CHAPITRE XVI
w cil , lorsqu'il eul allcinl l'apogée de sa puis- j sance, eut recours à un nouveau moyen. Il invka à diverses reprises les fugitif» qui , sous le règne du dernier roi, s'étaient établis dans la Nouvelle-Angleterre , à abandonner leurs plantations, et à accepter des terres en Irlande. Sur leur refus, il fit la même offre aui Vaudois, protestants du Piémont, mais ce fut également sans succès. Ils préférèrent les vallées de leur patrie , quoique sous le gouvernement d'un prince catholique dont ils s'étaient attiré l'inimitié, aux campagnes verdoyantes d'Érin , et à tous les biens que pouvaient leur procurer les soins paternels et la foi religieuse du Protecteur (1).
3. Dans un acte qui avait pour titre t Acte pour la constitution de l'Irlande,» le parlement divisa les royalistes et les catholiques en différentes classes, et créa pour chaque classe divers degrés de pénalité. On punit de mort et I de la confiscation des biens tous les grands propriétaires de terres; on bannit ceux qui avaient accepté des brevets; on condamna à la confiscation des deux tiers de leurs biens tous ceux qui avaient porté les armes sous les confédérés et le lieutenant du roi , et à la confiscation d'un tiers toutes les personnes qui n'avaient point été au service du parlement, on qui n'avaient point montré un attachement constant pour la république d'Angleterre. Tel fut le sort des propriétaires. Quant i tous ceux dont les biens «réels et personnels» ne s'élevaient pas à la valeur de 10 livres sterling, on leur offrit généreusement amnistie pleine cl entière (2,\
Cependant on eut grand soin que le tiers des biens qu'on devait, par cet acte, restituer aux propriétaires, ne leur fût point rendu dans Icslieux où ils avaient eu leurs propriétés, mais «dans ceux que le parlement jugerait convenable de fixer pour le rétablissement efficacede la na t ion. » Quand le premier plan d'extermination eut manqué, on en adopta un autre, qui consistait à renfermer les propriétaires catholiques dans le Connaughl et dans le comté de Clare, au delà de la
(t) Dutchinson , Hist. de Masucbutef , (90. Thurloe , 3 , 459.
(2) Journaux , 1 2 août, 1652. Scobell , 197. Ludlow, i , 370. Daoi l'appendice, j'ai copié textuellement cet acte sur l'original , qui est en la possession de. Tboma«
Moyd, esq. Voyez la note A A a la fi.i du volun e.
rivière Shannon, etù partager le reste de l'Ile, Leinster, Munster et Ulster, entre des culons protestants.» Celte mesure préviendrait, disaiton, les différends qui s'élèveraient inévitablement entre les nouveaux colons et les anciens propriétaires; rendrait la rébellion moins facile et moins à craindre; détruirait l'influence héréditaire des chefs sur les familles de leurs tenanciers, et des propriétaires sur leurs fermiers. » Ce fut alors( 1653, 2C sept.) que le petit parlement, convoqué parCromwell et ses officiers, passa un second acte, qui assignait à toutes les personnes désignées par les qualifications du premier acte une quantité proportionnée de terre sur la rive droite du Shannon, réservant les comtés de Limerick , de Tipperary et de Waterford, dans le Munster; le comté du roi, de la reine, de West-Meath et d'East-Mcath, dans4e Leinster; et de Down , d'Antrim, et d'Armagh , dans l'Ulsler, pour être partagés, en portions égales, aux aventuriers anglais qui avaient fourni de l'argent au commencement de la guerre, et pour payer la soldearriérée de l'armée qui avait servi en Irlande depuis que Cromwell en avait pris le commandement. On destina aux besoins futurs du gouvernement les confiscations faites dans les comtés de Dublin, de Cork, de Kildare, etdeCarlow; on imposa à celles des autres comtés le payement du déficit, s'il y en avait un, dans les dix premières années; la liquidation de quelques dettes publiques, et les arriérés dus à l'armée d'Irlande antérieurement à la bataille de Ralhmines.
Pour faire exécuter cet acte, les commissaires ordonnèrent, par des proclamations successives, à toutes les personnes comprises dans les catégories, et en outre, a toutes celles qui avaient porté les armes contre le parlement, *de se retirer et de s'établir» dans le Connaught et lo comté de Clare, avant le Ier mai 1651 (1). On ne connaît pas exactement le nombre de ceux qui se décidèrent à obéir; mais il est évident qu'il s'éleva à un nombre considérable, puisque la quantité de terrain qui leur fut accordée en place du tiers de leurs biens comprenait plus
(1 ) Voyez tur cette affaire : « Le grand sujet de Transplantation en Irlande discute" , • 1654. Laurence, « L'in-i térét de l'Ancleierre dans la Transptantatioo d'Irlande, ■ 1651 ; et • La réponse a Laurence, t par Vincent Uou kin , auteur du premier traité.
HlSTOtUK D'ANGLETERRE.
de 800,000 acres d'Angleterre. Un grand nombre cependant refusèrent : retirés dans des marais et dans les lieux inaccessibles, ils formèrent des corps d'hommes armés, et subsistèrent, eux et leurs gens, des déprédations qu'ils exerçaient sur ceux qui occupaient leurs terres : on les appelait oHapperces et Tories» (1), et ils devinrent si redoutables aux nouveaux colons, que, dans certains districts, on offrait jusqu'à 200 livres pour la tête du chef de la bande, et 40 pour celle d'un simple tory (2).
Pour soutenir ce système de spoliation, et enchaîner les passions vindicatives des naturels, il devint nécessaire de proclamer la loi martiale, et d'ajouter à l'arbitraire et à la rigueur des ordonnances. On ne permit à aucun catholique de résider dans une ville de garnison ou de marché, de s'éloigner de plus d'un mille de son habitation sans être porteur d'un passe-port qui désignait sa personne, son âjject sa profession; toute réunion de quatre personnes, outre celles de la famille, était déclarée assemblée illégale et factieuse; ce fut un crime capital de porter des armes ou d en avoir chez soi; le premier venu pouvait tuer, sans l'ordre du magistrat, tout Irlandais transplanté qu'il rencontrait sur la rive gauche du Shannon. Il est peu de nations qui aient été réduites a un étal d'esclavage plus odieux et plus oppressif. Sous prétexte de la violation de ces luis, on lesoutrageait dans ce qu'ils avaient de plus cher, et on versait leur sang avec impunité. Leurs proprit tes, leur liberté, leur vie, étaient à la merci des petits tyrans qui les environnaient, des colons étrangers et des chefs des postes militaires, que la vengeance et l'intérêt poussaient à humilier et a exterminer la population indigène (3).
La religion des Irlandais devint une source nouvelle d'inquiétudes jalouses pour les fanatiques vainqueurs. Par l'un des articles conclus avec lord Westmeath, on avait stipulé que tous les habitants de l'Irlande jouiraient du bénéfice d'un acte qui venait d'être passé en Angleterre «pour adoucir, en faveur des personnes paisibles, la rigueur des actes précédents en matière
(1) «Tory.. Ce nom de parti célèbre dérive de tornighim, mot qui tonifie . poursuivre pour piller. • O'Conor, Bib. Stowen»», ti , 460.
(2) Diaryde Burloit. 2.210.
(3) Bruodin , 603. Ilibernia Doiuinicaua , 706.
de religion ;>et que les réfraclatrcs irlandais ne pourraient être contraints à assister malgré eux à aucune cérémonie contraire à leur conscience, lorsque Ion présenta le traité à ratifier, cette concession choqua et scandalisa la piété des ■ saints.» La première proposition fut rejetée sur-le-champ; et, si la seconde passa à une faible majorité, grâce aux efforts de Martcn et de Vane, ce fut avec cette restriction, que « l'article ne donnerait pas la moindre permission, protection ou lo'éranccà l'exercice du culte catholique, en quelque manière que ce fût» (1).
Pour se conformer à l'esprit de ces actes, les commissaires civils ordonnèrent, par une proclamation , à tous les prêtres catholiques de quitter l'Irlande dans un délai de vingt jours (I6ô3. 6 janv.), sous peine d'être traités comme coupables de haute trahison, et défendirent à toute personne de donner asile à aucun membre du clergé, sous peine de mort. D'autres mesures furent ajoutées successivement dans le même but. Quiconque connaissait le lieu de la retraite d'un prélrc et ne la révélait pas aux autorités, devait être fouetté publiquement et avoir les oreilles coupées. On imposait une amende de 30 pences à ceux qui manquaient le dimanche au service de l'église de la paroisse; on autorisait les magistrats à enlever les enfouis des catholiques, pour les faire élever en Angleterre; à proposer le serment d'abjuration à tous les individus âgés de vingt et un ans; en cas de refus, à les assujettir à un emprisonnement dont la durée était arbitraire, ainsi qu'à la confiscation des deux tiers de leurs propriétés réelles et personnelles (2).
Durant celte période, le clergé catholique fut exposé à la persécution la plus cruelle qu'il eût jamais soufferte dans l'Ile. Dans les temps antérieurs, les gouverneurs n'usaient point exécuter dans toute leur rigueur les lois contre les prêtres catholiques; et les fugitifs trouva lent facilement sûreté et protection dans les domainesdes grands propriétaires fonciers. Maisalors le peuple irlandais était abattu aux pieds des vainqueurs; la force militaire était distribuée par détachements dans tout le pays; l'antipathie
(1) Journaux, 1652, 1 juin.
(2) Ilibernia Dominicaua , 707. Bruodin , 696. Porter, • Comprtidium Annalium ecclesianticoruin. » Rom*,
religieuse et l'espoir îles récompenses stimulaient leur vigilance; et ils avaient uu moyen Facile de découvrirccux qu'ils cherchaient, dans h défense de voyager sans une permission du magistrat. On découvrit et on pendit plusieurs des prêtres qui continuaient à rester dans le pays. Ceux qui échappaient aux recherches se cachaient dans les cavernes des montagnes, ou dans les cabanes solitaires élevées au milieu des marais, d'où ils sortaient la nuit pour aller porter les consolations de la religion sous les huttes de leurs compatriotes souffrants et opprimés (1).
4. Le pouvoir delà république fut établi aussi solidement en Ecosse qu'en Irlande. Lorsque Cromwell marcha à la poursuite du roi vers Worccsler, il laissa Monk avec 8,000 hommes pour achever la conquête du royaume. Monk investit Slirling, et les montagnards qui composaient la garnison , alarmés par l'explosion des bombes que lançaient les batteries, forcèrent le gouverneur de capituler (1651, 14 août). Cette place vierge, qui n'avait jamais été souillée par la présence d'un vainqueur (2), se soumit aux «sectaires» anglais ; et ce qu'il y eut encore de plus mortifiant pour l'orgueil de la nation, les vêlements royaux, une partie des insignes de la royauté, et les archives de la na« lion , furent arrachés sans respect de leur sanctuaire , et envoyés à Londres comme des trophées de la victoire. De la le général anglais marcha sur Dundee, dont le gouverneur, Lumsden, lui envoya un orgueilleux défi. Tandis qu'il se préparait à donner l'assaut, il apprit que les lords écossais, à qui Charles avait confié le gouvernement en son absence, étaient assemblés en conseil à Kllct , dans le comté d'Angus. Il détacha 1,000 cavaliers sous la conduite des colonels Alurcd et Morgan : secondés, à ce qu'on croit, par la trahison, ils entrèrent dans Ellet à quatre heures du malin (28 août}. On
Ct} Lettres manuscrites en ma possession. Bruodin , 6%. On publia aussi une proclamation qui ordonnait a toutes les religieuses de se marier ou de quitter l'Irlande. On les transporta successivement en Belgique , en France et en Espagne, où elles reçurent l'hospitalité daim les couvents de leurs ordres respectifs.
(2) Le roi Jacques avait fait graver sur les murs celle orgueilleuse inscription : « Hase nobis invicla tulernnt ticptum sex proavi , . 1817. Ecbard , 697.