‹ Histoire d' AngleterreChapitre 228 sur 307 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

nirent des hommes et de* provisions. Enfla les victoires de Cromwell sur terre l'avertirent qu'il était temps de quitter son asile; et, en perdant 3 vaisseaux, il parvint à se frayer un passage au travers de l'escadre qui le bloquait, aborda aux ©otes d'Espagne (oct.), et pendant les mois d'hiver, chercha un abri dans les eaux du Tage. Au printemps (1660, mars), Blake parut avec 18 vaisseaux de guerre à l'embouchure de cette rivière : il demanda la permission d'attaquer le pirate qui était à l'ancre, mais il reçut du roi de Portugal un refus péremploirc; et, comme il cherchait à forcer le passage en remontant la rivière , il fut repoussé par le feu des batteries. Conformément à ses instructions, il se vengea lui-même sur le commerce portugais et Jean , par voie de représailles, arrêta les commerçants anglais, et s'empara de leurs biens. Cependant, alarmé des perles de ses sujets, il obligea Rupert à sortir du Tage (1), et dépêcha (oct.) un envoyé, nommé Guimaraes, pour solliciter un accommodement. Tous les papiers (17 décembre) qui s'échangeaient entre ce ministre et les commissaires étaient mis sous les yeux du parlement (1651, 4 avril), qui les approuvait, les rejetait, ou les modifiait. Guimaraes adhéra aux préliminaires (22 avril) que demandait le conseil : savoir, que les négociants anglais arrêtés en Portugal seraient mis en liberté; qu'ils recevraient une indemnité pour les pertes qu'ils avaient éprouvées, et que le roi de Portugal payerait une somme d'argent pour les dépenses de la flotte anglaise ; mais il prolongea la négociation (16 mai) par des disputes de dates et autres minuties, et on lui signifia avec hauteur l'ordre de quitter le territoire de la république.

(1) Thurtoe.i, 131,143, 155. Haalb , 254 , 356, 37*. Wbitelork, 406 , 429,449 , 4*3 . 475. Clarendon , ut , 338. Rupert fit roile pour la Méditerranée , et y subsista par la piraterie, capturant non-seulement lea vaiswaux anglais , mais ceux das Espagnols et dea Génois. Il considérait comme ennemis ceux qui ne le favorisaient pas. Coassé de la Méditerranée par lea Anglais, il se rendit dans lea lndea occidentales , où il fit souffrir de plus grandes pertes au commerce espagnol qu'au commerce anglais, l.e prince Maurice, son frère, y périt dans une tempête. Rupert, ne pouvant s'opposer a ses ennemis avec quelque chance de succès , revint en Europe , et jeta l'ancre dans le port de Nantes , en mars 1652. Il vendit ses deux vaisseaux de gnerre au cardinal Mazarin. Ileath , 337 Wnitdock , 552. Clarendon , m , 513 , 520.

Quelque humiliant que fût ce résultat pour Jean, il ne pouvait s'y opposer (1662, 7 juillet); le comte de Caméra fut envoyé en Angleterre avec le titre d'ambassadeur extraordinaire : il souscrivit à tout ce qu'on demanda ; mais la conclusion du traité fut interrompue par l'usurpation de Cromwell (1663, 5 janvier), et il se passa encore nne année avant qu'il fût signé (1664, 10 juillet). Par ce traité, on accordait des privilèges considérables aux marchands anglais; on désignait quatre commissaires, dont deux anglais et deux portugais, pour fixer toutes les réclamations contre le gouvernement portugais. On convint qu'un commissaire anglais (14 juillet) recevrait la moitié de tous les droits que les commerçants de sa nation payeraient dans tous les ports du Portugal, pour former les fonds nécessaires à la liquidation de la dette (1).

La cour d'Espagne s'était toujours comportée avec froideur et avec réserve vis-à-vis de Charles 1er (et cela ne nous surprendra pas, si nous nous rappelons ses procédés à l'égard de l'infante). L'ambassadeur Cardenas continua de résider à Londres même après l'exécution du roi; et ce fut le premier ministre étranger que le parlement honora d'une audience publique. Son principal objet fut de resserrer les liens de l'amitié entre la république et son pays. Il la voyait avec plaisir en état d'hostilité contre le Portugal et les Provinces Unies, anciens ennemis de l'Espagne. Il obtint de son souverain qu'il consentirait à recevoir à la cour de Madrid un ministre accrédité par le parlement. (1650, 31 janv.). l-a personne qu'on choisit pour remplir cette charge fut Ascbara, homme qui, par ses écrits , s'était rendu particulièrement odieux aux royalistes. Il débarqua près de Cadix (3 avril), s'avança jusqu'à Madrid sous la protection d'une escorte, et demeura (26 mai) dans une auberge jusqu à ce qu'on lui eût préparé une résidence convenable. Le lendemain (27 mai), tandis qu'il était à diner avec Riba, moine renégat, son interprète, six Anglais entrèrent dans la maison : quatre restèrent en bas pour veiller, deux se précipitèrem dans l'appartement en s écriant :o Soyez bien

(1) Journaux, 16504H7 déc. ; 1651 : 1 1 , 22 , 24 avril ; 7, 13 , 16 mal ; 1652 : 30 sept. , 15 déc. : 1653 : 5 janvier. Wtaitelock, 481 Dumont, vi , p. 11, 82.

venus, mes braves! soyez bien venus!» et en qoe cette faveur fût accordée couvent à Bosune minute l'ambassadeur et son interprète , well, envoyé de Charles (I). Mais au mois de tombèrent sur le plancher, baignés dans leur ■ novembre, ce prince mourut de la petite vérole, sang. L'un des assassins, qui était domestique : dans sa vingt-quatrième année (16ô0, 6 nov.%

de Coitington et de Hyde, envoyés de Charles, s'enfuit clans l'hôtel de l'ambassadeur de Venise, et s'esquiva; les cinq autres se réfugièrent dans une chapelle voisine, d'où ils furent conduits dans la prison commune par Tordre du roi. Le résultat de leur procès fut pour tous une condamnation à mort. On reconnaissait que ce crime ne pouvait se justifier; cependant le public était pour les coupables. Le peuple, le clergé, les ambassadeurs étrangers, cherchèrent tous à les dérober au châtiment; et quoique le droit d'asile ne protégeât point les assassins, on persuada au roi, mais avec peine, de les renvoyer dans leur premier refuge. Ils étaient en sûreté tant qu'ils demeuraient dans son enceinte; mais du moment qu'ils quittaient le sanctuaire, leurs vies tombaient sous la puissance de la loi. Le peuple leur fournit des provisions et les moyens de s'échapper. Ils sortirent de Madrid; la police les poursuivit : Sparkes, natif du llampshire, fut pris a 3 milles de la ville, et le parlement, ne pouvant obtenir davantage, parut satisfait du sang d'une seule victime (1).

Ces négociât ions se terminèrent paisiblement ; mais celles qui eurent lieu avec les Provinces Unies, quoique commencées avec des sentiments d'amitié, se terminèrent par des hostilités. On pouvait s'attendre a ce que les Hollandais, pleins du souvenir des glorieux efforts de leurs pères pour leur liberté, verraient avec transport le triomphe des républicains d'Angleterre. Mais Guillaume H, prince d'Orange, avait épousé une fille de Charles 1er; le peuple et Parmée étaient entrés dans ses projets et dans ses intérêts; et ses partisans avaient la majorité dans les États Généraux et dans tous les états provinciaux, excepté dans ceux de la Hollande et de la Frise occidentale. Tant qu'il vécut, on ne put obtenir ni la punition du meurtre de Dorislaus, ni d'audience pour Strickland, Pambassadcur résident , quoi-

(1J Comparez ( Ureudon, iilf>369, arec le* pièce* da.it Thurloe, i, 148-153, 202 ,el le* Mélan0ei Har- Jeieut, nr, 280.

et quelques jours après (14 novembre), sa veuve accoucha d'un fils, Guillaume III, le même qui, dans la suite, monta sur le trône d'Angleterre. L'enfance de son successeur donna de l'audace au parti démocratique, qui abolit la charge de stalhouder, et reprit l'ascendant dans le gouvernement. Sur la nouvelle de cette révolution, le conseil décida que Saint-John, le chef de la justice ordinaire, et SlriUand , le premier résident, seraient envoyés comme ambassadeurs extraordinaires aux États Généraux. Saint-John, ayant sous les yeux le sort d'Ascham , chercha à éviter cette dangereuse mission : il allégua le mauvais état de sa santé, l'insalubrité du climat; mais le parlement se moqua de sa timidité, et sa pétition fut rejetée (1651, 28 janv.) par une majorité considérable (2).

Parmi les nombreux projets que l'enivrement du succès inspirait aux chefs de la république anglaise, était celui de former, en incorporant les Provinces Unies à la république d'Angleterre, une grande et puissante république, capable de frapper de terreur toutes 1rs tètes couronnées de l'Europe. Mais on prévit tant de difficultés, on éleva tant d objections, que les ambassadeurs reçurent l'instruction de se restreindre à la proposition plus modérée • d'une union et d'une alliance intimes cl étroites,» qui pussent donner à chacune «un intérêt mutuel et essentiel» à la prospérité de l'autre. Ils firent leur entrée publique (10 mars>à La Haye, avec l'appareil et la suite qui convenaient aux représentants d'une nation puissante. Mais cet éclat extérieur n'arrêta point l'expression des sentiments du peuple, qui les manifesta par des sifflets et par des murmures, et n'intimida point les royalistes, qui cherchaient toutes les occasions d'insulter « les choses qu'on appelait ambassadeurs» (3). Les États n'avaient point

(I; Thurloe, i, 112,113,114. 124.

(2) Journaux , 1651 : 21 , 23 , 28 janvier.

(3; L'est ainsi qu'on les appelle continuellement dans h comspo.idance des royalistes. Carie, Lettres, 1.417, 469; ii.ll. Le» domestiques de Strickland furent attaqués a sa porte par six cavalier* armes; on fit une tentative pour entrer de force dans la chambre de Saint-John ;

Page 1