CHAPITRE XV
4ii
lait mettre une barrière insurmontable an rétablissement du despotisme', on ne pourrait la trouver que dans ces institutions qui placent le pouvoir suprême dans les représentants du peuple, o 11 est probable qu'ils exprimaient leurs véritables sentiments, quoique l'un de ceux qui assistèrent à leurs assemblées nous ait assuré que l'intérêt personnel n'avait pas eu peu d'influence sur leur détermination. Ils avaient trop mortellement offensé la royauté , pour se confier à la clémence ou à la modération d'un roi. Ils choisissaient la république, parce qu'elle leur promettait de les mettre à l'abri de la vengeance de leurs ennemis, et leur offrait en outre l'avantage de partager entre eux le pouvoir, la collation, et les émoluments des places (I).
Conformément à cette décision , au moment où la tète de la victime royale tomba sur l'échafaud de Whilehall , on lut à Chcapside une proclamation qui déclarait coupables de haute trahison ceux qui donneraient le titre de roi à quelque personne que ce fût , sans l'autorisation du parlement. En même temps on publia la .délibération du 4 janvier, qui décidait que l'autorité nationale suprême résidait dans les représentants du peuple. Les pairs , prévoyant leur destinée prochaine, continuèrent à siéger; mais au bout de quelques jours, les communes décrétèrent d'abord' l'aboi il ion de la chambre des lords, puis celle de la dignité de roi. Ces résolutions, quoique la promulgation des actes qui les contenaient fût différée , parurent suffisantes : de ce moment la royauté (mot par lequel on désignait actuellement la dignité royale) et l'autorité législative et judiciaire des pairs furent considérées comme abolies; et la chambre basse, sous le nom de parlement d'Angleterre, concentra dans son sein tous les pouvoirs du gouvernement (2).
U mesure que prirent ensuite les communes fut la création d u* conseil d'État, composé de quarante et un membres ; la durée de leurs pouvoirs était limitée à un an. Ils étaient chargés du maintien de la tranquillité publique , de l'organisation des troupes de terre et
(1) Wbileiock;, 391.
(2) Journaux , 1619 ; 30 janvier; 6, 7 février. Crommretl vota en faveur de la chambre des tords (Ludlow, i , 210). 1-e faisait-il de boane foi? Je ne le crois pas.
de mer, de la surintendance du commerce intérieur et extérieur, et des négociations avec les puissances étrangères. Parmi les personnes choisies pour remplir ces fonctions, les trois quarts siégeaient dans la chambre des communes : ils comptaient parmi eux les chefs de la justice, les principaux officiers de l'armée, et cinq pairs, les comtes de Denbigh, de Mulgrave, de Pembroke, de Salisbury, et le lord Grey de Werke, qui consentirent à entrer dans le conseil, soit par attachemrnt à la cause, soit comme compensation pour la perte de leurs droits héréditaires (1). Mais dès le commencement on vit éclater un schisme entre les nouveaux conseillers ; le serment exigé d'eux par le parlement contenait l'approbation du jugement du roi , du décret contre les Écossais et leurs associés anglais , et de l'abolition de la monarchie et de la chambre des lords. Cromwell et dix-huit autres le prêtèrent de bonne grâce et sans observations; les vingt-deux autres, Fairfax à leur tête , le refusèrent avec fermeté , quoiqueavec respect. Les pairs alléguaient qu'il était déshonorant pour eux d'approuver, par un serment, ce qui avait été fait en opposition à leur vote; les membres des communes, que ce n'était pas à eux à émettre une opinion sur des procédures judiciaires qu'ils ne connaissaient pas officiellement. Mais leurs doutes , relatifs à des mesures prises antérieurement , ne les empêchaient pas de reconnaître l'autorité du gouvernement existant. La chambre des communes était actuellement en possession du pouvoir suprême. Celte chambre était leur protectrice, ils lui devaient obéissance, et avec elle ils étaient prêts à vivre et à mourir. Cromwell et ses amis eurent la sagesse de céder ; les clauses rétroactives furent effacées (22 fév.), et on leur substitua une promesse générale d'adhésion au parlement quant aux libertés publiques dans leur forme actuelle , et au gouvernement futur de la nation «au moyen d'une république sans roi, ni chambre des pairs (2).
(1 ) Le comte de Pembroke eut la bawme de solliciter et d'accepter la place de représentant du comté de Berfcs. Son exemple fut imité par deux autres pairs, le comie de Salbbury et le lord Howard d'E«crick, qui furent députés pour Lynn et Carlisle. Jouni., 16 avril , 5 mai, 18 septembre. Journal de Leicester, 72.
(2: Joura. 7, 13, 14 , 15 , 19, 22 févr. Wbileiock , 578,
HISTOIRE D'AîSGLETKRRK.
Cette révolution importante amena plusieurs autres changements. Une image de la chambre des communes remplaça l'effigie royale sur le grand sceau , qui fut confié à trois lords commissaires, Lysle, Keble, et Whitclock; les décrets ne furent plus rendus au nom du roi, mais a des gardiens de la liberté de l'Angleterre, par autorité du parlement;» on donna de nouvelles commissions aux juges, aux shérifs, et aux magistrats; au lieu des serments d'allégeance et de suprématie, on exigea une promesse de fidélité à la republique d'Angleterre. Six des juges se démirent ; les six autres consentirent a conserver leurs emplois, si le parlement voulait reudre une proclamation déclarant son intention de maintenir les lois fondamentales du royaume. La condition fut acceptée et remplie (I). Les tribunaux continuèrent d'entendre et de juger les causes suivant l'ancienne forme, et la massé du peuple s'aperçut à peine de l'important changement qui avait été fait dans le gouvernement du pays. Dans les années précédentes, l'autorité suprême avait été exercée au nom du roi par les deux chambres de Westminster, avec l aide du comité de Derby-House; maintenant la même autorité était exercée au nom du peuple par une seule chambre, et avec l avis du conseil d'État.
La gloire ou le blâme d'avoir ainsi élevé une république sur les ruines de la monarchie doit revenir principalement a Cromwell , Ircton, Bradshaw, et Martcn , qui , par leur influence, dirigeaient et gouvernaient les opinious et les passions de leurs compagnons dans le sénat et dans l'armée. Après-la mort du roi ,
582 , 583. Le serment amendé est dans Walker, part. h, 130.
(1) Journ., 8 férrier. Toutefois, ni cette déclaration ni les remontrances fréquente* de* boinmes de loi* ne purent empêcher la chambre d'usurprr les fonction* judiciaires, ni d'inflioer des châtiments illégaux. Ainsi, par eicmple, sur le rapport d'une commission où était relatée la décourcite d'un compîot pour extorquer de l'argent par une fausse accusation de crime, la chambre, sans entendre les accusés ni les envoyer devant une cour de justice, infligea a quelques-uns les peines du pilori, de l'amende , et de l'emprisonnement, et condaiut:a luistrcss Samfoid, comme la principale coupable, a «tre fouettée le jour suivant, depuis New^ate jusqu'à Old-Exchauge , et a trois mois de travaux dans une prison. Joui n. 1650, 2 féviier, 13 août.
ils tirèrent un grand secours des talents de Vane, de Whilelock', et de Saint -John, et l'adhésion des cinq pairs de la chambre haute abolie jeta un faible lustre sur leur cause. Cependant , quand ils regardaient autour d'eux et qu'ils remarquaient les bancs dégarnis de la chambre, ils sentaient toute leur faiblesse et le peu de fondement de leurs prétentions. Ils réclamaient l'autorité suprême comme représentants du peuple; mais la majorité de ces représentants avait été .successivement chassée à main armée, et la chambre était réduite, de plus de cinq cents membres, à moins d'un septième de ce nombre. Pour accréditer le gouvernement et lui donner de la sécurité , il fallait à la fois combler ce vide et empêcher l'introduction d'hommes qui eussent des principes opposés. Dans ce but, ils résolurent (1er février) de prolonger l'exclusion de ceux qui, le 7 décembre, avaient été d'avis que « les concessions du roi étaient une base suffisante pour procéder à une organisation ; > et d'ouvrir la chambre à tous les autres, pourvu qu'ils insérassent préalablement dans les journaux un désaveu de cette déclaration (1). Au moyen de cet expédient , et de quelques ordonnances à l'effet de procéder à des élections dans les endroits où l'influence du parti était irrésistible, le nombre des membres s'éleva graduellement à cent cinquante, quoiqu'il fût rare d'obtenir que la moitié ou même le tiers fussent présents.
Pendant la guerre, la crainte des représailles avait appris aux deux partis à user de la victoire avec modération. On avait répandu peu de sang, excepté sur le champ de bataille. Mais ce motif n'existait plus : les fanatiques ne se contentaient pas de la mort du roi, ils demandaient d'autres victimes, la Bible à ta main; et les politiques croyaient prudent défaire des exemples pour arrêter les complots de leurs ennemis. Au nombre des royalistes en prison, étaient le duc d Hamiifen (aussi comte de Cambridge en Angleterre»), le comte de Holland , Goring, comte de Norwich, le lord Capcl, et sir John Owen , qui tous avaient pris part aux derniers efforts tentés pour rétablir Charles sur le trône. Une décision prise par la chambre
il; Journ , I" février. Walker, part, u , 1 15. Wh le
lo.-k.37ti.