Mémoires de Sydney , t'A). Malgré cette autorité, l'assertion de Uarendon , qui dit qu'on n'a pas pu découvrir le lieu de l'inhumation, a fait naître quelque doute a cet égard. Mais en 1813 , il arriva que des ouvriers firent par hasard une ouverture dans un caveau qui répon. dait par sa situation à cette description, et qui était occupé par trois cercueils. Le prince récent ordonna des recherches pour n'assurer de la vérité. Un des cercueils, conformément au récit de Herbert , était de plomb, avec une plaque de plomb , sur laquelle on avait Bravé les mots : « Charles , roi. • On fit une ouverture dans le couvercle; et quand on eut enlevé une toile, recouverte d'une matière onctueuse , on trouva que les traits de la figure ressemblaient , autant qu'il était possible de les * distinguer, aux portraits de Charles l,r. Pour compléter la preuve, on trouva que la tète avait été séparée du tronc, par quelque-instrument tranchant, à la quatrième vertèbre du cou. Voyez le • Récit de ce qui se passa à l'ouverture du cercueil de Charles lar, par sir Henri Halford, baronnet ; 1813 » On observa , 4 la même époque, que • le cercueil de plomb de Henri VIII avait été brisé vert le, milieu , et une ouverture considérable dans cette partie laissait apercevoir le squelette du roi. » Ceci peut expliquer un panage de Herbert , qui dit que < pendant que les ouvriers étaieut occupés à tracer l'inscription, on fit évacuer la chapelle; niais qu'un soldat parvint à se cacher, descendit dans le caveau, coupa une partie du poêle de velours , et fit un trou avec un vilebrequin dans le plus grand cercueil. Oa le surprit , et on trouva sur lut un os dont il voulait , dit il , faire un manche de couteau. . Herbert , 201 Voyei la note Y 1 la fin du vo-
la nécessité d'en commet Ire d'autres, jusqu'à ce qu'enfin il eût renouvelée! remis en vigueur les odieuses prérogatives qui, bien que généralement réclamées , n'étaient exercées qu'avec un extrême ménagement par ses prédécesseurs. Pendant quelques années, ses efforts parurent avoir du succès ; mais l'insurrection d'Écosse révéla l'illusion : il avait abjuré la véritable autorité d'un roi , en se résolvant à perdre la confiance et l'affection de ses sujets.
Mais, tout en blâmant les mesures illégales de Charles, on ne peut pas mettre à l'abri du reproche la conduite subséquente de ses principaux adversaires. Du moment où la guerre parut inévitable, ils agirent comme s'ils se croyaient dégagés de toute obligation d'honneur et d'honnêteté. Ils ne cessèrent d'exciter les passions du peuple par de faux exposés et par la calomnie ; ils exercèrent un pouvoir bien plus arbitraire et bien plus formidable que celui que réclamait le roi ; ils punirent sommairement, sur le simple soupçon, et sans s'astreindre aux formes légales; et dans chaque comté ils établirent, au moyen de leurs comités, une réunion de petits tyrans, qui disposaient à volonté de la liberté et de la propriété des habitants. Ces anomalies sont peut-être inséparables des jalousies, des ressentiments, et des animosités engendrées par les commotions civiles ; mais il est certain que le droit et la justice ont été rarement plusaudacieu6ement outragés qu'ils ne le furent par ceux qui prétendaient avoir tiré l'épée pour leur défense.
On ne peut ailribuer la mort de Charles à la vengeance du peuple. La plus grande partie ' s'était déclarée satisfaite de la victoire : elle ne voulait pas le sang du monarque captif; elle désirait même le replacer sur le trône, avec les restrictions qui lui paraissaient nécessaires pour la conservation de ses droits. Les hommes qui le poussèrent a l'échafaud formaient une petite faction, composée d'esprits hardis et ambitieux, qui eurent l'adresse de guider les passions et le fanatisme de leur:, partisans, et qui parvinrent par eux à maîtriser les dispositions réelles de la nation. Même parmi les commissaires nommés pour siéger au jugement du roi, on put à peine en déterminer une moitié à assister au procès; et plusieurs de ceux qui concoururent à 5a condamnation souscrivirent
à la sentence avec des sentiments de honte et de remords. Mais il en est ainsi dans toutes les révolutions : les plus violents se mettent en avant: leur vigilance, leur activité, semblent les multiplier, cl la hardiesse du petit nombre prend bientôt l'ascendant sur l'indolence et la pusillanimité des autres.