CHAPITRE XVI
Vigilance du gouvernement. — Soumission de l'Irlande ; — Del'Écosse. — Négociation avec le Portugal; — Avec l'Espagne; — Avec les Provinces limes. — Guerre navale. — Ambition de Cromwell. — Evpulsion du parlement. — Caractère de ses principaux membres. — Quelques-uns de ses acic*.
(1649) Dans le chapitre précédent, nous avons suivi Charles Sluart dans ses aventures, depuis sa descente en Écosse jusqu'à sa défaite
(I) Whitclock. 509. Ludlow, i. 372. Heatb. 301. Journaux, 6, 9, II, 19 sept. «Le lendemain 13, les
à Worcester et sa fuite sur le continent. Nous porterons maintenant notre attention sur les événements les plus importants qui se passèrent à la même époque en Angleterre et en Irlande.
I.a forme du gouvernement établie en Angleterre était une oligarchie. Quelques individus, sous le voile d'un parlement qui ne l'était que de nom, gouvernaient le royaume avec l'épée. Si on avait recueilli les opinions de la nation, il est incontestable que les vieux royalistes du parti cavalier, et les nouveaux royalistes du parti presbytérien , auraient formé ensemble une forte majorité; mais ils étaient réduits au silence et à la soumission par la présence d'une armée de 45,000 hommes; et cette maxime, que «la force fait le droit,» était regardée par eux comme une raison suffisante de jurer fidélité à la république (1). Cette armée nombreuse, sur laquelle reposait le pouvoir des meneurs, était cependant pour eux une cause d'inquiétudes continuelles. La paye des officiers et des soldats était toujours arriérée; ils pouvaient rarement échanger pour de l'argent comptant les billets qu'ils recevaient sansunepertedecinquante,soixanteou soixantedix pour cent; et la nécessité était l'excuse dont ils se servaient pour justifier les prétentions illégales qu'ils mettaient en avant pour être logés à discrétion chez les particuliers. Afin de satisfaire à leurs besoins, on eut recours à une augmentation des taxes; on leur accorda des gratifications sur les produits de l'excise; on vendit un grand nombre de propriétés confisquées (2) ; et , pour apaiser le mécontentement du peuple, on promit à plusieurs reprises de licencier une grande partie de la force armée, et d'abolir l'usage du logement militaire. Mais la première de ces promesses fut illusoire; car,
prisonnier» furent conduits à travers Westminster à Tuthillfield». Jamais on ne vit plus triste spectacle, excepté le misérable lieu de leur défaite; et la on en vendit a divers marchands; l'on en »nvo\a aux Barbades.» Heaih, 301. 1500 furent accordés comme enclaves aux marchands de Guiuée , et transportés sur la cote d'Or en Afrique! Hist. pari., m, 1374.
(1) Voyez l'ouvrage de Marchamont de IN'edbam , intitulé : « Cause de l'établissement de la république. • ln-4°. Londres, 1650.
(2) Journaux , 1649: 18 avril, 4 octobre; 1650 . 30 mars ; 1051 : 2 septembre, 17 décembre; 1652 , 7 avril.
bien qu'on fit quelques réductions partielles, au fond la force numérique de l'armée continuait à s'accroître; la seconde fut remplie, mais en retour on augmenta le fardeau des taxes; caries impôts levés chaque mois dans les comtés montèrent graduellement de 60 à 90,000 livres, jusqu'à 120, et enfin jusqu'à 160.000 (1).
Un autre sujet de troubles naquit de ces principes de liberté que les soldats, même après la répression du dernier soulèvement, entretenaient en secret, et avouaient quelquefois. Un grand nombre d'entre eux. il est vrai, se reposaient sur le patriotisme de leurs officiers et se soumettaient à leur jugement; mais il y en avait aussi beaucoup qui condamnaient le gouvernement actuel, comme un abandon de la bonne cause qu'ils avaient originairement embrassée. Ces derniers révéraient Lilburne comme un apôtre et un martyr : ils lisaient avidement les écrits qui sortaient souvent de sa prison , et ils condamnaient comme persécuteurs et comme tyrans ceux qui l'avaient enfermé, lui et ses compagnons, dans la Tour. On avait eu l'intention de les mettre en jugement comme auteurs de la dernière rébellion; mais le projet fut abandonné après une délibération (12 mai), et on fit un acte qui déclarait coupables de trahison ceux qui prétendraient que le gouvernement élait tyrannique, usurpateur, ou illégitime. Mais aucun décret ne put arrêter les attaques de Lilburne (8 juin); et on nouveau pamphlet, sorti de sa plume, pour revendiquer aies libertés légales et fondamentales du peuple,» mit à l'épreuve la résolution de ses adversaires. Us se retirèrent du combat, jugeant qu'il y avait plus de prudence à pardonner ces agressions ou plus de dignité à les mépriser ; et lorsqu'il demanda la permission de visiter sa famille, qui était malade, il obtint son élargissement (2).
Mais cette douceur ne fit aucune impression sur son esprit. Dans l'espace de six semaines, il publia deux écrits plus virulents que les premiers, et les distribua à la soldatesque
(1) Journaux, 1649: 7avril, 1 août, 7 décembre; 1650: 21 mai, 26 novembre; 1651 : 15 avril, 1 septembre, 19 déc.; 1652, 10 décembre; 1653 , 24 novembre.
(2) Journaux, 1649: 11 avril, 12 mai, 18 juillet. Couocil Book, 2 mai. Whitelock, 414.