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CHAPITRE XVI

répondit, par ordre du parlement (25 juin), que le gouvernement anglais attendait satisfaction entière de toutes les pertes auxquelles les États l'avaient exposé par leurs préparatifs et leurs attentats, et espérait trouver la sécurité pour l'avenir dans une alliance qui lierait indissolublement les intérêts des deux nations. Il est évident que ces conditions étaient telles que 1'orçuei! des États devait se refuser à y consentir : Pauw demanda audience pour prendre congé du parlement , cl tout espoir de réconciliation s'évanouil (1 )(30 juin).

Si les Hollandais avaient jusque-là sollicité la paix, ce n'était pas qu'ils craignissent les résultats de la guerre. La mer était leur élément naturel, cl leur supériorité maritime avait élé depuis longtemps ouvertement ou tacitement reconnue par toutes les puissances de l'Europe. Mais ils jugèrent sagement qu'aucune victoire ne pourrait réparer les pertes qu'ils seraient obligés de supporter par l'extinction de leur pèche et la suspension de leur commerce (2).

D'une autre part, ce fut on bonheur pour la république que les déprédations du prince Rupert eussent tourné I atienlion des principaux chefs vers les affaires maritimes. La flotte avait été quatre ans en expédition. Les officiers et les soldats étaient animés du même esprit de liberté et d'enthousiasme religieux que celui qui distinguait les armées de terre. Ayscue, après avoir soumis les Barbades, était revenu depuis peu avec une forte escadre. On donna l'ordre d'y ajouter 60 vaisseaux; chose qui était alors d'une exécution facile, tout vaisseau marchand capable de porter des canons pouvant, avec quelques changements, devenir un vaisseau de guerre (3). Ayscue resta en Angleterre avec la

(1) Comparez la déclaration du parlement du 9 juillet, arec celle des Etat» Généraux du 2 août et du 28 juillet. Voyez aunti Wbitelock . 537 Heaih , 315 , 322. Le* Jour* oaux, 5, 1 1, 25, 30 juin, et U Clerc, t, 3l8. 321.

(2) La pécbe employait, de différente* manières, 100.000 personne*. U Clerc, i, 321.

(3) D'après une liste de vaisseaux marchand*, cor- Tettes , et vaisseaux de (pierre , il parait qu'un vaisseau de 900 tonneaux devenait un vaisseau de Guerre de 00 canons ; un de 700 tonneaux , un de (pierre de 46 ; de 400,de34;de 200,de20;de 100.de 10; de 00, de 8, et qu'il fallait environ cinq ou six hommes pour chique canon. Journaux, 165, 29 mai.

plus petite partie de sa flotte pour écumer la Manche. Blake vogua vers le nord, captura l'escadre qui était destinée à défendre les vaisseaux de pèche hollandais , arracha des barques le droit de dix pour cent, et les renvoya dans leur pays avec défense de pêcher de nouveau , sans l'autorisation du gouvernement anglais. A la même époque , Van Tromp fit voile du Tcxel avec 70 vaisseaux de guerre. On s'attendait en Hollande à le voir balayer la flotte anglaise de la surface de l'Océan. Sa première tentative fut de surprendre Ayscue, qui fut sauvé par un calme, suivi d'un changement de vent. Il se porta ensuite vers le nord pour attaquer Blake; mais sa flotte fut dispersée par une tempête : 5 de ses frégates tombèrent entre les mains des Anglais, et la populace le reçut, à son retour, avec des murmures et des reproches.

Indigné d'un traitement qu'il n'avait point mérité, il justifia sa conduite devant les États, et abandonna son commandement (1).

De Ruytcr, dont le nom est presque aussi célèbre sur l'Océan, fut désigné pour lui succéder. Cet officier fit voile vers l'entrée de la Manche, prit sous sa conduite ( 16 août) une flotte de vaisseaux marchands , et à son retour rencontra Ayscue avec une flotte â peu près égale. L'amiral anglais se précipita au milieu de l'ennemi, suivi de 9 vaisseaux; le reste de la flotte ne prit aucune part à l'action, et le convoi s'échappa. Le blâme devait tomber, non sur Ayscue, mais sur ses officiers inférieurs. Toutefois, le conseil saisit cette occasion de le mettre de côté, non qu'il doutât de son courage ou de ses talents; mais il le soupçonnait d'un penchant secret pour la cause royale. En consolation de sa disgrâce, il reçut un présent de 300 livres ave#\m don de terres du même produit annuel en Irlande (2).

( 28 septembre ) De Witte rejoignit alors de Ruyter, et prit le commandement. Blake accepta le hasard d'une bataille, et la nuit seule sépara les combattants. Le lendemain matin les Hollandais s'enfuirent, et furent poursuivis jusqu'à Plie Gorée (3). Leurs vaisseaux en

(1) Whitelock, 538, 539,540,541. Heaih , 322. Le Clerc, i,32l.

(2) lleatb, 323. Le Clerc, t, 322.

(3) lie de la Hollande méridionale.

général liraient moins d'eau, et étaient de plus petite dimension que ceux de leurs adversaires, qui n osèrent pas les suivre au milieu des nombreux bancs de sable dont cette cùie est couverte (1).

Blake, supposant que les opérations navales seraient suspendues pendant l'hiver, avait détaché quelques escadres vers différents porls, et croisait dans les Downcs (Dunes) avec 37 voiles, lorsqu il aperçut avec élonnement une flotte ennemie du double de ce nombre, et sous les ordres de Van Tromp , dont l'orgueil blessé avait été apaisé par une nouvelle commission. Un faux point d'honneur excita l'amiral anglais à engager un combat inégal (30 nov.)- La bataille commença à onze heures du matin, et dura jusqu'à la nuit. Les Anglais, quoiqu'ils eussent brûlé 1 grand vaisseau, et qu'ils en eussent désemparé 2 autres, perdirent 5 vaisseaux, tant prisque coulés à fond; et Blake, à la faveur de l'obscurité, remonta la rivière jusqu'à Leigh. Van Tromp chercha sou ennemi à Ilarwich et à Yarmouth : a son retour, il insulta la côte en passant, et continua à croiser dans tous les sens , depuis le cap Nord jusqu'à l'Ile de Wight (2).

Le parlement fît tout ce qu'il put pour effacer cette disgrâce : les vaisseaux furent réparés à la hâte; deux régiments d'infanterie s'embarquèrent pour servir comme marins ; on offrit des récompenses aux volontaires; on mit des impôts pour la solde des marins, et l'on prit soin de leurs familles pendant leur absence pour le s rvice de l'État; on établit de nouvelles bases pour le partage du butin dont on s'emparerait , et l'on adjoignit à Blake deux officiers dont les talents avaient déjà été mis à l'épreuve, Deanc et Monk , qui*ommandérent laflolteavec lui. De l'autre côté, les Hollandais étaient enivrés de leur succès, et l'annoncèrent au monde par des publications en prose et en vers, et Van Tromp attacha un «genêt» au haut de son mât, comme emblème de son triomphe. 11 était allé à l'Ile de Khé, pour prendre sous sa protection les vaisseaux marchands qui devaient retourner en Hollande, avec ordre

(1) Ueath,326. Ludlow, i,367. Wh.iclock, 515. Le Clerc, i, 324.

(2) Heain, 329. Ludlow, u, 3. Neuville, m 268.

d'établir sa station à l'embouchure de la Tamise, pour empêcher les Anglais de sortir. Mais Blake s'était déj.ï placé avec 70 voiles eu travers du canal de la Manche , vis-à-vis de 1 île de Portland.potir s'opposer au retour de l'ennemi. Le 18 février, la flotte hollandaise, égale en nombre, ayant 300 vaisseaux marchands sous escorte , parut près du cap de la Hoguc , longeant les côtes de France. L'action se soutint avec l'opiniâtreté la plus désespérée. Les Hollandais perdinnt G vaisseaux, tant pris que coulés à fond, l es Anglais n'en perdirent qu'un; mais ils en eurent plusieurs désemparés, et Blake lui même fut dangereusement blessé.

Le lendemain malin, l'ennemi parut en face de Weymouih, rangé en forme d'un croissant qui couvrait les vaisseaux marchands ( 19 févr.). On chercha souvent à rompre la li;;ne, et le danger parut si imminent à l'amiral hollandais, qu'il ht donner l'ordre au convoi de songer luimême à sa sûreté. La bataille se prolongea à divers intervalles durant la nuit; le matin elle se renouvela avec plus de vigueur auprès de Boulogne (20 février}, jusqu'à ce que Van Tromp , profilant du fond de la côte , continua sa route jusque dans son pays, sans être inquiété par la poursuite de l'ennemi. La victoire resta décidément aux Anglais : la perte d'hommes fut à peu près égale de chaque côté; mais les Hollandais reconnurent eux-mêmes qu'on leur avait pris ou coulé à fond 9 vaisseaux de guerre et 2i vaisseaux marchands (1 ).

Ce fut la dernière bataille navale donnée sous les auspices du parlement, qui, quoiqu'il gouvernât avec une énergie qui surprenait presque toutes les nations de l'Europe, dut cependant fléchir devant le génie supérieur ou l'ascendant de Cromwrll. On ne sait au juste quand cet aventurier forma le premier dessein de s'emparer de l'autorité suprême. Ce ne fut qu'après la bataille de Worccstcr qu'il commença à le laisser paraître par degrés et avec précaution. Il se voyait couronné des lauriers de la victoire; il avait le commandement d'une armée nombreuse et dévouée; il habitait avec sa famiile dans un palais où résidaient jadis les monarques anglais; ses adversaires avaient dé-

(I) lieaih, 315. WbitelocL, 551. Journal de Letcnler, 138. Lt Orc, i, 328. Basiiatff, s 298, 301.

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