‹ Histoire d' AngleterreChapitre 215 sur 307 · IE XV · texte numérisé non relu

IE XV

fut présentée à Charles pour qu'il la signât, il répondit d'abord par un refus plein d'indignation (10 août). Un peu de réflexion le porta a prendre l'avis du conseil el l'opinion des principaux ministres (13 août); mais les saints refusaient d'attendre. Les deux comités de l'Église etdu royaume protestaient qu'ils ne voulaient point prendre la querelle ni embrasser les intérêts du pari i des « méchants » ( 14 août) , qu'ils désavouaient les fautes du roi et de sa famille, et qu'ils ne se chargeraient jamais de sa cause, s'il ne reconnaissait pas les péchés de sa famille, ceux de sa vie passée, et s'il ne promettait de donner satisfaction au peuple de Dieu dans les deux royaumes. Cette protestation fut imprimée et envoyée en secret au camp anglais 15 août). Les officiers de l'armée présentèrent au comité des états une remontrance et une supplication exprimant leur adhésion; et les ministres soutinrent dans leurs chaires «que le roi était la racine de malignité , et un hypocrite qui avait juré le covenant sans intention d'y être fidèle.» Charles, cédant à ses propres craintes et aux avis de ses conseillers, signa en pleurant, au bout de trois jours, l'écrit qu'on lui présentait (16 août). Si c'était folie aux Écossais de proposer au jeune prince une déclaration aussi contraire à ses sentiments et à ses opinions, c'était une plus grande folie encore de croire que des témoignages de repentir, extorqués avec autant de violence, pouvaient être sincères ou satisfaisants. Cependant son adhésion fut reçue avec des élans de joie et de reconnaissance; l'armée et la ville s'imposèrent un jeûne solennel pour les péchés des deux rois , le père et le fils ; et les ministres, maintenant que la colère du ciel était apaisée, promettaient à leurs auditeurs une victoire facile sur «un général blasphémateur et sur une armée schismatique » (1).

(1) Balfour, it, 91 , 92 , 95. Le parlement anglais, dans sa réponse, s'écrie : «Que) cbanfjenienl heureux et inattendu s'ext 0|>éré eu un imitant dans ce jeune roi ! combien il e»t devenu zélé pour la cause de Dieu et l'œuvre de la réformation ! comme il avale facilemi nt ce» pilule» amères préparées pour lut , et qu'on t'oblige a prendre comme pouvant seule» opérer la cure désespérée dont *e« affaire» dépendent! Mais qui ne voit l'hypocrisie grossière de tonte cette transaction , le foudement de sable, la base ruinée de toutes le* résolutions fondées la-dessus?» Voyez l'Histoire du parlement, xiv. 359, 386.

Si leors prédictions ne se vérifièrent pas, la faule en fut assurément à eux. Va prudence et la vigilance de Leslic avaient triomphe de l'habileté et de l'activité de son adversaire. Cromwell se voyait obligé de choisir : il n'avait plus d'autre alternative qu'une victoire ou une retraite; il ne doutait pas de la première s'il pouvait une fois joindre l'ennemi; la seconde était dangereuse à tenter, les passages qui se trouvaient devant lui étant occupés d'avance, et des forces plus nombreuses menaçant ses derrières. A Musselburg, ayant envoyé les malades sur la Hotte, il ordonna à l'armée de marcher le lendemain matin sur Haddington, et de là sur Dunbar. Celte nuit même, on vit un météore où l'imagination des spectateurs crut apercevoir une épée de feu passer sur Edimbourg, en se dirigeant vers le sud-est: preuve évidente , dans l'opinion des Écossais, que les flammes de la guerre seraient portées aux extrémités les plus reculées de l'Angleterre (1) (2 sept.). A Dunbar, Cromwell rangea ses soldats en bataille dans le voisinage de Broxmoulh-House; Leslie occupa avec les Ecossais les hauteurs de Lammermuir; un ravin large et |M*ofond de 30 pieds séparait les postes avancés des deux armées. Mais alors les comités des états et de l'Église, craignant que l'ennemi ne s'échappât, forcèrent leur général à se départir de sa prudence ordinaije et â se piéparer au combat. Cromwell et ses officiers avaient passé une partie du jour à invoquer le Seigneur: pendant qu'il priait, cet enthousiaste sentit une dilatation de cœur, un redoublement de courage qu'il regarda comme un présage infaillible de victoire; et, voyant à travers sa lunette le mouvement dans le camp écossais, il s'écria : « Us descendent, le Seigneur les a livrés entre nos mains.* (2) (3sept.). Pendant la nuit, il fit avancer son armée jusque sur le bord du ravin. Le matin , de bonne heure, les Écossais frayèrent de s'emparer d'un passage

(1) Balfour,iv,94.

(2) Sacredo, l'ambassadeur vénitien, dans sa relation au sénat , dit que Cruimvrll prétendait avoir été assuré de la virloire par une vois surnaturelle. (•Prima che • venisse alla batlaglia , diede cuori ai soldait conassicu- «rargli la vittotia prrdeliagli da Dio, ron una vnct rue lo avéra a mm» notie riscosso dal sonne) Exemplaire

sur la route de Dunbar à Berwick : après une vive lutte, les lanciers écossais, aidés, soutenus 1 par leur artillerie, attaquèrent en descendant I la colline, chassèrent de sa position la brigade ! de cavalerie anglaise, et enfoncèrent l'infanterie qoi s'avançait au secours de la cavalerie. Cromwell , se tournant vers son régiment d'infanterie, s'écria : «Que le Seigneur se lève et dissipe ses enuemis. » Us s'avancèrent aussitôt avec leurs piques. Les cavaliers se rallièrent ; les lanciers ennemis s'ébranlèrent , se débandèrent, et s'enfuirent. Dans ce moment le brouilla rd se dissipa, et le premier spectacle qui frappa les yeux des Écossais, fut la déroute de leur cavalerie. Une terreur panique se répandit aussitôt de la droite à la gauche de leur front de bataille : à l'approche des Anglais, ils jetèrent leurs armes et s'enfuirent. On les poursuivit pendant plus de 8 milles; les corps de 3,000 Écossais jonchèrent le sol natal, et 10,000 prisonniers, avec l'artillerie, les munitions, et le bagage, tombèrent au pouvoir du vainqueur (1).

Cromwell ne pensait plus à la retraite : il revint vers la capitale. Tout espoir de résistance fut abandonné. Édimbourg et Leith ouvrirent leurs portes, et tout le pays voisin du Forth se soumit au général anglais. Cependant la présomption des six ministres qui composaient le comité de l'Église n'était pas abattue. Quoique leurs prédictions eussent été démenties, ils étaient toujours les dépositaires des secrets de la Divinité ; et dans une «courte déclaration et avis,» ils annoncèrent à leurs concitoyens les treize causes de cette calamité nationale (12 sept.): c'étaient l'impiété générale du pays; les provocations manifestes du roi et de la maison du roi ; les voies tortueuses et précipitées des politiques dans le traité de Breda; les u méchants» laissés dans la maison du roi ; la permission donnée à sa garde de

(1) Carie, Lettres, 1,381. Whilelock. 470, 471. Lndlow, i , 283. Balfour, iv, t*7. Diverse» procédures , n° 50. Pari, biftt., xix, 343 , 352 , 478. Parmi les prisonniers, ] 5,100 , formant un peu plus de la moitié, étant blesses, | furent renvoyés chez eux : l'autre moitié fut chassée , f .comme des dindons,» en Angleterre. Parmi ceux ci, | 1000 moururent d'une maladiecontagieuse , et 500 étaient actuellement malades, le 30 oct. Whitel., 471. Pari- bist., l xix, 417.

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