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CHAPITRE XV

les, Whitgrave, etlludlestonc, se tenaient près delà fenêtre, ils virent un voisin entrer précipitamment dans la maison, et un instant après ils entendirent crier : « Les soldats ! les soldats ! » au pied de l'escalier. Le roi fut caché de suite : toutes les autres portes furent ouvertes, et Whitgrave, descendant, reçut les cavaliers devant sa maison. Us l'arrêtèrent d'abord comme cavalier fugitif de Worccstcr; mais il les convainquit , par le témoignage de ses voisins, que depuis plusieurs semaines , il n'avait pas quitté Moscley, et avec beaucoup de peine il obtint d'eux qu'ils partiraient sans visiter la maison.

Cette nuit Charles se "rendit à Bentley. H fallut peu de temps pour métamorphoser le bûcheron en valet de chambre, et pour changer ses vêtements d'étoffe verte pour un habit plus décent et de drap gris (11 sept.). 11 partit à cheval avec sa maltresse supposée, derrière lui, accompagnée par son cousin, M. Lassells; et après un voyage de trois jours, il atteignit la raiison de M. Norton, sans interruption ni danger (14 sept.). Wilmot s'arrêta dans le voisinage, chez sir John Winter. Sur la route, il s'était quelquefois joint à la troupe du roi, comme par hasard ; plus ordinairement il les précédait ou les suivait à peu de distance. Il était à cheval avec un faucon sur le poing et des chiens à côté de lui, et la hardiesse de sa contenance le garantissait aussi bien d'être découvert que le déguisement le plus iugénicux.

( 15 septembre ) Le roi , à son arrivée, eut la faveur d'une chambre séparée, sons prétexte d'indisposition, mais le lendemain il se trouva dans la compagnie de deux personnes, dont l'une avait été soldat dans son régiment des gardes à Worccstcr, l'autre domestique dans le palais de Richmond, lorsque Charles y habitait quelques années auparavant. Le premier ne le reconnut pas, quoiqu'il prétendit donner son signalement; le second, lorsque le roi se découvrit, se rappela les traits du prince, et communiqua ses soupçons à Lassells. Charles eut la sagesse de l'envoyer chercher; il se découvrit à lui comme à une ancienne connaissance, et lui demanda son assistance.

Cet homme (il était chef d'office de la famille) se trouva honoré delà confiance du roi, et lâcha de !.. reconnaître p'r 5es services. Il

éloigna de ce prince deux individus de la maison, connus pour leurs principes républicain4, et chercha en vain dans Bristol un vaisseau pour le transporter en France ou en Espagne. Il introduisit à minuit lord Wilmot (17 sept.) dans sa chambre, où ils tinrent conseil, et décidèrent que le roi se rendrait le lendemain à Trent, près de Sberburn , chez le colonel Windham , cavalier de sa connaissance; qu'un émissaire serait envoyé par avance à ce dernier pour le préparer à recevoir Charles; qu'enfin, pour motiver le départ précipité de miss Lane, désignée pour remplir cette mission, on lui remettrait une lettre supposée, annonçant que son père était à l'article de la mort. Ce projet réussit, on la laissa partir (18 sept.), et deux jours après, le prince arriva au lieu de sa destination. Le lendemain matin, miss Lane partit (19 sept.) de Trent, et retourna à Bentley avec Lassells (I) (20 sept.).

Pendant son séjour à Trent , Charles commença à se livrer à l'espoir d'être bientôt hors de danger. On avait retenu à Lymc un vaisseau pour transporter sur les côtes de France un seigneur et son domestique (Wilmot cl le roi). On avait fixé le lieu et l'heure où l'on s'embarquerait; une veuve, qui tenait une petite au- ; berge à Charmouth, consentait à donner pour quelque temps asile à un gentilhomme déguisé, et à une jeune personne qui s'était soustraite à la vigilance d'un tuteur dur et intraitable. Le soir suivant (23 sept ), Charles parut sous les habits d'un domestique avec Juliana Coningsby, j montée en croupe derrière lui, et accompagnée de Wilmot et de Windham. L'hôtesse fit aux amants supposés un accueil plein de cordialité; mais bientôt leur patience fut mise à la plus | rude épreuve. La nuit se passa sans qu'aucune barque entrai dans la baie, ni qu'on découvrit au large un seul navire. Ce contre-temps fit naître (25 sept.) mille craintes et mille soupçons. Au point du jour, on se sépara; Wilmot alla à Lyme avec un domestique pour s'enquérir du maître du vaisseau; Charles se rendit à Bridport, avec ses compagnons de voyage, pour y attendre le retour de Wilmot. Il trouva

(1) Celle dame reçut, par dérision de» deux chambres, une récompense de 1,000 livre* pour le» «ervicr* I qu elle avail rendu» au loi. C. Journaux, 1(560, 19, 21 décembre.

à Bridport 1500 soldais prêts à s'cmlarqucr pour une expédition conlre l'île de Jersey; mais ne voulant point se créer un danger réel en cherchant à en éviter un imaginaire, il marcha hardiment jusqu'à l'auberge, puissant ses chevaux au travers de la foule avec une brusquerie qui excita des plaintes. Mais un nouveau danger l'attendait à l'écurie. Le valet de l'hôte le traita en vieille connaissance, prétendant l'avoir connu I au service de M. Potier, à Exelcr. Le fait est que, pendant la guerre civile, Charles avait logé chez ce gentilhomme. Il se détourna pour cacher ses craintes; mais il eut assez de présence d'esprit pour tirer parti de la demi-méprise du garçon d'écurie, et de lui répondre : «En effet, j'ai été autrefois au service de M. Potier, mais maintenant je n'ai pas un moment à perdre; à mon retour de Londres, nous renouvellerons connaissance devant un pot de bière. »

Après dîner, le roi et sa suite rejoignirent Wilmot hors de la ville. Le maître du vaisseau avait été retenu chez lui par les frayeurs et les remontrances de sa femme , et aucune promesse ne put le décider à renouveler sou engagement (25 septembre). Charles, consterné et découragé, reprit le chemin de Trent : on forma de nouveaux plans, de nouveaux contre-temps les firent échouer. Un second vaisseau , dont le colonel Philips s'était assuré à Southarapton, fut saisi pour transporter des troupes à Jersey { 8 octobre j ; et les bruits qui circulaient mystérieusement dans le voisinage rendaient périlleux un plus long séjour du roi chez le colonel Windham (1). 11 trouva à Ileale, près de Salisbury, une retraite plus sùrc chez la veuv e llydc, où il demeura cinq jours, pendant lesquels le colonel Gunter, par l'entremise de Mansel, négociant royaliste, retint un bâtiment charbonnier ( M octobre) qui se trouvait à New-Shoreham : Charles ( 15 octobre ) se rendit prorapteraent par Ilamblelon à Brighton, où il soupa avec Philips Gunter, Mansel, et Tattershall, maître du bâtiment. A ' table, Tattershall tint les yeux longtemps fixrs | sur le roi ; après le souper, il prit Mansel à part et se plaignit d'avoir été trompé. Il dit

(l) Une récompense de 1,000 lirre* fut dani la mile ' accordée & Windham. C. Journaux , 17 déc. 1600.

que la personne vêtue de gris était le roi, qu'il le connaissait bien pour avoir été retenu par lui sur la rivière, lorsqu'il était prioce de Galles, et qu'il commandait la flotte royale en 1648. L'avis en fut donné sur-le-champ à Charles, qui n'en parla pas a Tattershall, mais qui, pour s'assurer de cet homme, sut le retenir à boire et à fumer autour de la table, pendant le reste de la nuit.

Avant son départ , et taudis qu'il était seul dans sa chambre , l'hôte entra, et passant derrière lui , lui baisa la main qu'il tenait appuyée sur le dos d'une chaise, en disant : «Je ne doute pas, si je vis, que je ne devienne un lord, et ma femme une lady. » Charles se mit â rire pour lui faire voir qu'il le comprenait, et rejoignit aussitôt la compagnie dans un autre appartement. A quatre heures ( 16 octobre) du malin, ils se dirigèrent tous vers Shoreham; sa suite prit congé de lui sur le rivage, excepté Wilmot, qui l'accompagna dans la barque. Là , Tattershall , fléchissant le genou, lui promit solennellement de le conduire sain et sauf dans un port de France, quelles qu'en pussent être les conséquences. Le bâtiment, aidé de la marée , se dirigea sans peine vers l'île de Wight, comme s'il allait à Deal, lieu de sa destination. Mais à cinq heures de l'aprèsmidi, Charles, ainsi qu'il en était convenu d'avance avec Tattershall, s'adressant aui gens de l'équipage, leur dit que lui et son compagnon étaient des négociants ruinés qui fuyaient leurs créanciers; qu'il [es priait de s'unira eux pour déterminer le 'patron a lu jeter sur les côtes de France ; et ayaut recours à un argument plus persuasif, il leur donna 20 shellings pour boire. Tattershall fit beaucoup d'objections, mais à la fin, il prit le gouvernail avec une répugnance apparente, et se dirigea vers la France ( 17 octobre). Au point du jour, ils virent devant eux, à la distance de 2 milles, la petite ville de Fécamp; mais la marée descendante les força de jeter l'ancre. Bientôt ils aperçurent sous le vent un bâtiment suspect , qui, par sa manœuvre, fit craindre au roi que ce ne fût un corsaire d'Ostende; le maître partagea celte opinion. Ensuite on reconnut que c'était un heu français; mais Charles n'attendit pas qu'on se fût assuré du fait : la chaloupe fut détachée immédiatement,

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