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CHAPITRE XV

de la rivière, fit jouer une batterie de canons sur le fort royal, ouvrage élevé récemment pour défendre la porte de la ville appelée Sidbury, et conduisit ses troupes en dcui divisions à Perry-Wood et Red-Hill. Charles crut que le moment était favorable pour défaire une moitié des troupes ennemies, pendant que l'autre moitié en était* séparée par la Severn. Suivi de toute son infanterie disponible, du corps de cavalerie du ducd'Hamilton,et des volontaires anglais, il s'avança pour attaquer l'ennemi dans sa position ; il combattit à la téte des montagnards avec le courage d'un prince qui jouait sa vie pour gagner une couronne. La fortune sourit à ses premiers efforts : les régiments de milice cédèrent au premier choc , et les canons de l'ennemi tombèrent au pouvoir des assaillants ; mais Cromwell avait placé en réserve quelques bataillons de vétérans. Ils rétablirent le combat, et les royalistes à leur tour commencèrent à plier; ils restèrent encore en bon ordre, s'aidant de tous les avantages du terrain pour arrêter l'ennemi, et attendant avec anxiété le secours de leur cavalerie sous les ordres de Leslie, qui était resté dans la ville. On ne sait pour quelle raison cet officier ne parut sur le champ de bataille qu'après la défaite; et l'infanterie, hors d'état de résister aux forces supérieures de l'ennemi , s'enfuit en désordre vers la porte sous la protection du fort. Les fugitifs se rallièrent dans Friar-Strect, et Charles, à cheval au milieu d'eux, cherchait à les encourager du geste et de la voix. Au lieu de répondre , ils baissèrent la téte, ou jetèrent leurs armes. « Tuez-moi donc , s'écria le prince désespéré, plutôt que de me laisser vivre pour voir les suites funestes de cette journée. » Mais son désespoir ne put les décider à tenter de nouveaux efforts; et ses amis l'avertirent de pourvoir à sa sûreté, car l'ennemi était dvjà entré dans les murs.

Nous avons laissé Fleelwood sur la rive droite, poussant lentement les Écossais devant lui. Ils sentirent bientôt qu'ils ne pouvaient résister ; leur fuite lui ouvrit le chemin de Saint-John , et son timide commandant céda a la première sommation. Sur l'autre rive, Cromwell emporta le fort d'assaut, passa ses défenseurs au Ml de l'épéc, et tourna ses batteries contre la ville. Dans l'intérieur des murs régnait un déson're

complet, et l'ennemi commença à entrer par le quai, le château, et la porte Sidbury. Charles n'avait pas un moment à perdre : se plaçant au milieu de la cavalerie écossaise, il prit la route du nord par la porte Saint-Martin, peudant que quelques officiers dévoués, avec les cavaliers qui osèrent les suivre, attaquaient Sidbury- Street dans la direction contraire (I). Ils accomplirent leur dessein : le parti du roi évacua les murs pendant qu'ils arrêtaient par cette diversion la marche de l'ennemi. L'heure du coucher du soleil était passée , et avant la nuit toute résistance cessa. Le colonel Drummond rendit le château après avoir fait ses conditions; les fantassins furent égorgés dans la rue ou menés prisonniers dans la cathédrale, et la ville fut livrée, pendant l'obscurité de la nuit , à la licence effrénée des vainqueurs (2).

Dans cette désastreuse affaire, les royalistes eurent plus de 3,000 hommes tués; un plus grand nombre encore furent faits prisonniers. La cavalerie qui échappa se divisa en corps séparés; leur courage était tellement abattu, ils avaient tellement perdu la tête, qu'ils se rendirent successivement à des partis ennemis beaucoup plus faibles. Plusieurs officiers de distinction tentèrent, seuls et déguisés, de se sauver a travers le pays : de ce nombre, les écossais furent généralement trahis par leur accent ; les Anglais, pour la plupart, parvinrent à sechapper (3). Le duc d'Hamilton avait clé mor-

(1) C'étaient le comle de Urveland , sir Jacques H.imiKoD , le colonel Careleu , et le» capitaine* liornj buld . Gif fard , et Kcmble. Boseobel , 20.

(2) Voyez Blount, Bo»robel. H 22. Whitelock , 507, 508. Bâte», part, n, 22t. Pari, hirt., n, 40. 44, 45. I.udlow, i , 314. Rien n'eut plu* inexact que le récit de cette bataille dan* Clareudon, m, 409. Même Croimvcli reconnaît • que ce fut, pendant quatre ou cinq heure*, une lutte au«*i vire qu'il en eût jamais vue. • Pari hix» , xv 41.

(3) Ainsi le duc de BucLincbam fut conduit par un charpentier nommé Nalhcw» à Bilstrop , et de là a Brooksby, demeure de lady Villiers , dan* le comté de Leicestcr ; lord Talbot atteignit ta maison de *ou perr a LonQford, assez a temps pour se cacher dans une de< dépendance*. Ceux qui le poursuivaient trouvèrent mu cheval encore sellé, et le cherchèrent inutilement pendant quatre ou cinq jours. May fut caché vingt et un jour » dans une meule de foin appartenant a Bold , laboureur à Chessardine; et pendant ce temps un parti de sold-iin était loc* dans la maison. Bosrobei ,35 - 37. Parmi le* piisonuicr», huit forint condamnés a mort par uui nmr

tellement blessé sur le champ de bataille; les comtes de Derby, de Rothes, de Clcveland, de Kelly, et dcLauderdale, les lords Sinclair, Kenmure,et Grandison.ctlcs Généraux Lcslie, Massey, Middlelon, et Monlgomery,furenl faitsprisonnfers en différents lieux et à différentes époques; mais la recherche la plus intéressante concernait le sort du jeune roi. Quoique le parlement offrit une récompense de 1,000 liv. pour celui qui le livrerait, et menaçât du châtiment réservé aux criminels de haute trahison ceux qui lui donneraient abri (10 septembre); quoique des troupes à pied et à cheval parcourussent les comtés voisins, en quête d'une proie si préc euse ; quoique les magistrats reçussent l'ordre d'arrêter toute personne inconnue, el d'exercer une stricte surveillance sur les ports de mer et leur voisinage, on ne put découvrir aucune trace de sa fuile, ni aucun indice de son séjour. Des semaines se passèrent : le sort de presque tous les personnages marquants fut connu; celui de Charles Stuart resta un mystère impénétrable. Enfin, lorsque ses amis et ses ] ennemis croyaient que des paysans, ne con- j naissant ni sa personne ni son rang, l'avaient mis 1 à mort, on apprit que le 17 octobre, quarante- | quatre jours après la bataille, il avait débarqué sain etsaufà Fécamp, sur la côte de Normandie. 1 l.e récit de ses aventures, pendant ce temps \ d'incertitude et de détresse, offre des exemples frappants de dangers terribles, merveil- j Icuscment évités par le roi, et de fidélité inviolable de la part de ses partisans. Pendant la ! nuit qui suivit la bataille, il se trouvait au milieu de la cavalerie écossaise, corps trop nombreux pour éluder les poursuites, et trop découragé pour repousser l'ennemi. A la faveur des ténèbres, il s'en sépara avec environ 60

martiale siégeant à Chestcr: un d'eux était le brave comte de Derby, qui dit , pour «a défense , que le capitaine Edce lui avait accordé quartier, el que le quartier devait être respecté par une cour martiale. On répondit qu'on ne pouvait accorder quartier qu'à des ennemis, et non a des traîtres. Il orfrit de livrer son Ile de Man , pour avoir la vie sauve, et fit une pétition pour implorer « le pardon de sa ftrâce le lord général et du parlement » Mais sa péiition ne fut remise par Lent hall que lorsqu'il n'était plus temps. Elle fut lue dans la chambre la veille de sa mort à Bolton en Uncashire , oct. 15, 1G51. S ate Trials, | v,29i Heaih, 302. Journal de Leicesier, 121. Journ. I 14 octobre.

chevaux : le comte de Derby lui recommanda, d'après sa propre expérience, la maison de Boscobcl comme un asile sûr. Charles Giffard entreprit, avec le secours de son serviteur l Yatcs, de le conduire à Whiteladies, maison appartenant à sa famille, et peu éloignée de Bosco bel (1er septembre). Le matin, de bonne heure, après avoir fait 25 milles à cheval, ils arrivèrent a Whiteladies ; et , pendant que les autres se reposaient un moment de leurs fatigues, le rot se retira dans un appartement de l'intérieur, afin de se préparer pour le rôle qu'il était convenu qu'il prendrait. On lut coupa les cheveux ras; on lui teignit les mains et le visage; il changea ses vêtements contre les habits grossiers et usés d'un ouvrier, et une pesante cognée dans sa main annonça sa prétendue profession. Au lever du soleil, le petit nombre de ceux qui étaient dans le secret prirent congé de lui en pleurant, et faisant monter leurs compagnons à cheval , ils s'éloignèrent, sachant à peine où ils allaient, mais heureux de l'espoir d'attirer sur eux l'attention et les recherches de l'ennemi, et de les éloigner ainsi de l'asile du roi. En moins d'une heure, une troupe de cavaliers de Cotsal, sous les ordres du colonel Ashenhurst, arriva à Whiteladies; mais le roi était déjà parti. L'ne perquisition infructueuse ne servit qu'à irriter leur impatience, et ils suivirent en toute hàtc la trace des fugitifs.

Charles était maintenant entre les mains et entièrement a la merci des quatre frères Penderell, laboureurs (Jean, le cinquième, s'était chargé de lord Wiltuot), et de Yates, son premier guide, qui avait épousé une sœur des Penderell. Il ne pouvait se dissimuler que leur pauvreté pouvait les rendre plus accessibles à la tentation ; mais Derby et Giffard l'avaient supplié de renoncer à toute pensée de ce gcurc : c'étaient d<s hommes d'une fidélité éprouvée, qui, nés dans les domaines et nourris dans les principes d'une famille royaliste et catholique, s'étaient longtemps employés avec succès à dérober des prêtres cl des cavaliers aux recherches des magistrats civils et des militaires (1). L'un d'eux, surnommé le fidèle Ri-

(1 ) Les Penderell , que cet é\ énemenl a fait connaître su lecieur, étaient d'ab >rd six frères, né» a Hobbal-

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