‹ Histoire d' AngleterreChapitre 229 sur 307 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

oublié l'offensant délai qu'avait mis le parlement à répondre a leur ambassade d'intercession pour la vie de Charles 1er; et ils ne pouvaient lui pardonner le ton de supériorité qu'il prenait alors, en prescrivant un certain temps dans l'espace duquel la négociation devait être terminée. Cet orgueil rencontra un orgueil égal : on força les ambassadeurs à solliciter une prolongation de leurs pouvoirs; et le traité marcha avec plus de rapidité (17 avril). Les Anglais proposaient une confédération pour conserver ies libertés de chaque nation contre les ennemis de Tune ou de l'autre, qui les attaqueraient sur terre et sur mer (10 mai), et le renouvellement du traité entier de 1495, avec toutes les modi- Iricalions qui [pouvaient convenir aux temps et aux circonstances présentes. Les États ayant demandé en vain l'explication de la confédération qu'on proposait, présentèrent un contreprojet (14 juin). Tandis que les différents articles étaient en discussion, le temps fixé par le parlement expira , et les ambassadeurs partirent (20 juin). Ce fut ensuite un sujet de controverse de savoir à qui Ton devait attribuer la rupture de la négociation. Les Hollandais blâmaient le ton brusque et orgueilleux de Saint-John et de son collègue; les ambassadeurs accusaient les États d'avoir créé à dessein des retards , afin de ne point s'engager par un traité avec la république, avant d'avoir vu l'issue du différend entre le roi d'Écosse et Olivier Cromwell (1).

Peu de temps après , la querelle fut décidée par la bataille de YVorccster, et les États s'abaissèrent à leur tour au rôle de solliciteurs. Leurs ambassadeurs arrivèrent en Angleierre, avec l'intention de reprendre la négociation au point

Edouard, fil* de la reine de Bohême, appe'a publiquement les ambassadeurs •coquins et clii us;» et le jeune duc d'York , ayant rencontré par hasard Sairil-Jubii . qui refusa de se ranger pour le laisser passer, arracha le chapeau de l'ambassadeur de dessus sa têie, et le lui jeu au visage en disant : « Apprends, parricide , à respecter le frère de ton roi. — Je ne daigne reconnaître aucun dévoua, race de vagabonds ,» répondit celui-ci. Le duc lira son épée ; mai l'empêcha d'aller plus loin. (Nouvelle lemeni, tu, 36t.)

(I) Tburloe, i, 179, 183, 188-195. Healb, 285-287. Carte , Lettres , i , 464. Journal de Leiceaier, 107. Histoire du parlement, ix, 400.

où elle avait été interrompue par le départ de Saint-John et de son collègue ; mais les circonstances étaient changées alors : le succès avait accru les prétentions du parlement, et le lion britannique, a» lieu de fuir devant le lion belgique, essayait ses forces contre lui. Sur les représentations de quelques marchands qui croyaient avoir été offensés par la marine hollandaise, on avait donné des lettres de marque à un grand nombre d'individus, et plus de 80 prises avaient été amenées dans les ports d'Angleterre (1). En outre, on passa, et on mit à exécution l'acte de navigation , dans lequel on spécifiait qu'aucunes marchandises (9 octobre), productions de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, ne pourraient être importées dans ce pays que sur des vaisseaux qui appartiendraient à l'Angleterre ou à ses colonies; et qu'aucun produit, ou matière travaillée, de quelque partie de l'Europe que ce fût , n'y pourrait être importée, sinon dans des vaisseaux appartenant à l'Angleterre, ou au pays dans lequel ces marchandises seraient le produit du sol ou des manufactures^). Jusque-la, les Hollandais avaient été les courtiers de l'Europe : cet acte, né du ressentiment de Saint-John, détruisit une branche importante et lucrative de leur prospérité commerciale. Les ambassadeurs demandèrent aussitôt, mais en vain, que si on ne le rejetait pas, on le suspendit au moins pendant la négociation.

Les marchands hollandais sollicitèrent la permission de s'indemniser par des représailles; les États ordonnèrent d'équiper une flotte nombreuse; et ils annoncèrent à toutes les puissances voisines que leur but n'était point de

(1) Il parait probable que les lettres de marque ne fur ent point accordées contre les Hollandais , mais con • tre les Français , comme on le faisait depuis quelque temps ; et que les vaisseaux liollaudais furent retenue sous le prétexte qu'ils avaient des marchandées française» a bord, • suhaut les prétextes de représailles contre les François et autres» (Dumonl , yi, ij, 32).

(2) On fil une exception en faveur des marchandises du Levant, des Indes orientales , et des pons d'Espagne et de Portugal . qui pouvaiNit être importées des place» ordinaires de commerce , quoiqu'elles ne fussent point le produit du sol du lieu. La peine était la confiscaiioo do vaisseau et de la cargaison , une moitié au profil de la répub ique, l'autre au profit du capteur (New pari. HiaL, Ut-, 1374).

HISTOIRE D 'ANGLKTERRR.

faire la guerre, mais de donner protection à leur commerce. Celte communication fut reçue comme une menace par le conseil d'État : on donna Tordre aux vaisseaux de guerre anglais défaire rendre, dans les mers des continents, au pavillon de la république les mêmes honneurs qu'on rendait autrefois à celui du roi. On rappela aux ambassadeurs les réclamations d'indemnité pour les pertes que les Anglais avaient épiouvces dans les Indes orientales, et du dixième des harengs que les pécheurs hollandais leur devaient pour la permission d'exercer leur commerce dans les mers d'Angleterre.

Tandis que les conférences étaient pendantes, le cominodore Young rencontra dans la Manche une flotte de marchands hollandais sous escorte; et après un combat opiniâtre, il força les soldats à saluer le pavillon anglais (14 mai). Peu de jours après, on vit paraître le célèbre Van Tromp dans les Dunes avec 24 voiles ( 18 mai). Il dit au commandant anglais Bourne, pour justifier son arrivée, qu'il n'avait aucun projet hostile, mais qu'il allait chercher quelques ancres et quelques câbles qui avaient été perdus sur la cote opposée ( 19 mai ). Le lendemain il rencontra Blake hors du port de Douvres: un combat s'ensuivit entre les chefs rivaux; et sur le soir, lorsque les flottes se séparèrent , les Anglais enlevèrent 2 vaisseaux de 30 canons. Ils en emmenèrent un et abandonnèrent l'autre à cause du mauvais état où il avait été mis.

Ce fut une question assez importante de savoir qui avait été l'agresseur. Blake assura que Van Tromp était venu sans motif insulter la flotte anglaise dans ses propres parages, et qu'il avait provoqué le combat en faisant feu de la première bordée. Le commandant hollandais répondit qu'il croisait pour la protection du commerce; que le vent l'avait poussé sur les côtes d'Angleterre, qu'il n'avait point eu l'intention de combattre jusqu'à ce qu'il eut reçu le feu du vaisseau de Blake, et que, pendant l'action, il s'était soigneusement tenu sur la défensive, quoiqu'il eût pu, en raison de ses forces supérieures , écraser les assaillants (1 ).

(I) Le grand argument du parlement, dan» ta déclaration , eut celui-ci : «Tromp quitta «a rouie pour rencontrer la flotte anglaise , et fit feu tur Blake nans pro- | vacation. Les États ne Tout pas puni, mais lui ont \

Le lecteur pensera probablement que ceux qui se soumettaient à solliciter la continuation de la paix ne furent point les premiers i chercher les hostilités. Aussitôt après ce combat naval, le conseil ordonna à tous les amiraux anglais de poursuivre, attaquer et détruire tous les vaisseaux que possédaient les Provinces Unies : dans le courant d'un mois, on captura, on fît échouer ou on brûla plus de 70 vaisseaux marchands , et l'on fit beaucoup de prisonniers de guerre. Les Hollandais, au contraire, s'abstinrent de représailles (24 et 27 mai, 3 juin); leurs ambassadeurs assurèrent par trois fois le conseil que le combat avait eu lieu sans qu'Us le sussent , et au plus profond regret des Étals; et, dans toutes les occasions, ils demandèrent avec instance qu'on n'adoptât pas des mesures violentes et précipitées qui pouvaient conduire â des conséquences si préjudiciables aux deux nations. On leur répondit que , comme il était prouvé que les États avaient l'intention d'usurper les droits de l'Angleterre sur mer, et de détruire ses vaisseaux, le rempart de ses droits, il était du devoir du parlement de demander réparation pour le passé et sécurité pour l'avenir.

Aussitôt après arriva Pauw, le grand pensionnaire (I I juin). 11 répéta, avec les protestations les plus solennelles, et d'après ce qui était à sa connaissance, ce qu'avaient affirmé les ambassadeurs, proposa d'établir une cour d'enquête (17 juin), composée d'un nombre é^al de commissaires de chaque nation , et d'infliger un châtiment cicmplatrcài officier qu'on reconnaîtrait avoir provoqué le combat, et demanda de cesser les hostilités cl de reprendre la négociation. Gomme il ne recevait d'autre réponse que celle qu'on avait déjà faite à ses collègues, il demanda ce qu'on voulait dire par ces mots «de réparation et de sécurité.» On lu

conservé le commandement; ainsi il a agi par leurs ordres, et ce sont eux qui ont commencé la guerre. . L'autre partie repoussait ces trois amenions. Tromp donnait les raisons qui l'avaient conduit dan* les parafes de la flotte anglaise; et les État» affirmaient , d'après les renseignements qu'ils avaient pris , que Tromp avait donné l'ordre déplier les voiles , et n'occupait de faiie prépareras chaloupe pour complimenter l'amiral aoftlaii, au moment où il reçut une bordée de I mpatience de Blake. Diimont ir, p. Ij, 38. Ltclere, i , 315, 317. Basnage, i, 254.

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