‹ Histoire d' AngleterreChapitre 211 sur 307 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

des soupçons de trahison; mais Charles, pour faire taire leurs murmures, et Tas urer de la faveur royale , lui envoya Tordre de la Jarretière (I).

La nouvelle de cette importante victoire hâta le départ de Cromwell. Il mit à la voile à Milford.avec une seule division (13 août}; son pendre Irelon suivait avec le reste de l'armée (18 août); et on accorda quinze jours aux soldats pour se reposer de leur voyage. Sachant que les royalistes ne pouvaient pas tenir la campagne, il vint assiéger Drogheda. La place n'était pas forte (3 septembre), mais la garnison se composait de 2,500 hommes d'élile , et le gouverneur, sir Arthur Aston, avait acquis dans la guerre civile la réputation d'un oFficicr brave et expérimenté. En deux jours une brèche fut ouverte (,9 septembre) ; mais Aston fit creuser des fossés dans l'intérieur des murs, < t les assaillants furent vivement repoussés à leur première attaque. Dans un second assaut, plus de 1,000 hommes entrèrent par la brèche; mais leur témérité Fut rudement punie, et ils Furent rc poussés avec une perte considérable. Alors Crorawell .se mit lui-même à la tôle de la réserve , et les mena à l'assaut , les animant par sa voix et par son exemple. Au plus Fort du combat, il arriva que l'officier royaliste qui défendait un des fossés fut (ué ; ses soldats s'ébranlèrent ; on leur offrit quartier, et ils l'acceptèrent. L'ennemi, passant par dessus le parapet , prit possession du pont , entra dans la ville , et détruisit successivement tout ce qui résista. La foi donnée fut alors violée: aussitôt qu'il n'y eut plus de résistance , Cromwell ordonna ou permit un massacre général. Fendant cinq jours, le sang inonda les rues de Drogheda : la vengeance et le Fanatisme enflammaient les passions des soldats. Ayant achevé la j-.arnison, ils tournèrent leurs glaives contre les habitants , et un millier de victimes sans dé-

(I) Kinp/s Pamphlets, xxi, 434. Wbiletock, 410,

I, 2 , 4 , 5 , 7. 0. Clarendou, vm , 02, U3. Carte, Lettre*,

II, 394, 402, 408. Baillie, u, 316. Ludlow , i, 257, 268. Ormond, avaul sa défaite, prédisait bar.liment la prise de Dublin (Carte, Lettres, n , 383, 389, 301 ;. Après l'événement , il assure a plusieurs reprises que Joues, pour exagérer ses services , fait monter les nu a isie* à 18.000 hommes, tandis qu'en réa ité ils Délaient que tUmibid., 102,113.

fettse furent immolées à la fois dans la cathédrale , où elles avaient cherché un asile (I). De Drogheda, le vainqueur conduisit ses suidais, ivres de carnage, au siège de Wexford. -Les timides conseils des Iwurgeois ne purent faire plier la résolution du gouverneur; mais un traitre ouvrit la citadelle à l'ennemi. Le mur adjacent fut aussitôt escaladé (!2.oct.), et, après une résistance opiniâtre, mais inutile, sur la place du marché, WexFord Fut abandonné à la merci des assaillants. Les scènes tragiques, encore si récentes, de Drogheda, recommencèrent : on ne fil pas de distinction entre l'habilant sans déFense et le soldat armé. Les cris et les prières de 300 femmes, qui s'étaient pressées autour de la grande croix , ne purent les préserver du glaive de ces barbares. Cromwell réduit à 2,000 le nombre des égorgés ; quelques écrivains le Font monter à 5,000 (2).

Ormond, hors d'étal d'arrêter la marche sanglante de son adversaire, attendait avec impatience la détermination d'O'Neil. Ce chef avait fidèlement rempli ses engagements avec les commandants parlementaires : il avait arrêté les progrès des royalistes ; il avait fo: cé Monlgomery à lever le siège de Londonderry, et avait sauvé Coole et sa petite armée, la dernière espérance du parlement dans l'L'Istcr, du sort qui les menaçait. Dès le commence- • ment, les meneurs de Ixmdres hésitèrent à ratifier les traités faits avec lui par leurs gé-

(1 ) Voyez l'Ormnnd de Carte , n , 84. Carte, Lettre» , ii,4I2. Ph lop. lien., i, 120. Whifelock, 4:8 Ludlow, ■ , 261 . Lynch , • Cambreiuis Ëversus , • in fine. Ormond assure à plusieurs reprises qu'on avait accordé quartier avant le massacre. • Tous ses officiers et ses soldais promir. nt quartier à tous ceux qui mettraient bas les arme*, et ils le firent aussi longtemps qu'il y eut de la résistance en quelque endroit , ce qui encouragea les autres a céder : mais quand une fois ils furent maîtres de tout et n'eurent plus rien a craindre, alors le mot point de quartier circula , et les soldats furent forcés de mettre à mon leurs prisonniers, plusieurs contre leur volonté. > Carie, Lettres , 1 1 , 4 1 2. Crom well semble dire le contraire dans sa dépêche officielle : • Étant ainsi entrés , nous leur refu- • sautes quartier, ayant la veille sommé la ville. Je crois que nous avons passé au fil de l'épée tous ses défenseurs... Dieu nous a fait une grâce vraiment miraculeuse. • Dans une autre lettre, on admet le massacre ulîérieur de 1,000 habitants qui avaient cherché un asile dans la Grande église. Whiieîock, 428.

(2j Ormond de Carie , n, 92. Camlehaven , 00. Phiïop li eu , i , 2.J3.

HISTOIRE D'ANGLETERRR.

néraux; après la victoire de Rathmines, ils le refusèrent publiquement (I). Transporté d'indignation, O'Neil accepta les offres d'Ormond, et partit de Ixmdonderry pour se joindre à l'armée royale; mais il tomba malade eu route, et mourut à Clocknactcr, dans le Gavan. Les officiers, toutefois, remplirent ses intentions. L'arrivée des hommes de l'Ulstcr releva le courage de leurs alliés, et le général anglais fut repoussé successivement dans ses attaques sur Ducannon et Waterford. Ses troupes commençaient déjà à souffrir de la rigueur de la saison, lorsque lord Broghill, qui était récemment revenu d'Angleterre, corrompit la fidélité des régiments aux ordres de lord Inchiquin. Les garnisons de Cork, d'Youghall, deBandon, et de Kinsale, se déclarèrent pour le parlement; et Crorawcll saisit celte occasion de terminer la campagne et de mettre ses troupes dans leurs quartiers d'hiver (2).

( 1650) Mais l'inaction ne convenait ni à sa politique ni à son caractère. Après sept semaines de repos, il entra de nouveau en campagne , et , à la tète de 20,000 hommes bien équipés et bien disciplinés ( 29 janvier), il put prédire avec assurance la conquête entière de l'Irlande. Les royalistes étaient sans argent, sans armes, et sans munitions; une maladie épidémique, introduite avec la cargaison d'un vaisseau venant d'Kspagnc, ravageait leurs quartiers. Dans le nord, Cliarlcmont seul reconnaissait l'autorité royale; dans le Leinstrr et le Munster, presque toutes les places importâmes leur avaient été enlevées par la force ou la trahison; même dans le Connaught, leur dernier asile, les discordes intestines empêchaient une union qui pouvait seule les sauver d'une entière destruction. Leurs malheurs firent revivre les divisions qui étaient restées assoupies depuis le départ du nonce. La trahison récente des troupes dluchiquin avait fait

(I) Council Book, 6 août , n»» 67. 68, 69, 70. Journaux, 10, 24 août. Walker, n. 245 -*J18. King'* Pamphlets, n"435; ii, 437, xxxui. Le lecteur ne doit pas confondre cel Owen Roe O Neil avec un régicide du même nom, qui réclama devant le parlement le paiement d'une dette de 5,065 liv 17 s. 6 d , et obtint une ordonnance pour eire payé sur les terres confisquées en Irlande. Journ. M>"»3, «sept.

(2i l'h I Ire-..,, 231. l.'Ormond de Carte, n. 102.

naître le soupçon et la jalousie : plusieurs prétendaient qu'il valait mieux se soumettre au vainqueur que de voir leur sort dépendre de la fidélité douteuse du lord lieutenant. Crorawcll trouva peu de résistance; partout où il vint, il promit la vie sauve et (a liberté de couscience (I); mais le rejet de ces offres, quoique acceptées plus tard, était puni par le meurtre des officiers, et si la place était prise d'assaut, par un massacre général (2). D'après ce plan, un jour faisant quartier, le lendemain mettant seulement les chefs à mort, ou immolant toute la garnison, et égorgeant des centaines d êtres humains, il réduisit promptemont la plupart des villes et des châteaux, I dans les trois comtés de Limrick, Tipperary et Kilkenny. Mais cette politique sanguinaire retomba enfin sur son auteur. Des hommes qui n'avaient d'alternative que de vaincre ou de mourir apprirent à combattre avec l'énergie du désespoir. Au siège de Kilkenny, les assiégeants, quoique repoussés deux fois de la brèche, furent, par la timidité de quelques habitants, introduits dans les murs de la ville: mats | la résistance de la garnison fut si opiniâtre , que. pour épargner ses soldats, le général fut obligé de leur accorder une capitulation honorable (28 mars). De Kilkenny, il marcha sur la ville de Clonmel, où Hugh, fils du dernier OWcil, commandait 1200 hommes des ! meilleures troupes de l'Ulster. La longueur du

(I) Il entendait par liberté de conscience la liberté de la croyance intérieure, non celle du culte extérieur. Voyez Iren , sa lettre dans Pnii. , i, 270.

(2i Les commandants irlandais dédaignèrent d'imiter la cruauté de leurs ennemis. ■ J'ai pria d'assaut Atby , dit lord Castlefaaven , avec toute la garnison (700 hommes.1. Je les ai renvoyés a Croinvrell , lui demandant dans ma lettre d'en agir de même avec moi , si quelqu'un des miens tombait en son pouvoir. Mais il a eu peu d égards A ma courtoisie; car peu de jours après, il a assiégé Gouvan : les soldats s'éiant révoltés, et ayant livré la place et leurs officiers, il a fait me. ire à mort le gouverneur Hammood et quelques officiera. • Castlebaven , 107. Ormond dit au*si dans une de ses lettres : • Hier Rathfarnham a été pris d assaut , et tout te qui s'y trouvait a été fait prisonnier ; quoique 500 soldats soient entrés dans la forteresse avant qu'aucun officier démarque y eût pénétré, personne u'a été tué : ce que je vous dis en passant pour montrer la différence qui existe entre l'usage que nous faisons de la vicloire et celui qu'en font le» rebelle». ■ Carie, lettres, n, 408.

Page 1