‹ Histoire d' AngleterreChapitre 216 sur 307 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

prendre part au combat sans purification préalable; la défiance de quelques officiers, qui avaient refusé de profiter des avantages que Dieu leur offrait; la présomption de quelques autres, qui s'étaient promis la victoire sans avoir Dieu en vue ; la rapacité et la tyrannie de la soldatesque , et legoïsme tout charnel des hommes du pouvoir, qui avait porté Dieu à envoyer à son peuple un châtiment si terrible et pourtant si mérité (I).

La défaite de Dunbar fut pour le jeune roi le sujet d'une joie réelle et mal déguisée. Jusque-là, il n'avait été qu'une marionnette entre les mains d'Argyle et de son parti : maintenant leur pouvoir était renversé, et il ne lui était pas impossible de prendre le dessus. Il entra en négociation avec Murray,Hunlley, Alhol, et les nombreux royalistes des montagnes; mais le secret, sans ses détails, fut révélé à Argyle (27 sept.) probablement par Buckingham, qui désapprouvait ce projet ; et tous les a cavaliers, » à l'exception de trois, reçurent l'ordre de quitter la cour dans les vingt-quatre heures, et le royaume sous vingt jours. La vigilance des gardes empêcha l'exécution du projet qui avait été formé ; mais une après-midi, sous prétexte de chasser l'oiseau, Charles sortit de Penh (4 octobre), et ayant fait 42 milles à cheval, il passa la nuit dans une misérable cabane d'un village des hautes terres , appelé Clova (5 octobre). Au point du jour, il fut atteint par le colonel Montgomcry , qui l'engagea à revenir, pendant que le vicomte Dudhope le pressait de gagner les montagnes, où 7,000 hommes armés se joindraient à lui. Charles hésitait; mais Montgomcry lui montra deux régiments de cavalerie qui suivaient à peu de distance, et le royal fugitif consentit à retourner dans sa première résidence de Perl h (2).

Le start (3) (c'est ainsi qu'on appela cette aventure) fut toutefois une leçon pour le co-

(1) BalFour, iv, 98-107.

(2) Baifour.iv, 109, 1 13, 1 M. Baillic, n, 356. While- Joek,47li. Misrcllan. aulica, 152. Il parait probable, d'après quelque* lettres publiées dans la correspondance du secrétaire Nicholas, que Charles avait formé le projet de se soustraire t à la perversité et à l'hypocrisie » du parti , dès le jour de la bataille de Dunbar! Mém. d'Erelyn , t, 181-186,8°.

(3) En françai*. 1*<

mité des états : ils eurent la prudence de prendre pour bonne l'apologie du roi, qui prétendit avoir reçu un faux avis qu'il devait ce jour même être livré à Cromwell. Ils lui permirent, pour la première fois, de présider à leurs délibérations (12 oct.), et ils employèrent son autorité (18 oct.) pour pacifier les royalistes des hautes terres qui avaient pris les armes en son nom sous les ordres de Ilunlley, Alhol, Seaforth, et Middlcton (4 nov.) Ceux-ci , après une longue négociation, acceptèrent une amnistie et licencièrent leurs troupes (I).

Dans le même temps, Cromwell, dans ses quartiers d'Édimbourg, travaillait à allier le rôle de saint à celui de vainqueur, et, entouré comme il l'était de l'éclat de la victoire, à étonner le monde par un étalage de modestie et d'humilité. Lorsque ses amis et ses flatteurs nourrissaient sa vanité en l'avertissant de se tenir en garde contre ses suggestions, il répondit «qu'il n'était qu'un faible instrument entre les mains du Tout-Puissant ; si Dieu s'était levé dans sa colère, s'il avait déployé son bras et vengé sa cause, à lui, et à lui seul en appartenait la gloire» (2). S'emparant des fonctions de missionnaire, il exhortait ses officiers, par des sermons quotidiens, à s'aimer les uns les autres, à se repentir des œuvres mortes, à prier et à pleurer sur l'aveuglement de leurs adversaires les Écossais. Sous prétexte de profiter de son loisir actuel, il provoqua unecoutroverse théologique avec les ministres dans le château d'Édimbourg; leur reprochant l'orgueil avec lequel ils s'arrogeaient le droit d'expliquer le véritable sens de la ligue solennelle et du covenanl; réclamant pour les laïques le droit de prêcher l'Évangile et de montrer leurs dons spirituels pour l'édification de leurs frères ; et soutenant qu'après les jeûnes solennels observés par deux nations, après

(1) Balfour, iv, 118, 123, 129, 135, 160. Baillie.u, 356. Un ministre, Jacques Gui brie , malgré le comité des étais, excommunia Middle on ; et tel était le pouvoir de rÉfilise que, même lorsque le parti du roi avait l'avantage , Middlet»n fut obligé de faire pénitence, revêtu d'un xac , dans l'élise de Dtmdee , avant de pouvoir obtenir l'aufio utiuti qui lui était nécessaire pour avoir un commandement dans l'armée. Batllie, 3i7. BalFour, 210.

(2) Voyez plusieurs lettres dans les Papiers d'£t*t de MUton, 18-35.

d'Angleterre. Voyant qu'il ne convertissait pas ses adversaires, il publia ses arguments pour l'instruction du peuple écossais ; mais son zèle fil naître des soupçons, et les plus clairvoyanls crurent que, sous le manteau d'une controverse religieuse, il travaillait en réalité à tenter la fidélité du gouverneur (1).

Bientôt après, son attention fut attirée par une controverse plus importante, qui finit par répandre dans toute la nation la flamme des discordes religieuses. Il y avait eu de tout temps beaucoup d'Écossais qui approuvaient l'exécution du dernier roi, et condamnaient même l'autorité nominale donnée à son fils. Ces hommes, redoutables parleurs talents, plus redoutables encore par leur fanatisme, avaient pour chefs Wariston, greffier du parlement, et deux ministres de l'Église, Gillespie cl Guthrie. Dans le parlement, ce parti , quoique trop faible pour arrêter les mesures, était assez fort pour y mettre des obstacles, et quelquefois pour les influencer. Dans l'Église, il formait la minorité, mais une minorité trop hardie et trop nombreuse pour qu'on pût, sans une grande imprudence, lïrrilerou la mépriser (2). Après la défaile de Dunbar, le comité des étals accorda volontiers la permission de lover des troupes dans les comtes associés de Rcnfrew, d'Air, dcGalloway,dc\Vigton, etdeDumfries, partie de l'Écosse où le fanatisme avait longtemps fermenté, et où dominaient les idées du plus strict rigorisme. La croisade fut précitée par Gillespie ; ses efforls furent secondés avec succès par les autres ministres, et en peu de temps quatre régiments de cavalerie , montant à près de 5,000 hommes, furent rassemblés sous les ordres de Strachan, de Kcrr, el de deux autres colonels. Bientôt on commença à voir où l'on en voulait réellement venir. D'abord les officiers refusèrent de servir sous Lcslie , et le parlement les en dispensa ; ensuite ils émirent des doutes sur la légitimité de la guerre dans laquelle ils étaient engagés,

(I) Thurtoc, i, 158-162.

A 8ail.ie,ii,353.

43i HISTOIRE D'ANGLETERRE.

leurs nombreuses et ardentes prières au Dieu t et Cromwell, dans l'armée duquel Strachan des armées, la victoire de Dunbar devait être | avait combattu à Preston, entra (4 octobre) en regardée comme une manifestation évidente I correspondance avec lui (!). Alors eut lieu (12) de la volonté divine en faveur de la république l'accident du « start» (l'escapade), qui aigrit

et enhardit le zèle des fanatiques. Dan» une longue remontrance, signée par les ministres et les anciens, les officiers et les soldats, et présentée en leur nom à Charles et au comité ( 1 7 oct.) des états, ils déclarèrent le traité avec le roi illégitime et coupable, renièrent sa cause dans la querelle avec l'ennemi (22 octobre), et accusèrent ceux qui gouvernaient d'avoir provoqué la guerre par leur intention d'envahir l'Angleterre. Le ton d'emportement et la tendance déloyale de cet écrit excitèrent à Penh l'irritation et la crainte, et engagèrent Cromwcll à s'avancer avec son armée d'Édimbourg sur Glascow ; mais les troupes de l'ouest (c'est ainsi qu'on les appelait) se retirèrent à Dumfries, où il y eut une conférence avec Wariston, étoù un langage encore plus énergique et plus offensant fut adopté (30 oct.). Lors du retour de Cromwell dans la capitale, la négociation avec les officiers fut reprise , pendant qu'Argyle et ses amis travaillaient de leur côté à adoucir l'opiniâtreté des fanatiques. Mais les raisonnements furent inutiles (25 novembre). Le parlement condamna la remontrance comme un libelle séditieux et scandaleux; et comme Strachan avait donné sa démission (28 nov.), il ordonna à Montgomery d'aller avec trois nouveaux régiments prendre le commandement de toutes les troupes (1er décembre). Mais Kerr, avant son arrivée, avait laissé la levée de l'ouest attaquer Lambert dans ses retranchements à Hamilton : il fut fait prisonnier volontairement , si nous devons en croire un rapport, . et toute son armée fut dispersée. Bientôt après, Strachan , avec 60 cavaliers, alla joindre Lambert, et les comtés associés, laissés sans défense, se soumirent â l'ennemi. Les auteurs et les partisans de la remontrance, quoiqu'ils sussent qu'elle avait été condamnée par l'État et l'Église, quoiqu'ils n'eussent plus d'année qui pùt tirer l'épée pour la soutenir, encon-

(I) faillie, ii.3J0.352. Strachan consentait à attirer qu'on u'inquiélerait pas l'Angleterre pour la cause du roi. Cromwell insistait pour que Charles fût banni par acte du parlement, ou emprisonné pour la Yie. Ib.,352.

Page 1