CHAPITRE XV
novembre avait , pondérante de Torateur lui sauva la vie. Les Haraillon à une amende de 100,000 sentences d'Hamilton et de Capcl furent eon-
ltvres, et les quatre autres à une prison perpétuelle. Mais après le triomphe des indépendants, cette résolution avait été annulée; et une haute cour de justice était maintenant établie pour juger ces mêmes personnages, accusés de haute trahison ( 1er février ). Ce fut en vain qu'Hamilton allégua Tordre du parlement d'Écosse qui l'avait fait agir ; que Capcl demanda à être traduit devant «es pairs, ou devant un jury de ses compatriotes, conformément à ces lois fondamentales que le parlement avait promis de maintenir; que tous invoquèrent la bonne foi nationale, comme ayant obtenu quartier lorsqu'ils s'étaient rendus Bradshaw, président , fut l'organe de l'opinion de la cour : il répondit à llarailton qu'en qualité de comte anglais il pouvait être traduit devant la justice du pays; à Capel, que la cour avait reçu ses pouvoirs du parlement, à la suprême autorité duquel tous devatenj se soumettre; à tous, que le quartier donné sur le champ de bataille- était une sauvegarde contre le glaive du vainqueur , mais non contre la vengeance des lois. Tous les cinq furent condamnés à être décapités; mais la rigueur du jugement fut adoucie par un renvoi devant le parlement. I,e jour suivant ( 7 mars), ladys Holland et Capel parurent à la barre, accompagnées d'un long cortège de femmes en pleurs, pour y solliciter le pardon des condamnés. Leurs pétitions furent rejetées , mais on accorda un délai de deux jours. Elles ne perdirent pas courage: elles eurent recours aux flatteries et aux prières; des présents furent offerts et acceptés, et le lendemain malin elles présentèrent de nouvelles pétitions. Le sort de Holland fut le sujet d une discussion d'un grand intérêt ( 8 mars) : il avajt beaucoup (Tamis personnels parmi les indépendants, et les presby tériens mirent en œuvre toute leur influence en sa faveur; mais les saints s'étendirent sur son apostasie réitérée «de la cause, » et, après une vive contestation , Cromwell et Ireton obtinrent sa mort à la majorité d'une seule voix. On s'occupa ensuite de Goring. Personne, pendant la guerre, n'avait traité ses adversaires avec plus de dureté; personnelle les avait abreuvés de plus d'outrages; cependant le partage ayant eu lieu, la voix pre-
firmées par la chambre d'une voix unanime; mais , à la surprise de tout le monde , Owcn , étranger, sans amis ni intérêt, eut le bonheur d'éviter la mort. Son abandon toucha de compassion le colonel Hutchinson; les efforts de F lulchinson furent secondés par Ireton , et leur influence réunie fut assez puissante pour obtenir une majorité de cinq voix en sa faveur. Hamilton, Holland, et Capel, moururent sur Téchafaud (9 mars) : ce furent les premiers martyrs de la fidélité depuis l'établissement de la république (I).
Mais quoique les ennemis publics de o la cause» fussent comme anéantis devant leurs vainqueurs, il y avait dans la situation intérieure du pays de quoi éveiller des craintes dans le cœur de Cromwell et de ses amis. On ne pouvait douter que les anciens royalistes n'attendissent une occasion favorable de venger la mort du roi ; que les nouveaux royalistes , les presbytériens , qui désiraient relever le trône sous les conditions stipulées par le traité de Tlle de \Vij;ht, ne supportassent impatiemment la supériorité de leurs rivaux. Dans tout le royaume, les basses classes se plaignaient hautement du fardeau des taxes; en plusieurs lieux l'indigence et la famine les faisaient cruellement souffrir. Dans le Lancashireet le Westraoreland, nombre de personnes moururent de faim , et il fut attesté par les magistrats de Cumberland que (rente raille familles , dans ce comté, « n'avaient de blé ni pour ensemencer, ni pour faire du pain, ni les moyens de s'en procurer »(2). Mais ce qui alarmait le plus, c'étaient les progrès que faisait dans l'armée la secte des imeleurs , hommes à principes inébranlables et d'un caractère inflexible, qui avaient pour chef le colonel John Lilburne, officier distingué par ses talents, son éloquence, et son courage (3). Lil-
(1) Si le lecieur compare le récit détaillé de ces faiu par tlarendon (m , 265-270) avec la narration officielle dans Ira Journaux (7, 8 mars) , il sera surprix des nombreuses inexactitudes de l'historien. Voyez aujar** le Tribunal sanguiuaire de l'Angleterre. » Whilelock , 386. Les Hamilions de Ru met, 383. Journal de Lekaster, 7a Ludlow, i, 247, et Hutchinson , 3l0.
(2) Whilelock, 398,399.
(3) Lilburne, dans sa jeuuesse, avait été partisan de Bastwirk . et il avait imprimé un de ses traités en Hot-
HISTOIRE LVAiSGLETERRE.
burne cl ses amis avaient longtemps soupçonné Croimvell , lrcton , et Harrison, de ne chercher que leur propre intérêt sous le voile du patriotisme. Ixs changements récents avaient converti ce soupçon en certitude. Ils remarquaient que les marnes hommes gouvernaient sans contrôle l'assemblée générale des officiers, le parlement, et le conseil d'État. Ils prétendaient que toutes les questions étaient d'abord débattues et décidées dans le conseil des officiers, et que si leur décision était ensuite adoptée par la chambre, c'était seulement pour qu'elle fût présentée au public sous la sanction prétendue des représentants de la nation; que le conseil d'Étal avait été investi de pouvoirs plus absolus et plus oppressifs que n'en avait jamais exercé le dernier roi; et que la haute cour de justice avait été établie par le parti, dans le but d'enlever à leurs victimes les garanties que leur auraient données les tribunaux ordinaires. Dans quelques-unes de leurs publications, ils allèrent plus loin : ils soutinrent que le conseil d'Élat était employé à éprouver la patience de la nation ; qu'il existait un projet de passer de la tyrannie de quelques-uns à la tyrannie d'un seul; et qu'Olivier Cromwell était l'homme qui aspirait à celte haute , mais dangereuse prééminence (1).
Un projet de constitution, intitulé «l'Union du peuple, o avait été sanctionné par le conseil des officiers, présenté par Fairfax à la chambre des communes (20 janv.), pour être transmis aux différents comtés, où il recevrait l'approbation des habitants. On avait voté en faveur de Lilburne, comme un gâteau pour fermer la gueule de Cerbère, la somme de 3,000 livres à lever sur les biens des délinquants du comté
lande. Devant la chambre éioilée, il refusa de prêter le serinent ex officio, et de répondre aux interrogatoire»; en conséquence, il fut condamné au pilori, foucl té depuis la prison de la Flotte jusqu'à Westminster, avec des cordes nouées dont il mut 500 coup* , et emprisonné arec des fers doubles aux mains et aux pieds. Trois années plus tard (1541) , la chambre des communes déclara ce châtiment illégal , sanguinaire, barbare, et tyranuique. Journal de Bu non , m , 503 , note.
(1) Yoyei «les Nouvelles chaînes de l'Angleterre découvertes, et la Chasse aux renards* (England'a New Cbains dUcovered. rt the Hunling of tbe foxes, passim). Kings Pamphlets, 411, xxi; 414, xh,
de Durbara; mais lorsqu'il revint du nord, il parut à la barre de la chambre (26revr.), et présenta une pétition contre «l'Union du peuple, • attaquant particulièrement la disposition en vertu de laquelle le parlement ne devait siéger que six mois tous les deux ans, et le gouvernement de la nation, pendant les dix-huit autres mois, être confié au conseil d'État. Son exemple eut bientôt des imitateurs, et le bureau fut couvert d'une série de pétitions d'officiers , de soldats, et a d'hommes bien intentionnés* des différents comtés. Ils demandaient qu'on tint chaque année un nouveau parlement; que, pendant les intervalles, le pouvoir suprême fût exercé par un comité de la chambre; qu'aucun membre d'un parlement ne siégeai dans celui qui suivrait ; que l'acte de renonciation à soi-même fût obligatoire; qu'aucun officier ne conservât son commandement dans l'armée plus d'un certain temps; que la haute cour de justice fût abolie comme contraire à la loi, et le conseil d'État comme pouvant devenir un instrument de tyranie; que les procédures dans les tribunaux se fissent en langue anglaise; que le nombre des hommes de loi fût diminué et leurs honoraires réduits; que l'excise et les douanes fussent supprimées, et les terres des délinquants vendues pour donner des indemnités aux hommes bien intentionnés; que la religion fût «réformée suivant la volonté de Dieu;» que personne ne fût ni molesté ni déclaré incapable pour des raisons de conscience; que les dîmes fussent abolies, et que le revenu de chaque ministre fût fixé à 100 livres par an, levées par contribution sur . ses paroissiens (1).
Imbu de la nécessité de réprimer cet esprit d'opposition parmi les militaires, Fairfax donna des ordres généraux pour défendre les réunions particulières d'officiers et de soldats (22 févr.), «tendant â mettre le désordre dans ttrroée;» et sur la réception d'une lettre de remontrances de plusieurs régiments (1er mars), quatre des cinq cavaliers par qui elle était signée furent condamnés par une cour martiale à monter le cheval de bois, le visage tourne vers la queue ; â avoir leurs sabres brisés sur leurs tètes, et enfin
(1) Walker, 133. Whitelock , 388, 393, 396 , m. 399. Lentes de Carte, i , 229.