CHAPITRE XV
Taafe, à cause de leur attachement pour Ormond; et leur abaissement servait a relever son ami et son protecteur, Owen Roe O'Ncil , chef des habitants de l'Ulster. Mais d'après ces commencements, la nation craignit une suite de malheurs du même genre. Les adversaires de Rinuccini obtinrent la majorité dans l'assemblée générale, et ce nonce, après avoir déclaré qu'il n'avait point de prétentions à une autorité temporelle, évita prudemment une abdication forcée en offrant de se démettre de sa charge. Un nouveau conseil, compose d'hommes choisis , en nombre égal des deux partis (4 janvier 1648) Put établi ; et le marquis d'Anlrim, le lord Muskcrry, et Geoffroy Brown, furent envoyés à la reine mère et à son fils Charles, pour solliciter des secours en argent et en hommes, et pour demander que ce prince vint résider en Irlande, ou nommât à sa place un lieutenant catholique. An tri m espérait obtenir pour lui-même cette place importante, mais ses collègues étaient chargés de s'opposer à ses prétentions, et d'acquiescer au rétablissement du marquisd'Ormond(l).
Pendant l'absence de ses envoyés, le lord Inchiquin , contre toute attente, se déclara, ainsi que son armée, en faveur du roi contre le parlement, et proposa un armistice aux catholiques confédérés comme amisde la cause royale. Quelques-uns rejetèrent cette ouverture avec indignation. «Inchiquin, disaient-ils, avait été leur plus cruel ennemi : il avait trouvé sa joie â verser le sang des Irlandais, à profaner et à détruire leurs autels. En outre, quelle garantie pouvait-on avoir de la fidélité d'un homme qui, par ses changements réitérés de parti, avait déjà montré qu'il plierait toujours sa conscience à son intérêt? Il valait mieux marcher contre lui dans le moment où il était sans alliés; et lorsqu'il serait vaincu, Jones et l'armée par-
rolonel écossais Tichburn et le oo'onel Noor, des régiments de BanLhall, passèrent le reste au fil de Cépée sansmisérimide. » Il y avaiienlre 3 et 4,000 hommes. Betling» , Histoire de la dernière Querre d'Irlande , Mis , il , 115. Je cite cet exemple pour montrer que ce n'eut pas Cromwell qui a commencé les massacre» : il imita ses prédécesseurs, dout l'objet avoué était d'exterminer tes ualurtlsdu pays.
(I) Pbilopater Irerawis, 50-60. Gastlebaren , Mémoires, 83.
leraentaire succomberaient nécessairement. » A ces raisons, on répondait «que l'expédition demandait du temps et de l'argent ; qu'on pou* vait pourvoir dans le traité au libre exercice de la religion, et que, dans un moment où les catholiques voulaient se réconcilier avec le roi , i's ne pouvaient en honneur détruire ceux qui tiraient l'épée en sa faveur» (27 avril). Malgré les remontrances de Rinuccini et de huit des évèques, le traité eut lieu, et le nonce, croyant ou feignant de croire qu'il était prisonnier i Kilkenny , se sauva la nuit par-dessus les murs de la ville , et fut reçu à bras ouverts à Maryborough , par son ami 0\Neil (9 mai). Le con<seil consentit à l'armistice, et chercha, par des messages réitérés, a écarter les objections du nonce (22 mai); le zèle ou le ressentiment h porta à dépasser ses pouvoirs (27 mai). Il condamna le traité, excommunia ses partisans, et mit en interdit les villes où ils seraient admis. Mais ses armes spirituelles produisirent peu d'effet (31 mai). Le conseil et quatorze évéques appelèrent de ses censures. Les troupes, sous les ordres de Preston, de Taafe, et de Clanricard , renvoyèrent ses messagers ; et lors du départ d'O'Neil , il se retira dans la ville de Galway, où il était sûr de l'appui du peuple, quoique le maire et les marchands lui fussent opposés. Son dernier effort fut de convoquer un synode national à Galway; mais le consei/ protesta contre lui. Clanricard entoura la ville avec son armée, et les habitants, ouvrant leurs portes, firent leur soumission (1).
la guerre était maintenant ouvertement déclarée entre les deux partis. D'un côté, Jones dans Dublin, et Motik dans l'Ulster, concluaient des trêves avec O'Neil, afin de pouvoir s'opposer avec plus de succès à l'ennemi commun ; de l'autre , Inchiquin se joignait à Preston pour soutenir l'autorité du conseil contre O'Neil. On faisait des incursions réciproques ; des villes étaient prises et reprises, et de nombreuses armées se trouvaient souvent en pré- Ci) Voyez Desiderata Car. Hib. , M, 511. Carte, n, 20, 31. 36. Mling, dans son Uistoire Ms. de la dernière guerre d'Irlande, part, ir, 1-40. Il a inséré dans cet ouvrane plusieurs écrits qui circulèrent parmi les différents partis. Voyrz aussi Phîlopater Irenaew, i, 60,86; il, 90, 9i Walsb , H stoire et ap >li«ie , 33- iO Ponce 90
HISTOIRE D'ANOI.KTRRRK.
sence. Le conseil , toutefois , commença a pren- | dre un Ion plus hardi. Il déclara O'Ncil rcl)olle , et trailrc (3 septembre), et lors de l'arrivée tardive d'Ormond avec la commission de lord lieutenant (29 sept.), il envoya à Rinuccini luimême l'ordre de quitter l'Irlande, en lut faisant savoir (19octobrc) qu'il Pavait accusé devant le pape comme ayant eu la conduite la plus coupable (I). Mais le nonce continua de rendre des ordonnances en dépit de leurs prescriptions et de leurs menaces. Ce ne fut qu'après que la nouvelle paix conclue entre Charles et les confédérés eut été publiée, et lorsque l'exécution du roi eut fixé (17 janvier 1749) l'opinion publique sur le pernicieux résultat (30 janvier) de ses conseils, que la honte et la crainte le poussèrent d'Irlande en France (33 févr.), d'où, au bout de quelques mois, il fut rappelé à Rome.
Les négociations entre Ormond et les catholiques avaient duré trois mois. En janvier, le
(1) On peut roir l'accusai ion dans Ptailopater Iren., i, 150-160. Clareud, vin, 68. Oxford, 17ï6. Il «1 évident que la conduite qu'avait Unue Kinuccini , en rompant la première paix, était non - seulement réprélrensiblc en elle-même, mate encore qu'elle avait en les plu» malheureux résultats pour la cause de la royauté et pour les intérêts civils et religieux descatboliques irlandais. Voici par quels motifs il essaye de se justifier, l'osant comme une vérité incontestable que les Irlandais avaient autant dedroilaeeque leur religion fut établie dans leur patrie, que les •covenantaires» en Écosse ou les presbytériens cj Angleterre, il soutient qu'il était de son devoir d'en faire le (jrand objet de toutes ses actions. Quand la paix fut concilie , (.harles était prisonnier des Écossais, qui avaient solennellement juré d'abolir la lelifiion catholique ; et les royalistes anglais avaient été vaincus par le parlement, qui, par des votes et des déclarations réitérées, s'était engagé à exterminer la race irlandaise, et à paitarjer l'Ile entre des aventuriers étrangers. Il n'y avait pas de probabilité humaine que Charles fnl jamais rétabli sur sou trône , sinon aux conditions que lui imposeraient le par lement et les Écossais : sur leur demande , il sacrifierait, après quelque résistance, les catholiques irlandais: c'ist ce qui résultait évidemment de ce qui s'é ait passé dans ses différentes négociations avec le parlement , de von désaveu de la commission de Glamoroan , et de l'opi- 1 iiiatrcté avec laquelle son lieutenant Ormond s'était op- j roué aux demandas des confédérés. Il concluait de là | qu'une paix qui laissait rétablissement de la religion à la détermina lion subséquente du roi , ne donnait pas de sécurité , mais, au contraire , était un abandon de la cause pour laquelle les catholiques s'é. aient ligués ; et que, par conséquent , sa position lui imposait le devoir de s'y opposer par tous les moyens possibles. Narration Ms. de la conduite de Rinuccini, écrite pour l'usage du pape; et ] Ponce, 271 j
danger qui menaçait la personne du roi engagea ceux-ci à se relâcher de leurs demandes, et a se confier à la reconnaissance cl à l'honneur de leur souverain. Ils s'engagèrent à entretenir à leurs frais une armée de 17,500 hommes, qui seraient employée contre l'ennemi commun. Le roi, de son côté, consentait à ce que le libre exercice du culte catholique fût permis; à ce que douze commissaires de confiance, nommes par rassemblée, aidassent le lord lieutenant dans l'administration intérieure; à ce que la cour des pupilles et plusieurs autres abus fussent abolis; à ce qu'un parlement fût convoqué aussitôt que la majorité des commissaires le jugerait convenable; à ce que, dans ce parlement , les lois qui établissaient les persécutions religieuses et celles qui nuisaient au commerce d'Irlande fussent abrogées , et que le parlement irlandais fût déclaré indépendant du parlement anglais (I).
La cause royale élail alors prédominante en Irlande. la flotte du prince Rupert voguait en triomphe le long de la côle; les commandants parlementaires, Jones à Dublin, Monk à Belfast , et Coote à Londonderry, étaient presque confinés dans les limites de leurs garnisons respectives; Inchiquin dans le Munster, les régiments écossais dans l'Ulster , et la grande masse des catholiques, unie au conseil suprême, avaient proclamé le roi, et reconnu l'autorité de son lieutenant. C'est pendant que les affaires étaient dans cet état prospère, que Charles reçut et accepta l'invitation d'Ormond (29 mars). Mais son voyage fut forcément retardé par le manque d'argent , et son ardeur fut souvent arrêtée par quelques-uns de ses conseillers, qui craignaient secrètement que, s'il était une fois à la tète d'une armée catholique , il n'écoutât les demandes des catholiques pour rétablissement de leur religion (2). Au contraire , pour les meneurs de Londres, le danger de perdre l'Irlande devint une source des plus vives inquiétudes. La charge de lord lieutenant fut offerte à Cromwell (15 mars). 11 feignit de balancer. A sa requête , deux officiers de chaque
(1) Phil. Iren. t, 106. Walsh , App , 43-61. WhiteJock, 391. Charles approuva et promit d'observer ce traité de paix. Carte, Lettres, n , 3, 67.
(2) Cane , l.etires , i , 258 , 262.
CIIAPIT
corps reçurent Tordre de se joindre à lui à Whitchall (24 mars), et de consulter le Seigneur dans leurs prières. Après un délai de quinze jours, il consentit à se charger de ce fardeau (29 mars), parce qu'il avait appris que c'était la volonté du ciel. Ses demandes toulcfoisctaient si nombreuses, 1rs préparatifs à faire si considérables, qu'il fallut avoir recours, dans l'intervalle, à d'au très moyens pour la conservation des troupes et des places qui reconnaissaient encore l'autorité du parlement. Un de ces moyens fulde gagner à la cause des indépendants les catholiques des deux royaumes. Ou sonda dans ce but les sentimenlsde sir Kenelm Digby et de sir John Winter (mais). On eut, par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne , des conférences avec deux prêtres irlandais, O'Reilly et Ouin (avril). On proposa de tolérer l'exercice du culte catholique, en faisant disparaître toutes les incapacités qui y étaient attachées. Les catholiques, en retour, devaient désavouer les prétentions temporelles du pape, et entretenir 10,000 hommes pour le service de la république. Pour faciliter la réussite de ce projet, on laissa Digby, Winter, et l'abbé Montague, venir en Angleterre sous prétexte de transiger pour leurs biens; et le célèbre Thomas W hile, prêtre séculier, publia un ouvrage intitulé : « Les fondements de l'obéissance et du pouvoir, n pour prouver que la mauvaise conduite du magistrat civil peut délier le peuple de son obéissance, et que, lorsqu'il est une fois déposé (peu importe que ce soit justement ou iujuslemcnt), il vaut quelquefois mieux se soumettre au nouvel ordre de choses dans l'intérêt général , que d'essayer de le rétablir. On ne peut douter que celle doctrine ne fût sa isfaisanle pour les hommes du pouvoir; mais ils avaient si souvent reproché au dernier roi une coalition avec les papistes, qu'ils n'osèrent pas la tenter eux-mêmes, et au bout de quelque temps , pour aveugler peutêtre le peuple , il y eut des votes sévères contre Digby , Montague , et Winter, et on donna des ordres pour arrêter les prêtres et les jésuites (I) (31 août).
(1660) En Irlande, on essaya d'obtenir pour
(t ) Sur ce sujet obscur , on peut consulter Wall er u, 150. Carte, I.Hlres. i , 210, 21U, 2:1 . 222, 224, 207, 272, 297; n , 363, 3Gi , cl Journaux , 31 sont.