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CHAPITRE XV

le lieutenant du roi pour 400 mesures de farine. Argylect ses associés, frénétiques de joie, passèrent un acte (17 mai) pour régler le traitement ignominieux auquel leur prisonnier devait être soumis, la forme du jugement à prononcer, et le mode de l'exécution qui devait suivre. Quand Montrose atteignit la capitale (18 mai), il trouva les magistrats revêtus de leurs robes, qui l'attendaient à la porte. Par leur ordre, le bourreau en costume le plaça , tète nue et bras liés, dans une charrette; ses officiers, compagnons de son malheur, au nombre de vingt-trois, les mains liées, la téte découverte , rangés sur deux files , le précédaient. On marcha lentement en procession à travers les rues jusqu'à la prison commune, tandis que les rues retentissaient de cris de triomphe et de toutes les expressions de haine que le fanatisme politique ou religieux pouvait inspirer (I).

Montrose n'avait point de pardon à espérer de ses ennemis ; et ils hâtèrent le moment de sa mort, pour que le roi n'eût pas le temps d'intercéder en sa faveur (20 mai). Le lendemain dimanche fut consacré à la prière; mais le jour suivant la vengeance reprit son cours et pour suivit le procès du prisonnier. Lorsqu'il parut devant le parlement, ses traits pâles et défaits témoignaient combien il avait souffert de fatigues et de privations; mais son costume était magnifique, son maintien intrépide, son langage ferme, calme, et pleinde dignité. Il répondit au chancelier, qui , d'un ton d'amertume et de reproche, énumérait les charges portées contre lui, «que, depuis que le roi avait daigné traiter avec eux en qualité d'états, » il ne convenait pas à un sujet de contester leur autorité; mais que l'apostasie et la rébellion qu'ils lui reprochaient étaient, dans son opinion, l'accomplissement d'un devoir; tout ce qu'il avait fait, sous le règne précédent et sous celuici , avait été fait avec la sanction du souverain. S'il avait d'abord pris les armes, ç'avail été une diversion pour détourner ses compatriotes de

(1) Carie, Lettres, i, 345. Balfour, m, 432-439; iv 8 13. Wbilelock , 435, 452, 453, 454, 455. Clar., m , 3t«! Laiog, m, 447. Les clar» voisin» ra vautrent le* terre* d'Assynt pour renier le destin de Montrose , et le parlement , en dédommagement , acci rda a Mac Leod 20.000 livres d'Écosse sur les amendes à lever aux àtpr m des royalistes, <!ans CaithoeM et Orkoey. Balf., iv, 52-50.

la guerre impie qu'ils soutenaient contre l'autorité royale en Angleterre; actuellement , son objet avait été d'accélérer la négociation exis tante entre eux et leur nouveau roi. Comme chrétien, il avait toujours soutenu la cause que sa conscience approuvait ; comme sujet, il avait toujours combattu pour défendre son prince; comme compatriote , il avait souvent sauvé la vie à ceux que le sort des combats avait mis en son pouvoir.» Le chancelier le déclara meurtrier de ses compatriotes, enne mi du revenant et de la paix du royaume , factieux , dont l'ambition avait contribué à la ruine du père, et était actuellement employée à celle du fils. Le jugement qui avait été rendu en parlement quelques jours auparavant , fut alors prononcé par le greffier. Il portait que James Graham serait pendu, pendant trois heures, & une potence de trente pieds de haut ; que sa téte serait exposée sur une pique à Édimbourg, ses bras sur les portes de Penh et de Slirliiig. ses jambes sur celles de Glascow et d'Aberdccn ; que son corps serait enterré par le bourreau dans le faubourg , à moins qu'il ne fut relevé auparavant par l'Église de son excommunication. Pendant cette cruelle épreuve, ses ennemis observaient attentivement son maintien. Deux fois on l'entendit soupirer, et ses yeux errèrent machinalement sur les corniches de la salle; mais il resta devant eux froid et calme; sa contenance ne trahit aucun tïïmble; aucune plainte, aucune marque d'impatience us lui échappèrent ; il se montra supérieur aux insultes de ses ennemis, et leurs menaces de mort ne purent l'intimider.

La même hauteur de sentiments soutint l in • fortunée victime jusqu'au dernier soupir (21 mai). Quand les ministres l'avertirent que sa punition dans ce monde n'était que l'ombre de ci lle qui lui était réservée dans l'autre, il répondit avec indignation qu'il se glorifiait de son sort, et regrettait seulement de n'avoir pas assez de membres pour fournir a toutes les villes de la chrétienté une preuve de sa loyauté. Sur l'échafaud, il soutint que sa conduite était innocente, loua le caractère du roi actuel, et en appela des censures de I Église à la justice du ciel. Comme dernière ignominie, l'exécuteur suspendit à son cou sa dernière proclama lion avec l'histoire de ses premiers exploi s. Il sourit

de la malice de ses ennemis , et dit qu'ils lui donnaient une décoration plus brillante que l'ordre de la Jarretière dont son souverain Tarait honoré. Monlrose, par sa mort, gagna plus de prosélytes à la cause royale qu'il n'en avait jamais Fait par ses victoires. Il était dans sa cinquante-huitième année (1).

Longtemps auparavant, les commissaires des deux partis s'étaient réunis à Breda, et le jour même de l'ouverture des conférences (15 mars), Charles avait dépéché à Mont rose l'ordre d'agir scion ses instructions, et de bien se pénétrer de l'idée que le succès de la négociation de Breda dépendait des progrès de ses armes en Ecosse (2). Un mo|s après, il lui recommanda dans les termes les plus forts la loyauté de lord Napier ( 15 avril), et le pressa de courir sans retard au secours de son lieutenant (3). 11 est donc impossible de douter de l'approbation de Charles pour la tentative; mais lorsqu'arrivèrent les nouvelles de l'action de Corbiesdale, ses yeux s'ouvrirent sur le danger qui le n enaçait; les étals, dans l'insolence de la victoire, pouvaient passer un acte pour l'exclure de la succession au trône d'Ecosse. Agissant donc d'après les indignes précédents de son père, relativement aux pouvoirs donnés à Glamorgan, il écrivit au parlement ( 12 mai ), protestant que l'invasion faite par Montrose avait été expressément interdite par lui-même, et demandant que « l'on voulût bien lui faire la justice de croire qu'il ne s'y était pas prêté dans le moindre degré.» Eu

(1) Balfour, iv, 13, 15,16,19-22. Clar., m, 353, 356. Whiieîock , 456. Le colonel Hurry, que le lecteur a tu tour â tour servir le roi ei le parlement dan* la guerre civile; Spotttswood , petit- fils de l'archevêque de ce nom; sir W. Hay, qui avait été proscrit comme catholique, en 1647 ; Sibbald . agent confidentiel de Monlrose , et plusieurs autres, furent décapité*. Parmi le* «impies soldais, plusieurs furent donnés a différents lords pour en faire des pécheurs ou des mineurs : le re»le fut enrôlé dans des régiinenls au service de France. Balfour.iv, 18, 27,28 , 32 , 33,44.

(2) Carte, iv,620.

(3) Njpiern Monlrose , u, 528. Cepmdant le 5 le roi signa un article stipulant que Monlrose déposerait les armes , en recevant pleine amnistie pour tout ce qui s'était passé. Carte, iv, 630. Cet article arriva à Edimbourg avant l'eiéculion et fut tenu secret. Mais je ue vois pas quel bénéfice Mtntrosc aurait pu en tirer: il n'avait pas déposé le* armes eu vertu de crt article ; car il avait été défait une semaine avant Ij si jnatui e

confirmation de quoi le secrétaire, en même temps, assura Argyleque le roi ne ressentait aucun regret de la défaite d'un homme qui avait osé tirer l'épée «sans et contrairement à l'ordre royal» (I). Ces lettres arrivèrent trop tard (25 mai) pour nuire à la malheureuse victime, dont les membres étaient cloués aux portes des principales villes d'Écosse; mais les fausses assertions faites avec tant d'assurance doivent couvrir d'infamie le prince qui put ainsi, pour se mettre à l'abri de la colère de ses ennemis, calomuier le plus dévoué de ses serviteurs , celui qui avait si souvent exposé sa vie et qui venait de la perdre pour la défense du trône.

Charles n'avait maintenant d'autre ressource que de se soumettre de la meilleure grâce possible aux demandes des Écossais. Il signa le traité (13 mai), s'engageant à adhérer au covenant écossais, â la ligue . et au covenant solennels; à désavouer et déclarer nulle la paix avec les Irlandais; à ne jamais permettre le libre exercice de la religion catholique en Irlande, ni en aucune autre partie de ses Étals; à reconnaître l'autorité de tous les parlements tenus depuis la dernière guerre , et à administrer les affaires civiles avec l'avis du parlement, les affaires religieuses arec celui de l'ftglise(2). Ces préliminaires étant posés, il embarqua (2 juin) un petit escadron, fourni par le prince d'Orange , et , après une périlleuse traversée de trois semaines, pendant lesquelles il eut â lutter contre les tempêtes et à échapper à la poursuite des croisières parlementaires, il arriva en sûreté dans le détroit de Cromarlie (23 juin). Le roi fut reçu avec les honneurs dus a son rang : on lui organisa une cour convenable, et la somme de 100.000 livres d Êcosser ou 9,000 livres d'Angleterre , fut votée pour les dépenses mensuelles de sa maison. Mais le parlement avait auparavant rendu un décret (4 juin) qui bannissait nominativement d'Ecosse plusieurs des favoris du roi , et qui interdisait aux a engager*» le ressort de la cour et tout emploi dans l'État. Après des demandes réitérées , le duc de Buckingham , le lord VV'il-

(1) Balfo.ir, iv, 24, 25. Cependant, le 15 mai, Charles écrivit a Moutrose d'agir conformément à l'article contenu dans la dernière uole. Ibid.

' (2; Turloe, i, 117.

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