‹ Histoire d' AngleterreChapitre 219 sur 307 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

chard, le conduisit dans la partie la plus épaisse d'un bois voisin, pendant que les autres se placèrent dans des postes convenables pour observer et annoncer l'approche de l'ennemi. Le jour était humide et orageux ; et Ri-

ley à minuit : on éveilla Wolf, et les étrangers furent admis; mais leur hôte éprouvait de vives craintes pour leur sûreté. Des troupes étaient souvent logées chez lui : deux compagnies de milice tenaient actuellement garnison

chard, voyant que le roi paraissait accablé de dans le village, et les cachettes qui étaient

la fatigue que lui avaient causée ses efforts '■ chez lui avaient été récemment découvertes (5

dans la bataille et les perplexités de sa fuite, 1 sept.)- Comme l'approche du jour rendait éga-

étendit une couverture pour lui sous un des ! lement dangereux d'aller plus loin ou de s'en

plus grands arbres, et chargea la femme de Yates de lui apporter les meilleurs rafraîchissements que sa maison pût fournir. Charles fut effrayé à la vue de cette visite inattendue; puis, se rassurant, il dit : « Bonne femme, voulez-vous être fidèle à un malheureux cavalier? — Oui, monsieur, répondit-elle, et je mourrai plutôt que de vous trahir. » Il fut ensuite visité par Jeanne, mère des Penderell; ta vieille femme lui baisa les mains, tomba à genoux, et bénit son Dieu de ce qu'il avait choisi ses enfants pour sauver, comme elle était sûre qu'ils le feraient , la vie de leur souverain.

Il avait été convenu entre le roi et Wilmot que chacun d'eux ferait tout son possible pour gagner Ixmdrcs, et s'enquerrait de l'autre sous le nom d'Ashburnham, au cabaret des Trois-Gmes. Une conversation de Charles avec son gardien l'engagea à adopter un autre plan, et a chercher un asile parmi les cavaliers du pays de Galles, jusqu'à ce qu'on pût lui procurer un vaisseau pour le transporter en France. Vers les neuf heures du soir, ils quittèrent ensemble le bois pour gagner la maison de M. Wolf , réfractairc catholique, à Madeley, non loin de la Sevcrn; mais une alarme imprévue allongea leur route et ajouta à la fatigue du voyageur royal (1). Ils arrivèrent a Madc-

Grange, dan* la paroisse de Tong. Jean , George*, et Thomas, servirent dans les armées de Cluilc l'r. Thomas fui tué a Slow : les deux autres survécurent à la guerre et furent employés comme gatdfs forestiers à Boscobel. Des trois aulre», William prenait soin delà maison , Hmnpbrey travaillait au moulin , et Richard tenait a ferme une partie d'Uobbal-Grange. Après la restauration, les cinq frères allèrent voir le roi a Whitehall, le 13 juin IGtf). Ils furent gracieusement accu illis et reirvoyés avec une rc compense royale.

(I) Le mou in d'Evelyn était plein de fugitifs de la ba'aille ; le int iiiiier, voyant Charles et son gulle, et craignant d'être découvert, cria : • Aux voleurs! > et eux, le prenant pour un e-neiui , s'enfuirent par un chemin

retourner, il les cacha derrière le foin dans une grange voisine, et envoya des messagers pour examiner les passages de la rivière. Ils rapportèrent que tous les ponts étaient gardés, qu'on s'était assuré de tous les bateaux, et l'infortuné prince fut obligé d'abandonner son projet : au retour de la nuit, il se confia de nouveau au soin de son fidèle guide, et , le cœur plein de noirs pressentiments, il dirigea ses pas du côté de sa première destination, la maison de Boscobel.

A Boscobel, il trouva le colonel Carelcss, un de ces royalistes dévoués qui, pour favoriser sa fuite de Worcester, avaient attaqué l'ennemi à la porte opposée. Carelcss avait souvent provoqué le ressentiment des tétes rondes et y avait souvent échappé. Son expérience lui avait fait connaître tous les royalistes et toutes les retraites sûres du pays. D après son conseil, Charles consentit à passer la journée avec lui (6 sept.) au milieu des branches touffues d'un vieux chêne (1). Cet arbre célèbre, qui fut ensuite abattu par la vénération des cavaliers, et dont ils se partagèrent les débris, s'élevait près du chemin commun, dans une prairie qui se trouvait au centre du bois. Une partie des branches avait été coupée quelques années avant, et les nouveaux rejetons avaient poussé

boueux en courant de toutes leurs forces. Boscobel, 47. Hécil tiré des M»s. de Pcpys , p. 16.

(1 ) Ce jour-là , Humpbrey Penderell , le meunier, alla à Skefnal , sous prétexte de payer le* tailles , mais réellement pour apprendre des nouvelles. Il fut conduit devant un officier qui savait que Charles avait été à Whiteladics, et qui tenta par des menace* et des promesses de lui faire dire où était le roi ; mais ou ne put rien lui arracher, et on lui permit de s'en retourner. Boscobel , 55. C'est la, je crois, la véritable version; mais Charles, lui-même, quand il parle de la proposition faite a Humplirey, l'attribue à un homme dans la maison duquel il avait changé d'habits. Kécit tiré des Mss de Pepys, p . 9.

autour de lai an feuillage épais et touffu. Cest dans ce feuillage que le roi et son compagnon passèrent ia journée. Invisibles eux-mêmes, ils purent apercevoir quelquefois des habits rouges (c'est ainsi qu'on appelait les soldats ) passant parmi les arbres, et quelquefois ils les virent tourner leurs regards du côté de la clairière. Leurs amis William Penderell et sa femme, que Charles appelait madame Jeanne, étaient postés près de là pour avertir du danger : lui sous prétexte de vaquer à ses fonctions de garde forestier, elle travaillant à ramasser des broussailles. Mais il n'y eut pas lieu de craindre un danger immédiat : la nuit les délivra de leur prison eunuyeuse et incommode, et Charles ayant, à son retour à la maison, examiné la cachette, résolut de s'y fier pour sa sûreté future (1).

(7 septembre) Il passa le jour suivant, qui était un dimanche, dans la maison ou dans le jardin ; mais il repassait dans son esprit sa triste position, et sa figure sombre révélait ses tourments intérieurs. Heureusement, dans l'après-midi, il reçut, par John Penderell, un message de lord Wilmot, qui l'engageait à se réunir à lui le soir même, dans la maison de M. Wbitgrave, réfractaire, à Mosetey. Les pieds du roi étaient si enflés et si meurtris par sa course récente à Madeley et son retour, qu'il accepta avec joie l'offre que lui fit Humphrey du cheval du moulin. La tournure du monarque était bien assortie à celle du cheval : il portait un justaucorps et des chausses de gros drap vert si usé, qu'en plusieurs endroits il paraissait blanc; un pourpoint de cuir, vieux et sale; de gros souliers, où I on avait lait des coupures pour que ses pieds y fussent à l'aise; des bas de laine verte, qui avaient été beaucoup portés et qui étaient usés aux genoux ; un vieux chapeau gris et pointu, sans coiffe ni rubans, avec un bâton d'épine noueux, complétaient l'habillement royal. Les six frères armés l'ac-

(1) Caretess trouva le moyen de gacner Londres el de traverser la mer pour aller en Hullande : il y donna le» premières nouvelles de la fuite du roi à la princesse d 0range. Charles lui donna pour armoiries, sous le nom de Carlos, un cbêne en champ de gueules, surmonté de trois couronnes royales, et pour son cimier, une couronne de feuilles de chêne avec une épée et un sceptre, | croisés en sautoir. Poacobel , 85. i

compagnalent : deux étaient en avant, deux suivaient par derrière, et deux à ses côtés. Il n^alla pas loin sans se plaindre à Humphrey du pas lourd et dur du cheval : « Mon souverain , répondit le meunier, vous oubliez qu'il porte sur son dos le poids de trois royaumes. >

(8 septembre) A Moseley, la compagnie de Wilmot, les attentions de Whitgrave et de son chapelain , M. Hudlestone(l), lui rendirent du courage : il refit le plan de la bataille de Worcester, et déclara que, s'il pouvait trouver quelques milliers d'hommes qui eussent le courage de se ranger à ses côtés, il ne balancerait pas à livrer un second combat à ses ennemis. Un nouveau plan pour sa fuite fut soumis à son approbation. La fille du colonel Lanede Bentley avait obtenu du gouverneur de Stafford un passe-port pour visiter mistriss Norton, sa parente, qui demeurait près de Bristol. Charles cousentit à jouer le rôle de son domestique, et Wilmot partit la nuit suivante, afin de faire des préparatifs pour le recevoir. En même temps, pour prévenir une surprise, Hudlestone suivait constamment le roi; Whitgrave sortait de temps en temps de la maison pour observer ce qui se passait dans la rue, et sir John Prcston et deux autres enfants, pupiliesde Huddlestonc, étaient placés en sentinelles aux fenêtres du toit (2). Mais le danger d'être découvert augmentait à chaque heure. L'aveu d'un cornette qui l'avaitaccoropagné, et qui fut fait prisonnier, fit savoir que Charles avait été à Whiteladies. L'espoir de la récompense animait les officiers parlementaires à faire de nouvelles perquisitions plus actives. La maison de Boscobel, le lendemain du départ du roi, fut visitée successivement par deux partis d'ennemis (9 sept.); le jour suivant , une seconde perquisition plus rigoureuse fut faite à Whiteladies, et dans l'après-midi, l'arrivée d'une troupe de cavaliers alarma les habitants de Moseley. Comme Char-

(1 ) M. Whitgrave avait servi comme lieutenant , UodleMone comme volontaire dans les armées de Charles 1er ; le dernier était de la famille de Hullon John daus le Cumberland. Ayant quitté le service, il entra dans 1rs ordrea , et il était a cetie époque prêtre séculier, vivant avec M. Whitgrave. Il se fit eusuite moine bénédictin, rt j fut nommé l'un des chapelains de la rein*.

(2) Quoique ignorant la qualité de l'étranger, les en- | fants amusaient le roi en (.'appelant set gardes du corp*. | Boicubel, 38.

Page 1