‹ Histoire d' AngleterreChapitre 21 sur 307 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

il osa désobéir, offrant de supporter la dépense sur sa fortune particulière, et il se dirigea vers la baie de Biscaye (8 juili.) pour s'assurer du véritable état de la flotte espagnole. Mais une forte brise de sud-ouest le força de s'en retourner. L'ennemi profita de ce vent (12 juill.) pour quitter la Corogne; et les Anglais avaient à peine amarré leurs vaisseaux au port de P)y~ mouth, que l'on découvrit le duc de Medina (19 juill.) a la hauteur du cap Lézard. Là, il convoqua uu conseil de guerre, composé des capitaines les plus expérimentés. Us conseillèrent unanimement une mesure hardie et décisive : d'arriver sur la flotte anglaise , et de l'attaquer tandis qu'elle était à l'ancre. Mais l'amiral montra ses instructions, qui lui défendaient expressément de provoquer les hostilités jusqu'à ce qu'il eût vu l'armée de Flandre débarquer heureusement sur les cotes d'Angleterre (1). Ils obéirent avec répugnance: l'Armada se forma en croissant (20 juill.), dont les extrémités embrassaient quelques milles de distance; et, avec une légère brise du sudouest, elle s'avança fièrement dans la Manche. Célait un spectacle magnifique et imposant : la grandeur des vaisseaux, la construction eitraordinaire des galèasses, leurs proues et leurs tourelles élevées , et leur mouvement lent et majestueux, frappaient les spectateurs d'admiration et de crainte. Le lord amiral avait déjà formé son plan. Ses vaisseaux, inférieurs en dimension à ceux de l'ennemi, et moins chargés de mêlai, les surpassaient en légèreté et en vitesse. Il eût été dangereux d'attaquer les Espagnols, mais il pouvait lessuivre, les incommoder de loin, et retarder leur marche, en combattant les navires les plus lents , et coupant ceux qui demeureraient en arrière. Deux heures ne s'étaient pas écoulées (21 juill.) qu'il échangeait déjà une vive canonnade avec Ricaldez, commandant de l'arrière-garde, et qu'il forçait le duc à détacher plusieurs vaisseaux pour le secourir.

Dans cette action , il ne se fit aucune perte considérable de part ni d'autre; mais pendant la nuit, le feu fut mis à l'un des plus gros galions, par un canonnier flamand à qui son capitaine avait reproché sa lâcheté ou sa trahi-

(1) SlradaJ.x, an 1588. Strypc, iv, 2S0.

son; un second ("22 juill.), qui avait perdu un mat par accident, tomba sous le vent, et fut capturé après un combat opiniâtre, et un troisième, qui, dans l'obscurité, s'était séparé de la flotte, éprouva le même sort, près des côtes de France. Ces désastres donnèrent à l'amiral espagnol des leçons de prudence. Sa marche devint plus lente et plus difficile : l'ennemi était audacieux et le temps variable; quelquesuns des vaisseaux furent désemparés par des engagements successifs; d'autres se perdirent dans les bas-fonds d'une côte inconnue; et la nécessité de protéger les uns et les autres contre la poursuite active des Anglais retarda tellement sa course, qu'il se passa six jours avant qu'il pût atteindre le point de destination, et jeter l'ancre dans le voisinage de Calais (27 juill.).

Pendant ce temps, les Espagnols avaient appris à connaître le courage et la puissance de leurs ennemis; quant aux Anglais, les avantages qu'ils avaient remportés, quoique bien légers par eux-mêmes, leur avaient donué ce ton de confiance qui est souvent le précurseur de la victoire. Cependant la grande mesure d'où dépendait le destin de l'Angleterre , le transport de l'armée d'invasion, restait en suspens. Le duc de Parme avait terminé ses préparatifs, et, à l'aide de canaux creusés à travers le pays, il avait envoyé ses bâtiments à ISieuport et à Dunkerque. Dans le premier de ces ports, une division de 14,000 hommes était déjà embarquée ; l'autre division, à peu près aussi nombreuse , n'attendait plus, à Dunkerque, que les ordres du général (I), et l'on croyait que le grand effort serait tenté le jour suivant, le second depuis l'arrivée du duc de Medina. Cette même nuit (29 juill.) (elle était sombre et orageuse), la mer fut tout à coup éclairée par l'apparition de huit vaisseaux en flammes, poussés rapidement dans la direction de la flotte. Un cri d'horreur s'éleva parmi les Espagnols, qui se rappelèrent les brûlots du siège d'Anvers, et le ravage que l'explosion de ces machines avait fait de tous côtés. Ils coupèrent aussitôt leurs câbles, coururent vers la

(I ) Caraden prétend qu'il n'était point encore prêt (577). S.-» depGche* à Philippe, citée* par Sirada, I. i, an. 1A88, prouvent évidemment le eomrnirc.

haute mer, et , dans lcar terreur et la confusion qui en résulta , se causèrent les uns aux autres des dommages beaucoup plus grands que ceux qu'ils avaient soufTerts dans les précédente» actions. Les brûlots se consumèrent sans résultat sur le rivage; mais, au moment eù le duc se félicitait de leur avoir heureuéchappé, un vent de sud-ouest cornà souffler avec fureur; la pluie tombait par torrents, la lueur des éclairs égarait tes matelots, et le point du jour (30 juill.) fit découvrir l'Armada dispersée le Ion}; de la côte d'Oslendc à Calais. Bientôt une canonnade s'engagea entre les deux flottes ennemies dans la direction de Gravelines. Les Espagnols, avec 40 voiles, soutinrent bravement l'attaque de leur ennemi durant tout le jour. Vers le soir, le vent, qui augmenta de violence, les porta sur des bas-fonds et des bancs de sable, pris les bouches de l'Escaut. I.e malin suivant (31 juill.), à l'aide d'une brise favorable, ils parvinrent à sortir du danger; mais ils avaient perdu 2 galions, dont l'un avait coulé bas, et l'autre était pris par les Hollandais , et une galéasse de Naplcs , échouée sous les batteries de Calais (I).

L'amiral espagnol saisit cette occasion pour consulter les plus expérimentés de ses officiers. Sa flotte était maintenant réduite à moins de 120 voiles, qui toutes avaient souffert considérablement. Essayer le transport de l'armée, ou retourner parla Manche, c'était courir a une perte certaine, et tous reconnurent que la seule route qui leur fut ouverte était le nord del'Kcosse et de l'Irlande : route, à la vérité, pleine de dangers, effrayante pour des hommes qui ne connaissaient pas cette côte , et n'avaient pas l'usage des mers orageuses de cette haute latitude, mais qui offrait quelque espoir de conserver à leur souverain les restes endommagés de son armée, naguère formidable. Pour la première fois, les Espagnols prirent la fuite devant leurs adversaires , cl le défaut de munitions força les Anglais de retourner an port, au moment même où, sans cela , ils pouvaient

( I) On peut comparer les rrciu de nos l>i>toires nationale» avec ceux de Slrada , qui un l'avantage de consul ter le» papiers du duc d< l' unir. Voyez Camd» n , '>?l, 579 Slowe, 710-7.7,1 Sinpt ,"■ Apn.. 2W. Sir.ula.l ,x,

anéantir les envahisseurs (22 août). Dans leur course au nord , les fugitifs ne rencontrèrent aucun ennemi, mais ils curent à lutter contre la violence des vents et des vagues. Les rivages de l'Êcosse et de l'Irlande furent couverts des débris de leurs vaisseaux, et quand le duc de Medina termina son malheureux voyage, au port de Saint- André (1er sept.), il constata une perte de 30 vaisseaux de premier rang et de 10,000 hommes (1). Christoval de Mora, après quelques débats avec ses collègues, se chargea d'annoncer au roi cette funeste nouvelle : Philippe l'écouta sans changer de contenance, et ne fit paraître aucune émotion. « Je remercie Dieu, répliqua-t-il froidement, de m'a voir donné d'assez grandes ressources pour pouvoir supporter, sansinconvénient, une perte aussi considérable. Une branche a été coupée, mais l'arbre est encore florissant et peut y suppléer. » Il envoya immédiatement 50,000 couronnes pour être distribuées entre ceux qui avaient survécu; défendit, par proclamation, le deuil public, et rendit hautement grâce à Dieu de ce que sa flotte n'avait pas été entièrement détruite. I,cs Espagnols se consolèrent, en attribuant leur perte à la violence des tempêtes; le duc de Parme reçut l'assurance la plus formelle de la faveur et de l'approbation du roi, et une tentative, faite inutilement par les ministres anglais pour corrompre sa fidélité, ue servit qu'à l'élever dans l'estime du monarque (2).

(1) D'après la liste contenue dans sa lettre a Mendoza, il périt ou fut pris, avant que la flotte anglaise revint de la poursuite, 15 vaisseaux portant 4,791 hommes, et pics lard, sur la cote d'Irlande, 17 vaisseaux et 5,3)4 nommes. Slrype, m. App., 223.

(2) Le bruit courut d'abord que Philippe était mécontent de la négligence du duc, et jaloux de son ambition: que, dans un des vaisseaux capturés, on avait trouvé un ordre au duc de Medina d'arrêter Farncse lorsqu'il viendrait a bord de son vaisseau, et de l'envoyer prisonnier en Espagne. Cette seconde nouvelle fut donnée à la famille de l'ambassadeur anglais a Paris. Elle parvint avec le temps au duc, en Flandre. Fiesque, marchand Génois, lui présenta une lettre auonynie, et il répoiniil , quand on lui demanda qui l'avait écrite, que c'était Pallavicini , le banquier de la reine d'Angleterre , a Londres. Cette lettre conseillait à Farnèse de prendre garde au ressentiment cl aux soupçons de Philippe, d'envoyer un ami sur a Boulogne , où il trouverait un agent de l'Angleterre . et de m: rappeler qu'il acquerrait beau u>i:p plus m M.iiitlr.' fju'il ne pu;irrail nm^* «nérer

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