CHAPITRE XV
siège mil sa patience à bout: on donna l'assaut une seconde fois, et après un combat de quelques heures, les Anglais furent repoussés avec une perte considérable. La garnison, toutefois, n'avait plus de munitions; elle profita du désordre de l'ennemi pour partir à la faveur de la nuit, et le lendemain les habitants, n'en ayant rien laissé connaître, obtinrent une capitula lion favorable de Cromwell (1) (10 mai). Ce fut son dernier exploit en Irlande. De Clonmel, il fut rappelé en Angleterre pour une entreprise plus importante et plus difficile, à laquelle le lecteur doit maintenant donner son attention.
On se souvient que le jeune roi avait quitté La Haye avec l'intention de se rendre bientôt en Irlande, où l'appelaient les conseils d'Orraond et les vœux des royalistes. Il fut retenu trois mois à Saint-Germain (juin 1649) par les charmes d'une maîtresse ou les intrigues de ses courtisans, et il n'arriva à Jersey (septembre) que longtemps après la désastreuse bataille de Rathmines. Cet événement fit mettre en discussion s'il irait plus loin : les difficultés s'accrurent par l'arrivée de Wynram de Libertoun (octobre), avec les adresses du parlement et de l'Église d'Écosse. Le premier offrait au roi, s'il reconnaissait son autorité comme parlement, de traiter avec lui d'après les conditions proposées par les premiers commissaires; l'autre, dans un langage irrespectueux et outrageant , lui mettait devant les yeux les péchés de sa jeunesse : on lui reprochait «de n'avoir pas voulu permettre que le Fils de Dieu régnât sur lui en réglant le gouvernement de l'Église et le culte, de s'être livré à des conseillers qui n'avaient jamais en vue la gloire de Dieu ni le bien du peuple, d'avoir admis près de sa personne «ce rebelle fugitif et excommunié , James Graham , » et avant tout « d'avoir donné le pouvoir et la force royale à la bête , en faisant un traité de paix avec les'papisles irlandais, meurtriers de tant de protestants » Ils l'engageaient à se rappeler les iniquités de la maison de son père, et l'assuraient que , s'il ne mettait de coté « le livre d'offices si plein de corruptions romaines, pour adopter la ré-
:i) Wtnïelork, 419,456 CaillehaTtn, 108. I.udlow, i, 265. IVrfcci l'olucian, 70. j
formation de doctrine et de colle sur laquelle s'étaient accordés les théologiens de Westminster,» et s'il n'approuvait pas dans ses trois royaumes le covenant, sans lequel le peuple ne pouvait avoir de sécurité pour sa religion ou sa liberté, il éprouverait que la colère de Dieu n'était pas apaisée, mais que sa main était encore prête à s'appesantir sur la personne et sur la famille royale »(1).
Cet écrit plein d'amertume et de dureté n'était pas propre à opérer la conversion d'un prince jeune et fier. Au lieu de répondre, il attendit jusqu'à ce qu'il pût avoir l'avis d'Ormond ; et enfin, quoique son inclination le portât à se jeter dans les bras de ses partisans irlandais, il se soumit avec répugnance à l'autorité de ce général , qui déclarait que le seul moyen de conserver l'Irlande était d'allumer une guerre entre l'Angleterre et l'Écosse (2). Charles consentit alors à donner à la convention le titre «d'États du parlement » (1650, 1 1 janvier), et choisit la petite ville de Breda, patrimoine particulier du prince d'Orange, pour le lieu de la conférence. Il y trouva les nouveaux commissaires, les comtes de CasMlis et de Lothian, avec deux barons, deux députés de la bourgeoisie, et trois ministres (15 mars). Leurs demandes actuelles différaient très-peu des premières, et elles n'étaient pas de nature à être plus goûtées du roi. En y consentant, il aurait cru renier les principes pour lesquels son père avait combattu et perdu la vie ; «un abandon des amis écossais de sa famille à la merci de leurs ennemis. » D'un autre coté, le prince d'Orange le pressait d'accepter: plusieurs de ses conseillers lui insinuaient qu'une fois sur le trône , il pourrait adoucir ou dompter l'opiniâtreté du parlement écossais; sa mère, dans ses lettres, l'exhortait à ne pas sacrifier à ses affections sa dernière ressource, le seul moyen qui lui restât pour recouvrer ses trois royaumes. Mais le roi avait encore une autre voie de salut : il cherchait à gagnerdu temps ; ses regards étaient fixés sur les efforts de ses amis dans le nord de l'Écosse, et il continuait â se livrer à
(I) Clar., Siatc Paper», m, A pp., 89-92. Carie, I -élire», i, 323. Whilelock, 429. L'adrowe de IÉ|;l:se fut composée par M. Woop et désapprouvée par le* plu* modéras. Haillie , n , 339, 315.
'21 Cari". Lenrr». i, 333,3».
4Ji HISTOIUK D'A
l'espoir d'tlrc replacé sans conditions sur l'ancien tronc de ses ancêtres (I).
Pendant que Charles était à Saint-Germain, il avait donné à Montrose une commission pour lever l'étendard royal dans les montagnes. Ce seigneur, avec un zèle infatigable, sollicita et obtint de la plupart des couronnes du nord des : secours en hommes, en argent, et en munitions. Dans l'automne (1649, 14 oct.) il fit partir la première expédition de 12,000 hommes de Gotlenburg, sous les ordres de lord Kinnoul. Mais les vcnls cl les vagues combattirent les royalistes; divers bâtiments se perdirent parmj les rochers, et lorsque Kinnoul débarqua a Kirkwall dans les Orcades, il ne put passer en revue que 80 officiers et une centaine de soldats de toute son armée. Mais Mont ruse ne reculait pas devant les difficultés ordinaires. Ayant reçu du nouveau roi Tordre de la Jarretière, il partit avec 500 hommes presque tous étrangers (12 janvier 1650), les joignit aux débris de la première expédition, ainsi qu'aux nouvelles levées, et se trouva maintenant à la tète de plus de 1,000 hommes. Sa bannière, sur laquelle était représenté le supplice du dernier roi avec cette devise : a juge et venge ma cause, ô Seigneur,» fut confiée au jeune Menzics de Pitfoddels, et une proclamation répandue dans les Highlands sommait tous les loyaux Écossais de l'aider à rétablir leur roi sur son trône, et a le sauver de la perfidie de ceux qui , s'ils l'avaient une fois en leur pouvoir, le vendraient, comme ils avaient vendu son père, aux rebelles anglais. Ayant transporté toutes ses forces de llo!m-Sound à l'extrémité septentrionale de Caithness, il traversa ce comté et celui de Suthcrland, appelant les habitants à se rallier à la bannière de leur souverain (mars). Mais son nom avait perdu cette influence magique que lui avait d'abord donnée le succès. U>s montagnards évitèrent son approche par peur, ou surveillèrent sa marche en ennemis : la proclamation fut brûlée à Edimbourg par la. main du bourreau. Du haut de la chaire les ministres avaient lancé les malédictions contre le « rebelle et apostat Montrose, cette race deSatan, maudite de Dieu et de l'Église;» cl 4,0C0 hommes
(!) Carte , Lettre* , i , 338 , 335. Wbildock , 13 • , 11C l.Urrud.,!i«,413, 4lf. I
NGLfcT&RUE.
de troupes régulières marchèrent contre lui sous le commandement de David Leslie, qui eut soin de couper toutes les communications d'intercepter tous les avis pouvant arriver des royalistes. Montrose avait atteint les frontières de Rosshire (25 avril), quand le colonel Strachan, qui avait été détaché en avant pour surveiller ses mouvements, apprit à Corbicsdale que l'ennemi se trouvait arrêté à une courte distance de 2 railles, sans soupçonner aucun danger. Appelant ses hommes autour de lui (27 avril) dans les hautes bruyères de la plaioe, il pria, chanta un psaume ; et déclara, qu'ayant consulté le Tout-I'uissanl, il savait, avec autant d'assurance qu'il y avait un Dieu au ciel , que les ennemis du Christ étaient livrés entre leurs mains. Alors divisant ses 400 hommes en divers corps, il fit paraître d'abord une seule troupe de cavaliers que les royalistes se préparèrent à recevoir avec leurs escadrons ; mais au bout de quelques instants se montra une seconde troupe, puis une troisième, puis une quatrième. Montrose, croyant que l'armée entière dcLeslie s'avançait, ordonna à son infanterie de s'abriter parmi les broussailles et les arbres rabougris d'une émiuence voisine. Mais avant que ce mouvement pût être exécuté, sa cavalerie était rompue, et toutes ses forces étaient à la merci du vainqueur. Le porte-étendard , avec divers officiers et presque tous les indigènes , furent tués (I). Les mercenaires firent un instant mine de résister et obtinrent quartier; Montrose, dont le cheval avait été tué sous lui, accompagné de Kinnoul , erra sans guide , à pied , le long de la vallée de la Kyle, et sur les montagnes de Sulherland. Kinnoul, incapable de supporter la faim et la fatigue, fut abandonné et périt. Au bout de trois jours (30 avril) Montrose put enfin respirer et prendre quelque nourriture dans la hutte d'un berger. Découvert plus tard , il réclama la protection de Mac Leod dVAssynt, qui avait jadis servi sous lui dans l'armée royale. Mais la fidélité du laird ne fut pas a l'épreuve de la tentation : il vendit
(I) Sur le* prisonnier», environ une centaine, qui étaient irlandais , furent fusillée a an poteau, un de» ministres observant que • cette œuvre allait joliment » Quatre-vingts femme» et enfants, qui avaient suivi l'armée de Montrose , furent jeté» du pont de Liuliîbaow dan* la ri» ère Kv kvn , p 18, t.ote.