CHAPITRE XVI
(6 sept.). Un nouveau soulèvement éclata à Oxford (M sept.); sa prompte répression enhardit le conseil : le démagogue fut reconduit a la Tour; et Keble, assisté de quarante autres commissaires, fut désigné pour le juger sur son dernier délit, d'après les nouveaux statuts relatifs au crime de trahison. On peut trouver peut-être que Lilburne montra alors de la faiblesse, en offrant de passer en Amérique à certaines conditions; mais il releva son caractère dès qu'il parut devant les juges. 11 repoussa avec dédain les assertions de ses accusateurs et les railleries delà cour, électrisa l'assemblée par de fréquents appels à la grande charte et aux libertés des Anglais, soutint avec force la doctrine que le jury devait juger du droit aussi bien que du fait. Ce fut en vain que la cour qualifia cette opinion «d'hérésie ,la plus condamnable qui eût jamais été répandue dans le pays, » et que le gouvernement employa toute son influence pour gagner ou intimider les jurés: après trois jours de débats, Lilburne obtint une sentence d'acquittement (1).
On ignore si, après sa mise en liberté, il consentit à quelque transaction secrète. H souscrivit à c l'engagement » (29 déc.), l'interprétant dans un sens conforme à ses principes; et le parlement (1660, 30 juillet) lui accorda une somme considérable en réparation de ce qu'il avait souffert dans la chambre étoilée (2). Mais deux ans après, il eut l'imprudence défaire distribuer une pétition de Josiah Primate, accusant sir Arthur Haxlerig et les commissaires d'injustice et de tyrannie (1662, lôjanv.). La chambre déclara que c'était une infraction à ses privilèges, et le délinquant fut condamné â une amende de 7,000 livres et au bannissement à perpétuité. Il est probable que la chambre étoilée ne rendit jamais un jugement dans lequel la peine fût moins proportionnée au délit ; mais les anciens ennemis de Lilburne cherchaient moins â le traiter selon la justice, qu'à se mettre eux-mêmes en sûreté. Ils saisirent cette occasion de délivrer le gouvernement de la présence d'un homme qu'ils avaient si longtemps redouté; et, comme il refusait de se
(1) Journaux, 1019 : Il septembre, 30 octobre. Wuitetock, 424, 425. Procè» d'Etat, u, 15t. (2; WbiUlock, 430. Journaux, 1650 : 16, 30 juillet.
mettre à genoux à la barre, tandis qu'on pro* nonçait la sentence , ils changèrent leur arrêt en un acte du parlement. Lilburne se soumit pour sauver sa vie; mais son séjour sur le continent fut de courte durée : le lecteur le reverra bientôt en Angleterre (I) (20janv.).
Les niveleurs{ 1650) avaient hardiment avoué leurs projets : les royalistes travaillaient dans l'ombre et sourdement. Cependant le conseil, par sa vigilance et son activité, sut rendre vaines les hostilités ouvertes des uns et les machinations secrètesdes autres. On peut élever, il est vrai, quelque doute sur la politique de a l'engagement, » qui n'était qu'une promesse de fidélité à la république , sans roi ni chambre de lords. Tant que cette obligation fut restreinte à ceux qui tenaient des emplois du gouvernement , ce n'était qu'une simple question de choix ; mais lorsqu'on voulut l'étendre à tous les Anglais Agés de plus de dix-sept ans , sous peine d'être déclarés incapables de soutenir une action en justice, elle devint pour le plus grand nombre une affaire de nécessité, et servit plutôt à irriter les esprits qu'à produire la sécurité (2). Une mesure plus efficace fut rétablissement d'une haute cour de justice permanente pour rechercher les crimes d'État, et à laquelle on donna pour auxiliaire un système d'espionnage organisé par le capitaine Bishop, sous la direction de Scot , membre du conseil. Les amis de la monarchie, encouragés par les cris des niveleurs et les protestations des Écossais, avaient commencé à former des réunions, tantôt sous prétexte de culte religieux , tantôt sous celui de parties de campagne. En peu de temps, ils divisèrent le royaume en districts, appelés associations, dans chacune desquelles on supposait pouvoir lever un certain nombre d'hommes armés; on oblint des brevets en blanc, avec la signature du roi, pour êlre délivrés aux colonels, capi laines, et lieutenants qu'on désignerait pour commander ces forces. On entretint ensuite une correspondance active, non-seulement avec Charles après son arrivée en Écosse, mais encore avec le comte de Ncwcastle, lord Hopton, et avec un conseil de bannis, d'abord à Utrecht ,
(1) Journaux , 1651 : 23 décembre; 1652 : 15. 20, 30 janvier. Whitelock, 520. Crime* d'Élai, 407 415. ,2) Journal de Leicest?r, y7-10l.
et ensuite à La Haye. Dans le plan adopté en dernier lieu, Charles lui-même, ou Mussey, devait laisser des forces suffisantes pour occuper l'armée anglaise en Écosse, et traverser les frontières des deux royaumes avec un corps considérable de cavalerie: en même temps, les royalistes devaient se soulever les armes à la main dans les différentes associations, et les exilés de lloll.uide , avec 5,000 aventuriers anglais et allemands, débarquer à Kent, surprendre Douvres, et se réunir en toute hâte à leurs alliés presbytériens dans la capitale (I).
Mais pour combiner et assurer la coopération de toutes les parties intéressées, il fallait employer un grand nombre d'agents, parmi lesquels , s'il y en avait qui agissaient par principes, on en comptait aussi beaucoup dont la bonne roi était douteuse et la position désespérée. Parmi les derniers, il y en eut qui trahirent leurs associés; d'autres entreprirent de servir les deux partis et les trompèrent tous deux; et c'est un fait assez singulier, que, tandis que les lettres des agents royalistes passaient souvent parles m ai us de Bishop lui-même, les papiers secrets qui appartenaient au conseil d'État étaient copiés et euvoyés au roi (2). Il s'ensuivit cependant queles plans des royalistes, toujours découverts, furent nécessairement déjoués par les précautions du conseil. Tandis que le roi marchait sur l'Écosse, on avait saisi un certain nombre de brevets, en blanc, entre les mains de Lewen, docteur en droit, qui fut condamne à subir la peine des traîtres (13jutll.). Bientôt après, sir John Gell, le colonel Euscbius Andrews, et le capitaine Bcnson, furent accusés d'avoir conspiré pour détruire le gouvernement établi par la loi. Ils récusèrent pour trois motifs la juridiction de la cour : elle était contraire à la grande charte, qui donnait à tout homme libre le droit d'être jugé par ses pairs; contraire à la pétition du droit, par lequel les cours martiales (et la cour présente était assu-
(1) Ecrit» politique de Millon , 35, 37 , 39, 47, 49, 50. Baillie, u. 318. Lettres de Carie, i, 414.
(2) Procès d Etat , v, 4. Écrit* politique» de Millon, 39,47,50, 57. Un drs afient» employé» par le» deux parti» était une dame Waiter* , aui rement Hamlin, sur le» service* de laquelle Bishop comptait beaucoup. Elle devait s'introduire aup; es de Cromwell en prouonçuit le mot • prospérité. ■ tbid.
rément une cour martiale) avaient été supprimées ; contraire enfin aux nombreuses déclarât ions des parlements, ordonnant que les lois, les droits du peuple, et les cours de justice , seraient maintenus (2 août). Mais la cour rejeta ces moyens (7 octobre) : Andrews et Benson furent mis à mort , et Gell fut condamné à un emprisonnement perpétuel et à la confiscation de ses biens (1).
Ces exécutions n'arrêtèrent point l'ardeur des royalistes, et ne diminuèrent point la vigilance du conseil. Au commencement de décembre, les amis de Charles prirent les armes à Norfolk (2 décembre); mais ce soulèvement était prématuré : un corps de a têtes rondes» dispersa les insurgés ; il y en eut vingt auxquels leur témérité coûta la vie. l^es Iles de Scilly, qui jusque-la étaient restéesau pouvoirdeGrenville, commandant de l'association de l'ouest, furent réduites (1652, 12 janvier). On arrêta, dans le comté de Hampshire , un grand nombre de gentilshommes qui avaient promis leurs services au roi ; et l'imprudente revue de 2,000 hommes dans Kent donna lieu à l'emprisonnement de tous les royalistes qui habitaient ce comté. Le conseil avait résolu d'attaquer le parti presbytérien dans son principal soutien, la Cité; et Love, un des plus célèbres ministres, fut saisi avec plusieurs de ses associés ( IGôl , 2 mai). Lors de son procès, il chercha à sauver sa vie par une protestation évasive, qu'il prononça avec la solennité la plus imposante en présence du Tout-Puissant; mais il fut prouvé clairement que des réunions avaieuteu lieu chez lui; que l'argent levé pour les royalistes avait été déposé sur sa table; qu'il avait reçu des lettres, et que les réponses à faire avaient été lues devant lui (15 juillet). Dès que son jugement eut été rendu, ses amis présentèrent des pétitions en sa faveur : ils obtinrent délai sur délai, et le parlement, comme s'il avait craint de décider sans instructions, en référa à Cromwell, en Écosse. Ce général fut assailli aussitôt de lettres des amis et des ennemis de Love. U garda le silence: la chambre prolongea encore le sursis; mais Cromwell ne fil point de
(1) Whitelock, 464,468,473,474- Healb, 269, 270. Voyez le rapport de plusieurs découverte* dans les L«t ! très de Carte, 1,413, 464, 472.