CHAPITRE XVI
Cette réponse convainquit Ormond qu'il était temps pour lui de quitter l'Irlande ; mais, avant son départ , il convoqua une assemblée générale, et choisit le marquis de Clanricard , seigneur catholique, pour commander en son absence en qualité de son lieutenant. Rien ne pouvait moins convenir à Clanricard, dont la santé était mauvaise, et dont les habitudes étaient toutes domestiques. De quelque côté que se portassent ses regards, ils ne rencontraient qu'une perspective effrayante. Il voyait les trois quarts de l'Irlande au pouvoir d'un ennemi victorieux et infatigable. Le Coiinaught et le comté de Clare , qui restaient seuls au pouvoir des royalistes, étaient dévastés par la famine et la peste, et des dissensions politiques et religieuses divisaient les chefs et hs soldats. Tandis qu'un parti attribuait les désastres de la nation à la témérité des hommes qui osaient gouverner sous le poids d'une excommunication, l'autre accusait ses adversaires de cacher des vues perfides et intéressées sous le voile de la religion et du patriotisme. On avait perdu tout espoir de résister avec succès : la rivière de Shannon , qui les protégeait pour le moment contre l'ennemi , allait devenir guéable au printemps, et dès lors le dernier asile de l'indépendance irlandaise était envahi (1). Dans des conjonctures aussi alarmantes, on eut besoin de toute l'autorité d'Ormnnd et de Castlehaven pour déterminer Clanricard à accepter un emploi qui ne lui offrait aucune perspective de profit ou de gloire, mais qui lui promettait une abondante moisson de contrariétés , de fatigues et de dangers.
Dans l'assemblée qui se tint a Unghrea (25 novembre), la majorité des membres désapprouva la conduite du synode, mais chercha plutôt à employer des moyens conciliatoircs qu'à perpétuer la dissension. Ormond , après ' voir présenté une apologie de sa conduite •2 déc), et reçu (7 déc.) une réponse propre a le consoler , sinon à le satisfaire entièrement , s embarqua à Galway ; mais Clanricard refusa obstinément d'entrer dans l'exercice de sa charge, avant d'avoir obtenu réparation de l'injure faite à l'autorité royale par la déclara-
(I) Voyez l'état de U nation dam les Mémoires de Clanricard , deuxième partie, p. 24.
tion de Jamcstown. 11 demanda qu'on reconnût qu'il n'était au pouvoir d'aucune corporation d'affranihir le peuple de son obéissance au lord député, tant qu'il serait invoti de l'autorité royale, et il obtint enfin ('24 déc.) une déclaration à cet effet, mais avec cette restriction, «que les confédérés ne perdaient point pour cela leurs droits à l'observation fidèle dct{ articles du traité, et ne s'engageaient pas a obéir à tout gouverneur qui pourrait être indûment nommé par le roi, pendant qu'il serait privé de sa liberté chez les Écossais» (1).
Les chefs du parlement, s'a percevant de l'avantage que les royalistes d'Ecosse tiraient de la prolongation des hostilités en Irlande, cherchèrent à mettre fin à cette lutte longue et sanglante. A peine Clanricard eut-il pris les rênes du gouvernement , que Grâce et Bryan, deux officiers catholiques, se présentèrent à l'assemblée avec un message d'Axtel, gouverneur de Kilkenny (1651, 10 janvier), (tour proposer un traité de soumission. Cette ouverture fut accueillie avec transport par un grand nombre de membres : ils soutinrent «qu'il n'y avait qu'une négociation générale qui pût prévenir ces traités particuliers qui, chaque jour, éclaireissaient leurs rangs, et exposaient les plus déterminés à une perte inévitable ; que les conditions offertes étaient meilleures qu'on ne pouvait s'y attendre actuellement, infiniment supérieures a celles qu'on pouvait espérer dans la suite; ils n'avaient qu'à mettre à l'épreuve la sincérité de leurs ennemis : si le traité était exécuté, la nation était sauvée; dans le cas contraire, sa violation lierait à la cause commune tous les vrais Irlandais, qui , s'il leur fallait mourir, du moins ne mourraient pas sans vengeance.» Ce raisonnement était péremptoire , et il fut encore fortifié par le témoignage d'officiers de différents quartiers, qui représentaient que le seul moyen de sauver le peuple était d'entrer en négociation avec le parlement. Mais Clanricard rejeta la proposition avec mépris, comme une insulte à sa personne, et uu acte de trahison envers le roi si l'on s'en occupait davantage ; cl il fut secondé par l'éloquence et l'autorité de Casllehaven , qui affectait de
(1) farte, n. 137, 140. Walab ., App, 75 137. Belliog in Pourtant, 26.
dédaigner la puissance de l'ennemi , et attribuait ses succès à leurs propres divisions.
Si l'assemblée avait connu les véritables motifs qui faisaient agir ers deux personnages ; si elle avait su que Charles leur avait secrètement recommandé de continuer la guerre à tous risques , comme le meilleur moyen de le mettre en état de tenir tète à Cronwell; que cette occasion , peut-être la dernière qu'on eût de sauver la vie et les propriétés des confédérés, allait être sacrifiée à l'espoir bien incertain de gagner une bataille au profit des Écossais, leurs plus cruels et leurs plus implacables ennemis (1), on aurait pu sans doute détourner une grande partie drs malheurs que l'Irlande était encore destinée à souffrir. Mais la majorité se laissa persuader : la proposition de négocier avec le parlement fut rejetée, et l'assemblée prononça les peines de haute trahison , et le» évêques la sentence d'excommunication contre tous ceux qui concluraient un traité parliculier avec l'ennemi. I.imcrick et Galway, les deux boulevards de la confédération, désapprouvèrent cette décision, et se refusèrent obstinément à recevoir des garnisons dans leurs murs, afin de n'avoir point à craindre l'autorité militaire, et de rester arbitres de leur propre sort.
Le lord député ne fut pas plutôt débarrassé de ces obstacles, qu'il se trouva engagé dans une négociation d'une délicatesse et d'une difficulté extrêmes. Vers la fin de l'été précédent , Ormund avait envoyé lord Taafe à Bruxelles avec des instructions, tant en son nom qu'au nom du conseil suprême (2), pour solliciter l'aide du duc de Lorraine, prince d'un caractère inquiet et intrigant , et qui avait coutume de vendre à haut prix aux puissances voisines les services de son armée. Le duc le reçut gracieusement, lui fit un présent de 6,000 livres sterling, et lui promit en outre on secours d'hommes et d'argent, mais à condition qu'il lierait déclaré «protecteur royal» dè l'Irlande, avec tous les droits attachés à cette place, droits si peu définis, que la dignité même avait
vl) Mémoire* de Castlehaven, 116, 119, 120.
(2) Comparer, les papiers de la iccoode partie de» Mémoires de Clauricard, 17, 18, 27 (in-folio, Londres, 1757), a» rcl'Onnond de Carie, u, 143.
HISTOIRE D'AiSGI.ETERRE.
été jusque-là inconnue. 1 aafe (16ô0, novembre) hésita , mats il fut encouragé à a«ir par la reine mère, le duc d'York, et de Vie, agent du roi à Bruxelles. Ils alléguaient que, si l'on ne secourait pas les Irlandais, le roi succomberait eu É cosse; que le duc de Ixxraine était le seul prince de l'Europe qui pût leur procurer du secours , et que , quels que pussent être i seins secrets, les intérêts du moins que de la conquête de l'Irlande par le parlement (1). Taafe cependant prit un terme moyen, et persuada au duc d'envoyer de Ilenin comme son ambassadeur au conseil suprême, avec le pouvoir de conclure un traité eu Irlande.
L'assemblée venait d'être congédiée, lorsque cet envoyé arriva. Il fut reçu comme un ange descendu du ciel , par le peuple , le clergé , et la noblesse. Les fournitures d'armes et de munitions de guerre (25 février) qu'il apportait, jointes à la promesse d'un secours plus efficace dans peu de temps, les tirèrent de leur abattement , et les encouragèrent à se livrer à l'espoir de résister à l'ascendant de leurs ennemi». Clanricard, resté sans instruction, ne savait comment agir. U n'osait point refuser un secours dont le peuple faisait tant de cas; il n'osait pas non plus accéder à des demandes si préjudiciables à l'autorité du roi. Mais si le litre de « protecteur royal ■ sonnait mal à ses oreilles , il inspirait des sentiments tout différents aux confédérés, qui concluaient avec raison que, si la lutte entre Gromwell et les
(1) Clanricard, 4, 5, 17, 27. Orniond était au*»i du mé:ne avis : il écrivit à Taafe « qu'on n'irait rien fait qui ne foi bien fait; • que le suprême conseil était le meilleur ju;;e de sa position ; qu'ils avaient reçu du roi toute peruii»sioii pour se conserver, «même celle d'accepter les conditions de l'ennemi, qui devaient être bien plus contraires a ses intérêts que de recevoir des secours étrangers pour lui résister, presque a quelque* conditions que ce fut. .Clanric, 33, 34. Dans la collection des Lettres de Carte, il y en a une d'Ormond a Clanrka d, écrite après la bataille de Worcesler, dans laquelle ce seigneur lui dit qu'il serait entièrement d'avis . qu'on envoyât an pape des ministres convenables et qo'ou fil des insinuations propres à obtenir sou iulerveniion , non-seulement auprès de tous les princes et de tous les États... • Le reste de la letue est perdu, ou Carte n'a pas voulu le publier; mais il e*t évident, d'après la première partie , qu'il croyait que le «eul moy«n de rétablir l'autorité royale était d'obtenir l'assistance du pape et des puissance* »catnuiioues. Lettres de Carte , i , 461.
CHAPH
Écossais se terminait à l'avantage des derniers, les catholiques irlandais auraient encore besoin d'un protecteur pour défendre leur religion contre le fanatisme sanguinaire des presbytériens. Mais Clanricard se montra inflexible , et sa fermeté triompha à la fin des vives instances de ses concitoyens et de l'opiniâtreté de l'envoyé. Il obtint (27 mars) du dernier une somme de 15,000 livres, à la condition peu onéreuse de nommer des agents pour conduire la négociation à Bruxelles, suivant les instructions qu'ils recevraient de lareine douairière, du duc d'York , et du duc d'Ormond. [je lord député se réjouit de s'être déchargé de ce fardeau; de Henin fut satisfait , parce qu'il connaissait les sentiments secrets de ceux au jugement desquels on référait le point en question (1).
Taafe, après avoir reçu ses instructions à Paris (mais des instructions verbales et non écrites , comme Clanricard l'avait demandé) ( 1 1 juillet), rejoignit à Bruxelles ses collègues sir Micbolas Plunket et Geoffroy Brown; et après des débats longs et infructueux avec le duc de Lorraine, ils souscrivirent (27 juillet) enfin à ses demandes (2> Par le traité, ce prince s'engageait à fournir, pour la défense de l'Irlande, les secours d'armes, d'argent, de munitions, de vaisseaux et d'approvisionnements que la nécessité exigerait. En retour, les agents devaient lui conférer, à lui , à ses héritiers et à ses successeurs, au nom du peuple et du royaume d'Irlande, le titre de a protecteur royal,* avec la suprême autorité civile et le commandement des forces militaires, mais sous l'obligation de rendre l'un et l'autre a Charles Stuart, le souverain légitime, après le remboursement de ses dépenses (3;. Il n'y a pas de doute que chacun des deux partis cherchait à tromper l'autre.
Clanricard fut surpris de ne point cutemire parler de ses agents, ni de la reine, ni du duc d'Ormond. Après un sileucc de plusieurs mois, il arriva une copie du traité. Il le lut avec indignation : il assura que les envoyés avaient transgressé ( 12 octobre) leurs instructions;
(1) Clauiicard, 116.
(ï; Clannc.,31 , à$ Il e»l certain, d'après le* papier* de Ckanrirard.que le traité ne fui conclu qu'aptes le icour de Taalt de Paiis. P. 66.
{*) Claurkard.Sl.
RR XVI. Iû3
il menaça de les déclarer (20 octobre ) traîtres par une proclamation. Mais Charles venait d'arriver à Paris , après la défaite de Worcester, et il fut instruit de toute l'intrigue. Il loua la loyauté du lord député, mais ( 1662, 10 févr.) il chercha à calmer son mécontentement contre les trois agents ; il l'exhorta à leur continuer sa confiance, et lui conseilla de faire usage de leurs services comme si le traité n'avait jamais existé. 11 envoya le comte de Norwich au duc de Lorraine pour réclamer contre les articles , les plus dérogatoires à l'autorité royale, et 1 pour renouer la négociation (I). Mais la malheureuse issue de la guerre d'Écosse fit perdre à ce prince tout espoir de réussir dans son projet. Tandis qu'il hésitait, la cour de Bruxelles eut la preuve qu'il intriguait avec le ministre de France; et , à la grande surprise de l'Europe, il fut arrêté inopinément à Bruxelles, et conduit prisonnier à Tolède, en Espagne (2).
Clanricard , tout opposé qu'il fût aux prétentions du duc de Lorraine, s'était servi de l'argent qu'il avait reçu de ce prince pour organiser une nouvelle armée, et arrêter par tous les moyens en son pouvoir les progrès de l'ennemi, lrelon, qui n'espérait rien moins que l'entière réduction de l'Ile, ouvrit la campagne par le siège deLimerick (1651, 11 juin). Les conditions qu'il offrait furent rejetées par les habitants; et, sur leur invitation, Hu&h- O'Neil entreprit, avec 3,000 hommes, de défendre cette place; mais on spécifia que les clefs des portes et le gouvernement de la place resteraient au pouvoir du maire. Les deux partis déployèrent une valeur et une opiniâtreté dignes du prix pour lequel ils combattaient. Quoique lord Broghill eût défait lord Muskerry, commandant les catholiques dans le Munster; quoique Coote, malgré Clanricard < eût pénétré depuis l'extrémité septentrionale du Gonnaught jusqu'à Athenrée et Portumna ; quoique Ire ton, après plusieurs tentatives sans succès, eût trompé la vigilance de Casllebaven, et eût pris position sur la rive droite du Shannon; enfin, quoiqu'un parti, dans l'intérieur des murs , cherchât à représenter les parlement
(I) Clanricard, 36-41, 47, 50-54, 58 Pouce aussi, m
12; Tuurloe, n, 90, 1 15, 127, 136, 611.
HISTOIRE D'ANGLKTKURE.
ta ires comme les avocats d'une tolérance universelle, rien ne put ébranler la constance des citoyens et de la garnison. Ils fatiguèrent les assiégeants par de fréquentes sorties ; ils repoussèrent tous les assauts (18 juillet \ et dans une seule affaire ils détruisirent le corps entier qui avait été débarqué dans «l'île. » Même après la funeste bataille de Worcestcr, ils répondirent par un courageux refus à une seconde sommation. Mais, au mois d'octobre , il arriva d'Angleterre au camp ennemi un renfort de 3,000 ho:nmes. On forma une batterie de canons de gros calibre débarqués dans la baie, et une large brèche pratiquée dans le mur avertit bientôt les habitants de se préparer à un assaut. Dans ce moment critique (23 oct ), ayant sous les yeux l'exemple terrible de j Droghcda et de Wcxford , ils se réunirent à l'hôtel de ville. Ce fut en vain qu'O'Ncil fil des remontrances, que les évéques de Mmcrick et d'Emly employèrent les prières cl les menaces : le maire Strctch livra les clefs au colonel Kcnnel, qui s'empara de la porte Saint -Jean, tourna le canon contre la ville ('27 octobre), et fit entrer 2,000 des assiégeants. Alors une capitulation fut conclue; et si les habitants et la garnison conservèrent leurs biens et leur vie, ce fut en abandonnant 22 individus à la merci du vainqueur. Cependant quelques-uns d'entre eux s'échappèrent, l/évcquc d'Emly, Wallis. religieux franciscain , le major général Purcell , sir Geoffroy Gahvay, Baron, membre du conseil, et Stretch, maire de la ville, avec Fanning et Iliggin, furent immolés, comme pour expier la résistance opiniâtre des assiégés. O'Ncil fut aussi condamné à mourir par Ireton; mais les officiers qui composaient la cour martiale, pleins d'admiration pour son courage, cnert lièrent à lui sauver la vie. Deux fois ils le condamnèrent par obéissance aux ordres du commandant en chef, qui déclarait sa courageuse défense de Clonmell un crime impardonnable contre l'État ; mais la troisième fois on persuada au lord député de leur laisser le libre exercice de leur volonté, et ils prononcèrent en faveur de leur brave et infortuné prisonnier. Ireton lui-même ne survécut pas longtemps à ses victimes (26 novembre). 11 fut emporté par la maladie pestilentielle qui avageait l'Irlande occideutale, et sa mort fut
une perle sensible pour la république, non-seulement a cause de ses talents comme officier et homme d'État, mais parce qu'elle ôfait le principal obstacle à l'ambition effrénée de Cromwell(l).
Pendant l'hiver suivant , les confédérés eurent le temps de faire des réflexions sur leur malheureuse condition. Charles , il c*t vrai , exilé pour la seconde fois, les engageait à persévérer (2) ( 1652,31 janvier)-, mais il était difficile de persuader à des hommes de hasarder leur fortune ei leur vie, sans la perspective d'y trouver le moindre avantage pour eux ou pour la cause du roi; et au mois de mars (7 mars), le colonel Filzpalric, chef célèbre du comté de Mealh, mit bas les armes, et obtint en retour la possession assurée de ses biens. Cet exemple alarma les confédérés , et Clanricard proposa en leur nom une capitulation générale. Elle fut refusée par la dure politique de Ludlow, qui prit le commandement à la mort d'Irelon. Il s'ensuivit une série de soumissions; et O'Dwyer, la ville de Gahvay, Tburlogh O'Ncil , et le comte de Wcstmcalh , acceptèrent les conditions dictées par l'ennemi: celaient la sorcté de leurs personnes et de leurs |)ropriélcs personnelles; la restitution d'une partie de leurs bienstonds, A tels titres que le parlement déterminerait . et la permission de demeurer dans les Étals de la république, ou d'entrer avec un certain nombre de soldats au service de quelque prince étranger ami de l'Angleterre. Les avantages assurés par ces articles ne s'étendaient point aux personnes qui avaient pris les armes la première année des hostilités, ou qui avaient fait partie de la première assemblée générale, ou qui avaient commis des meurtres, ou enfin qui avaient pris les ordres dans l'Église romaine. Il se I nui va cependant quelques royalistes qui, pour obéir aux instructions qu'ils avaient reçues de Charles, résolurent de continuer la
(1) Ludlow. i, 293, W 298, 299. 330, 307. 310, 316- 324. Heatb, 30Î, 305. Leure dlrelon , imprimée par Ki> ld, 1611. Cirie, u, 154. Le parlement ordonna que le corp» dlrelon aérait enterré aux frai» de l'ÊiaU On le transporta d'Irlande à Bristol, et de la a Londrea, ofi il fut et posé sur un lit de parade au palais de Somerset, et ennuiteenierré le 6 février dans la chapelle de Henri VU. Hcath,305.
(2) Cianticard,5l.
ClUPiï
guerre jusqu'à la dernière extrémité. Lord Muskerry rassembla 5,000 hommes sur les frontières des comtés de Cork et de Kerry : il fui obligé de reculer devant .«es adversaires; fon importante forteresse de Ross leur ouvrit ses portes (5 juillet), et lui-même , après avoir hésité quelque temps, se soumit. Dans le nord, Clanricard réduisit Baliyshannon et Donnerai; mais ce fut là le terme de srs progrès (18 mai): Cootc le poussa jusque dans l'Ile de Carrick i juillet ), où il fut contraint d'accepter les conditions ordinaires. Le dernier capitaine de marque qui brava les armes de la république fut le colonel Richard Grâce : il attaqua à I improviste le camp de l'ennemi; mais il fut ensuite chassé au delà du Shannon , avec perte de 800 des siens (20 juin) Le colonel Sancbey le poursuivit dans sa retraite favorite; son château de Inchlough se rendit , et Grâce capitula avec 1250 hommes (1) (Ier août). Il restait encore quelques partis errants dans les montagnes et au milieu des marais, sous la conduite de Mac Hugh , de Byrne, d'O'Brian et de Cavanagh ; mais il furent obligés de se soumettre dans le c urs de l'hiver. L'Ile dlnisbouffin ( 1658, janv. ) reçut une garnison, et une nouvelle armée qui se montra dans PUIsier, sous les ordres de lord Iniskilling, i blitit ce qu'on désirait principalement, aies conditions ordinaires de déportation» (18 mai). L'Irlande fut alors complètement subjuguée (2).
Pour prévenir toute interruption dans la suite de mou récit , je crois devoir décrire ici l'état de ce malheureux pays prndant qu'il reHa sous la domination de la république.
A la mort d Ireton, Lambert avait été nommé lord député; une intrigue de femmes le fit remplacer par Fleclwood, qui avait épousé la j veuve d Ireton (3;. On ne donna point à Flcct-
ft) Voyez, dans le* OEnvres de M. Sheffield P. race (Mémoire* de la famille de Grâce, p. 27), un article fort intéressant *ur ce brave e( honorable officier, qui , dan* la suite, déploya en diverse* occasions le dévoueiheni le plu* constant à la maison de* Smart».
(2.1 Ludtow. i , 341 , 3t4 , 347. 352 , 354 , 357, 359, 3«0. Ilcath . 310 , 312 , 324 , 3£i, 341. Journaux , 8 , 21 avril ; 18, 2.5 mai; 18 sont.
(3) Journaux, 30 janvier, 15 juin, 9 juillet. L'épouse de Lambert rt la veuve d'Ire ton sri-cnroiilrrrentdan* le parc. La première , à cause de l'emploi de son époux, lé lama la préséance, et la seconde se plaignit de relie iojore 4
RE XVL «5
wood de collègue dans le commandement de
l'armée; mais, pour l'administration civile, on lui adjoignit quatre commissaires, savoir : l.udlow, Corbelt, Joncs, et Weaver (1652, 24 août). Dans leurs instructions, on leur prescrivait et on leur donnait l'autorisation de faire observer, autant qu'il serait possible, les lois de l'Angleterre dans l'exercice du gouvernement et dans l'administration de la justice: «de tra» vaillcr à répandre l'Évangile ; à établir l'esprit de la vraie religion et de la vraie sainteté; * d'éloigner des charges toute personne suspecte ou malintentionnée; de ne pas permettre qu'aucun papiste ou délinquant occupât une place de confiance , exerçât comme avocat ou solliciteur, ou tint une école publique; d'imposer chaque mois des taxes qui ne pourraient excéder 40,000 livres sterling, pour le payement des troupes; de mettre en prison ou d'élargir tout particulier, de l'éloigner de son domicile et de le reléguer où ils voudraient, ou de lui permettre de retourner chez lui , selon qu'ils le jugeraient avantageux au service de la république (1).
I. Lu des premiers soins des commissaires fut de satisfaire aux cris de ceux qui demandaient vengeance. L'an 1644, la noblesse catholique avait adresse une pétition au roi pour obtenir une enquête sur les meurtres qu'on disait avoir été commis des deux cotés en Irlande, afin que justice fut faite des coupables, sans distinction de religion ni de pays. Il pa-
i Cromwell son père. Comme la commission de lord lieutenant pour Lambert était rur le point d'expirer, Cromwell refusa de la faire renouveler : or, il ne pouvait y avoir de, député là où il n'y avait point de lord lieutenant ; en conséquence la place, de dépuié fut Alée à Lambert. Mais mi*, triss L'rton, non contente d'avoir triomphé de sa rivale, épousa Fleelwood , obtint pour lui le commandement en chef qu'avait tambert. et retourna avec lui à ton premier poste eu Irlande. Cromwell cependant paya la satisfaction qu'il avait donnée à la vanité de sa tille. Afin de ne pas perdre l'amitié de Lambert, qui lui était nécessaire pour l'exécution de ses projets ultérieurs, il lui offrit une somme d'argent considérable pour l'indemniser des préparatifs qu'il avait fan* pour son voyage projeté d Irlande. Lmllow, i, 335, 3tJ0. Hutchinson, l'J.i. Cependant Lambt n découvrit dans la suite que Cromwell avait secrètement eripagé Vane et Hazlerifl a s'opposer a ce qu'il allât en Irlande; et, pour s'en venr.cr, il s'unit a eux pour déposer Richard Cromwell . et lui faire expier la faute de son père Tlinrloe, 7, C>(»0.
(I) .lournaitx . 24 août.
rot plus convenable aux vainqueurs de limiter l'enquête à l'un des partis , et ils établirent une haute cour de justice pour juger tous les catholiques accuses d'avoir versé le sang des protestants ailleurs que sur le champ de bataille , depuis le commencement de la rébellion, en 1641. Donnelan, Irlaudais, fut nommé président de cette cour. On lui donna pour assesseurs le commissaire général Reynolds, et Gook, qui avait agi comme solliciteur dans le procès de Charles 1er. I,a cour siégea en grande pompe à Kilkenny, et de là fit le tour de l'Ile par Wa~ terford, Cork , Dublin et autres lieux. Nous ne pouvons nous former une idée exacte de la justice de ces procédures; mais la soif de la ven* geance était trop ardente, les passions des hommes trop exaltées, et les formes de procéder trop rapides, pour permettre aux juges d'examiner avec sang-froid et réflexion les différentes causes qui leur étaient soumises. Les lords Muï»keiry et Clanmalicre , ainsi que Maccarthy Reagh , eurent le bonheur d'être acquittés, soit qu'Us le dussent à leur innocence ou à l'influence de leurs amis. La mère du colonel Fitzpatric fut brûlée; lord Mayo, les colonels Tool , Bagnal, et environ deux cents autres, furent décapités ou pendus. Cependant il est à remarquer que c'est dans la province où Ton disait que les principaux massacres avaient été commis, que l'on manqua le plus de preuves1. Parmi les habitants de l'Ulster , sir Phelim O'Neil est le seul dont on nous fasse connaître le jugement et l'exécution (I).
2. Cromwell n'avait pas été longtemps dans l lle sans reconnaître qu'il était impossible d'accomplir le dessein qu'on avait eu d'abord d'exterminer la population catholique. Alors il eut recours à un expédient ; ce fut d'engager les chefs à- s'expatrier eux-mêmes avec une partie de leurs compatriotes , et à passer au service des puissances étrangères. Ce plan fut suivi par ceux qui commandèrent après lui dans cette guerre, et l'exécution en fut consommée par un acte du parlement qui bannissait tous les officiers catholiques. Chaque capitaine, en faisant sa soumission , traitait pour un certain nombre d'hommes ; on lui donnait toutes les facilités possibles pour compléter sa levée, et
{\) Ltld|OW, u , 2, 5, 3-11. Hratb , 332, 3 3.
les bannis s'empressèrent d'aller exposer leur vie au service des souverains catholiques qui les engageaient. Un grand nombre passèrent au service de l'Espagne, d'autres de la France, d'autres de l'Autriche, et quelques-uns de la république de Venise. De cette manière, la population ennemie fut diminuée de 30, peutêtre de 40,000 hommes en état de porter les armes; mais l'embarras fut bientôt de savoir ce que l'on ferait de leurs femmes et de leurs familles, des femmes et des familles de ceux qu'avaient enlevés les ravages de la peste et les hasards de la guerre, et de la multitude de ceux qui , chassés de leurs demeures et de leurs emplois, étaient réduits à un état d'extrême détresse. A différentes époques, on les rassembla en masses, au nombre de plusieurs mille, on les mit sur des vaisseaux et on les transporta dans les Indes occidentales (1). Cependant, malgré toutes ces saignées d'un côté et l'arrivée continuelle des colons anglais et écossais de l'autre, H se trouva que la population catholique excédait la population protestante dans la proportion de huit à un. Crom-
(1) Suivant Pelly (p. 187), on déporta 6,000 femmes el eufants. Lynch (• Cambre oit* e versus, »5 la fin) dit qu'on k$ rendit comme esclaves. Bruodin , dans ton Propiignarulum (Pragae . anno 166!)}, fait monter le nombre dea exile» à 100,000 : • Ultra centum millia oronts sexus
• el sciali», e quibua aliquot millia in diversas America? ■ tabaccarias insulas retegata sunt ,• p. 6U2. Ou lit dans une lettre écrite en 1656, et qui e*i en ma possession:
• Calbolicos pauperea plenia navibus mitlunt in Barba- «doa et insulas America. Credo jam sexaginta millia «abivisse. Expulsi* euim ab ioitio in Hispaniam et Bel- «giam inariiia , jam uxores el proie* iu Américain desli-
• nantur • Après la conquête de la Jamaïque , en 1655, le Protecteur, pour la peupler, résolut d'envoyer dans celte Ile 1,000 enfanta irlandais de chaque «exe D'abord •n ne deinauda que des jeunes femmes; on répondit a celte demande : «Quoique nous soyons obligés d'employer la force pour les enlever, cependant comme c'est pour leur bien , en même temps que pour l'avantage du
| public, il n'y a pas le moindre doute que vous ne puissiez eu prendre aillant que vous croirez convenable. » Tburloe, iT, 23 Dana la lettre suivante, II. Cromwell dit : «Je prose qu'il serait tres-avaniageux pour vos affaires labas , et pour les uAlrrs ici , que vous jugeassiez à propos d'envoyer 1500 ou 2,000 enfants de douze a quatorze ans dans le lieu sus-mrnliouiié. nous pouvons aisément nous en passer; ils vous seront utiles, et peut-êire serait-ce un moyen d'en faire des Anglais, ou pour mieux dire
. des chrétiens • (p. 40). Tuurloe répond : * La commission
| du conseil a décidé qu'on prendrait à cet effet 1 ,000 jeunes
, filles et autant de jeunes garçons » P 75.