CHAPITRE XV
mot et quelques serviteurs anglais oblinrcnt la permission de rester avec le roi; et plusieurs des exilés écossais saisirent celle occasion pour se dérober aux regards dans les Iles de l'ouest ou les parties les plus reculées du pays(l).
Ce fut la négociation entre les Écossais et leur roi nominal qui arrêta Cromwcll dans le cours de ses victoires, et l'empêcha de mettre à fin sa conquête. Les chefs de la république connaissaient l'union inlime que la ligue et le covenaut solennels avaient établie entre les presbytériens anglais et l'Église écossaise , et ils en concluaient naturellement que si le prétendant au trône d'Angleterre était une fois assis sur celui d'Écosse , leur pouvoir se trouverait dans une situation bien précaire. Dès le commencement, ils avaient surveillé avec inquiétude les mesures peu bienveillantes du parlement écossais, l es moyens depersuasion avaient été essayés, mais inutilement. Il restait la ressource d' une guerre ; et la guerre, on l'espérait, forcerait les Écossais à abandonner les prétentions de Charles, ou réduirait l'Écosse à être une province de la république. Il est vrai que Fairfax (qu'on supposait sous l'influence d'une femme presbytérienne et des ministres presbytériens) désapprouvait ce projet (2). Mais sa désapprobation, quoiqu'on s'en affligeât en public, était en particulier regardée comme une bonne fortune par ceux qui connaissaient les desseins ambitieux de Cromwcll, cl qui fondaient sur son élévation la flatteuse espérance de leur propre grandeur. Par leurs manœuvres, aussitôt que le lord lieutenant eut mis ses troupes en quartier d'hiver, on obtint du parlement un ordrè qui lui enjoignait de venir remplir ses fonctions a la chambre (1650 , 8 janv.); mais il reprit ses opérations militaires (29 janvier). Ce tic fui qu'au bout de deux mois qu'il prit connaissance de l'ordre de l'autorité suprême (2 avril), et qu'il condescendit à faire une apologie insignifiante pour sa désobéissance. L'ordre ayant été réitéré, il laissa le commandement, en Irlande, à Ircion(30 mai), et, revenant en Angleterre, il reparut à la chambre (4 juin). Il fut reçu avec acclamation.
,1) Bairour, iv. 41,60,61, 64,65, 67, 73,77,78. Wuitel.,462.Clarend , m, 346, 350, 357.
(2; Whilelook,438.
Le palais de Saint-James lui fut donné pour résidence, et un don considérable en terres fut voté pour récompenser ses éminents services (12 juin). Peu de jours après, Fa irfax fut nommé commandant en chef (14 juin), et Cromwcll, lieutenant général de l'armée désignée pour faire la guerre en Écosse. Chacun d'eux fit savoir «qu'il élait prêt à se conformer aux ordres de la chambre.» Mais Fairfax en même lemps révéla au conseil d'État les secrètes objections de sa conscience (24 juin). Une dépulaiion de cinq membres, Cromwcll , Limbert, Harrison , Whitclock, et Sainl-John, se rendit chez lui. 1^ conférence commença par une invocation solennelle au Saint-Esprit, et les trois généraux prièrent tour â tour avec la ferveur la plus édifiante. Alors Fairfax dit qu'à ses yeux l'invasion de l'Écosse était une violation de la ligue et du covenant solennels qu'il avait juré d'observer. On répondit que les Écossais euxmêmes avaient violé la ligue par l'invasion de l'Angleterre, sous le duc d'Ilamilton, el qu'il était toujours permis de prévenir les desseins hostiles d'une autre puissance. Mais il répliqua que le parlement écossais avait donné, par la punition des coupables, la satisfaction qu'on pouvait désirer ; que si l'on soupçonnait des projets hostiles, on devait sans doute prendre des mesures de précaution , mais qu'il fallait certitude pour justifier une invasion actuelle. Aucune impression ne fut faice sur son esprit, et quoique Cromwcll et ses compagnons d'armes le sollicitassent vivement de se rendre, « il y avait tout lieu de croire, dit un membre de la députalioo, qu'il ne le désirait pas excessivement »(l) (25 juin). Le jour suivant, on fit une autre tentative avec aussi peu de succès. Le lord général, prétextant sa mauvaise santé, ses scrupules, et ses tristes pressentiments, refusa la charge qu'on lui offrait ; à la requête de la chambre, il se démit aussi de celle qu'il possédait (*26 juin); et le commandement en chef de toutes les troupes levées ou à lever par ordre du parlement fut transféré à Olivier
(I) Wtnielofk, 4G0-462 Ludlow dit : • Il joua son rôle tellement au naturel , que je crus qu'il le désirait réellement ; mais la «me fit anse* voir que (elle n'était pas ton inlemiou. * i . 272. Hutcbimton , qui élait présent a l'une des conférences, le crut sincère. Hulcbii»».,
Cromwell. Ainsi cet aventurier obtint à la fui» des éloges pour sa modération, et le grand objet de son ambition. Fairfax se retira dans son bien d Yorkshire, où il vécut en gentilhomme de campagne, jusqu'au moment où il tira encore une fois fépée, i on pour défendre la république, mais rn faveur du roi (1).
La comparaison de l'état des deux royaumes laissait peu de doutes sur les résultats (16 juillet). Cromwell avait passé la Tweed à la téte de 16,000 hommes, la plupart vétérans et tous bien disciplinés , avant que les levées inexpérimentées des Écossais eussent quitté leurs comtés respectifs. Par ordre du parlement écossais, l'armée avait été fixée à 30,000 hommes ; le commandement nominal avait été donné au comte de Lcven ; mais , à cause de l'âge et des infirmités de ce général , le commandant réel était son parent David Leslie. On avait donné Tordre de dévaster le pays situé entre Bcrwick et la capitale : les troupeaux et les provisions devaient être éloignés ou détruits, et les habitants avaient ordre d'abandonner leurs demeures,.sous peine d'être déclarés infâmes, punis de mort et de la confiscation des biens. Pour faciliter l'exécution de cette mesure, on répandait avec adresse des récits sur les cruautés exercées par Cromwell en Irlande: on disait que, partout où il avait été, il avait fait mettre à mort tous tes mâles entre seize et soixante ans, couper la main droite à tous les enfants entre six et seize , et percer avec un fer rouge le sein de toutes les femmes. Les Anglais furent surpris du silcuec et de la désolation qui régnaient
vèrent les levées écossaises placées derrière un profond retranchement (28 juîll.) courant d'Édimbourg ù Leith , fortifié de nombreuses batte* ries , et défendu à une extrémité par le canon du château, et à I autre par celui du port. Cromwell employa tout son art pour engager un combat, Leslie pour l'éviter. Ce fut en vain que le premier, pendant plus d'un mois, fit des marches et des contre-marches, qu'il feignit des attaques générales et en exécuta de partielles; Leslie resta fixé dans ses retranchements, ou, s'il se mettait en mouvement, c'était pour surveiller ceux de l'ennemi du haut des montagnes les plus voisines, ou en mettant une rivière ou un mirais entre les deux armées. Les Anglais commençaient a être épuisés de fatigue , la maladie éclairei.vsait leurs rangs, l'arrivée des provisions était à la merci des flots et des vents; et Cromwell apprit a craindte, no»\ la valeur des ennemis, mais la prudence de leur général (l).
Le lecteur aura déjà remarqué combien , à celte époque, les pratiques de religion se mêlaient aux affaires de l'État, et même aux opérations militaires. Les deux partis étaient également convaincus que le succès de l'expédition d> pendait de la volonté du Tout-Puissant, et que par conséquent il fallait apaiser sa colère par le jeune et la mortification. Dans l'armée anglaise, les officiers prêchaient et priaient; ils « sanctifiaient le camp, p et exhortaient les soldats à l'unité d'intention et a une vie sainte. Chez les Écossais, ces fonctions étaient remplies par les ministres, et leur piélé était si fervente,
autour d'eux. Les seuls êtres humains qu'ils leur zélé si impitoyable, qu'outre leurs prièn s rencontrassent, dans leur marche a travers ce ils forçaient souvent le jeune roi à entendre le
désert, étaient quelques vieilles femmes et quelques enfants qui demandaient grâce à genoux. Mats Cromwell conduisit ses soldats le long de la côte : la flotte leur fournissait journellement des provisions , et leur bonne conduite dissipa par degrés les craintes n'es habitants (2). llstrou-
•1) Wbitelock, 438, 450, 457. Journ. , l^janvùr, 25 février, 30 mars , 15arril, 2, 7, 30 mai; 4, 12 , 14, 25, JG juin.
(2) Wbitelock, 465 , 4G6 ,468. Perfect Diurnal, n°32l. Vojei le» trois proclamation» : celle du parlement torde la marche de l'armée; celle de l'armée elle-même, adressée à • tous ceux qui tout saints et qui partagent la foi de l'élu de Dieu en É. ow; . et la troisième de Crom-
mème jour six longs sermons, pendant lesquels il prenait un air grave et montrait des sentiments de dévotion peu conformes à ses dépositions véritables. Mais les Anglais n'avaient pas de crime national à déplorer : en punissant le dernier roi , ils avaient expié les maux de la guerre civile; les Écossais, au contraire , avaient adopié son fils sans avoir aucune preuve de sa conversion, et c'est pourquoi ils craignaient d'attirer sur leur pays les châtiments dus a ses
well , datée de Berwick , dans l'Histoire Xix ,276, 298, 310.
(1) Ralfour,iT, 87, 88,90. Wbiielock, 467,468.
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péchés cl à ceux de sa famille. 11 arriva que Charles, par le conseil du comte d'Ellington, osa visiter l'armée (29 juillet); il fut reçu avec des cris d'enthousiasme par les soldats, qui buvaient à genoux à la santé de leur jeune souverain. Mais le comité de l'Église se plaignit que sa présence excitait à l'ivresse et à l'impiété; et il reçut une prière équivalente à un ordre de quitter le camp (2 août). Le lendemain (3 août), on déclara que la société avec les méchants, les «engagera,» et les ennemis du covenant, ne pouvait pas manquer de multiplier « tes jugements de Dieu sur le pays ; » on soumit à une inquisition sévère un grand nombre d'individus, et 80of6ciers et plusieurs de leurs soldats furent cassés, pour que leur présence ne souillât pas l'armée des saints (1) ( 5 août). De plus c'était pour Charles Stuart , le chef des « méchants, » qu'ils allaient combattre, et c'est pourquoi on exigeait de lui, au nom du parlement et de l'Église, une déclaration expiatoire.
Dans cet aclc , on l'invitait à déplorer, dans un langage humble et pénitent , l'opposition de son père à l'œuvre de Dieu , ainsi qu'à la ligue et au covenant solennels, qui avait été cause que le sang du peuple du Seigneur avait été versé; l'idolairie de sa mère , qui , tolérée dans le palais du roi, ne pouvait manquer d'être une grave offense contre celui qui est un Dieu jaloux, punissant les péchés des pères sur les enfants; à déclarer qu'il avait souscrit au covenant dans la sincérité de son cœur, et qu'il n'aurait d'amis ou d'ennemis que ceux qui en seraient amis ou ennemis; à déclarer coupable le traité avec les sanguinaires rebelles d'Irlande, traité dont il devait prononcer la nullité; à détester le papisme et t'épiscopat , l'idolâtrie et l'hérésie , le schisme et l'impiété; enfin à promettre qu'il accorderait, à un libre parlement en Angleterre , les demandes faites par les decx royaumes, et qu'il réformerait l'Église d'Angleterre d'après le plan tracé par l'assemblée des théologiens à Westminster (2).
Lorsque cette déclaration, si humiliante pour son orgueil , si blessante pour ses sentiments,
(1) Balfour, it, 86, 89.
(2) Balfour, ir, 92. Wbitelock , 469. « Déclaration de Sa Majesté le roi â *es sujet* de» royaume» d'Angleterre , d'Écorné . et d'Irlande. » Imprimée eo 1650.