‹ Histoire d' AngleterreChapitre 23 sur 307 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

fxmdamnation du comte d'Arondel. — Persécution des catholique* , — des puritains. — Faveur du comte d'Kssex. — Expédition malheureuse cootre l'Espagne

- Événements de France. — Avéneraeol de Henri IV.

— l/Anp.Icterrc lui envoie des secours. — Exécution de Loper. — Prise de Cadix. — Projet en faveur d'un successeur espagnol. — Autre expédition contre l'Espagne. — La flou e espagnole dans la Manche. — Paix entre la France et l'Espagne. — Dissension dans le cabinet. — Exécution de Squires. — Mort de Burghley. - Conduite du roi d Écosse.

I.a défaite de la Moite avait enthousiasmé tonte la nation : le peuple exprima ses sentiments par des feux de joie, des festins, et de publiques actions de grâces. Soit que la reine cherchât â satisfaire les animosités religieuses de ses sujets, ou à témoigner sa gratitude au Très-Haut, en punissant ceux qu'on supj>osait ennemis de son culte, elle célébra sa victoire en immolant des victimes humaines. On nomma une commission : on choisit parmi les catholiques détenus pour cause de religion, et six ecclésiastiques furent poursuivis à raison de leur caractère sacerdotal; quatre laïques, comme réconciliés avec l'Église catholique, et quatre autres, parmi lesquels se trouvait une dame noble, du nom de Ward, pour avoir secouru ou logé des prêtres. Ils subirent immédiatement le supplice infâme et cruel des traîtres, et quinze autres de leurs compagnons les suivirent à 1 echafaud, en moins de trois mois. On ne dit pas qu'ils fussent , en quoi que ce soit , coupables de trahison; on ne leur objecta, dans leur procès, que la pratique de leur religion (2).

Les persécuteurs ne furent pas encore rassasiés du sang de ces infortunés, et tournèrent leurs regards sur une victime dun rang plus élevé. Le lecteur se rappellera que le comte d'Arundel avait été condamné à l'amende et à

; I ) Voyez les Mémoires de Sydney, i . 62. (2) Stowe, 719, 750. ttialloner, 2U9-237.

la détention. Longtemps encore après son jugement , on l'avait traité avec une sévérité sans exemple. Par degrés, son emprisonnement devint moins rigoureux : il obtint la permission de visiter William Benne t, l'un des prêtres de la reine Marie, dont la chambre était contiguë a la sienne. Il y entendit quelquefois la messe, et y rencontra deux prisonniers, sir Thomas Gérard et William Shelley. Pour oblenir cette indulgence, sa femme fit on présent de 30 livres à la fille du lieutenant; mais la suite fit soupçonner qu'elle avait été accordée au moyen d'un grand personnage qui cherchait a perdre le noble captif. Lorsque l'on aperçut l'Armada , Arundel reçut l'avis qu'au moment où les Espagnols mettraient le pied en Angleterre, lui et tous les prisonniers catholiques seraient infailliblement massacrés. Leur danger devint naturellement le sujet de leur conversation. On proposait on expédient, puis un autre, et le comte proposa de se réunir dans une commune prière pour implorer la protection du ciel. Cet avis, d'abord adopté , fut ensuite abandonné . par le conseil de Shelley , dans la crainte que cette action ne fat mol interprétée auprès de la reine. Cependant l'Armada disparut ; on ne tenta aucun massacre, mais Shelley, Gérard , et Bennet , furent transféré» dans différentes prisons, où on les interrogea, séparément, sur les discours et la conduite d'Arundel. La réponse du premier ne lui porta aucun préjudice; Gérard le représenta comme ayant désiré le succès des Espagnols, et Bennet, si nous devons l'en croire, menacé de la torture et de la corde, confessa que le comte l'avait prié de dire une messe pour le succès des envahisseurs (1). Sur ces dépositions, on

(I) Au second interrogatoire du comte, Gérard et Bennet furent introduits ; mai* on ne lui permit pas de parier en leur présence-, d'après cela, il reiusa de répondre , après leur départ. Burghley lui fit cette question : • Tout bouline qui prétend que le pape a le pouvoir de déposer la reine n'est- il pas un traître ?» Cette qursliou était regardée par les catholiques comme un présage de mort , parce qu'elle était mite à dessein d'élever du doute sur la sincérité de ceux qui rejetaient le pouvoir de déposer; et il y en avait beaucoup qui, tout en rejetant ce pouvoir, hésitaient encore a déclarer traîtres ceux qui le maintenaient. Le comte répliqua : • Je n'ai jamais entendu dire a personne que le pape eût ce pouvoir. » On lui répliqua qu'il devait répondre oui ou non.

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établit une accusation de haute trahison. La i line nomma le comte de Derby lord grand sénéchal, pour le procès, et le prisonnier fut amené à Westminster- Hall, pour plaider, sur sa vie, devant ce seigneur et vingt-quatre autres pairs. Les avocats de la couronne avaient rapporté dans l'acte d'accusation tout ce qui jadis avait été invoqué contre lui dans la chambre étoilée. Mais le véritable objet de ces enquêtes ne s'étendait pas aussi loin : il s'agissait de savoir s'il avait engagé les autres a prier avec lui pour le succès des Espagnols. Les principaux témoins étaient Gérard et Ben ne t. lorsque le premier parut , le prisonnier le somma , au nom du Dieu vivant, de dire la vérité, et de se rappeler que , plus tard , il serait obligé de répéter ce qu'il allait dire, devant un tribunal plus terrible. A cette adjuration solennelle, Gérard, tremblant, prononça quelques I paroles mal articulées , et on 1 éloigna. On produisit, contre le témoignage de Bennet, une de ses propres lettres, dans laquelle il reconnaissait que ses aveux devant les commissaires étaient faux, et lui avaient été arrachés par des menaces de torture et de mort (1). Loi, au contraire, pour maintenir son crédit, soutint que la lettre avait été écrite par un prisonnier nommé Randal, et adressée au comte, sans son consentement ou sa signature. Randal cependant ne fut pas interrogé, et Arundel protesta solennellement que les prières qu'il avait proposées n'avaient aucun rapport à l'invasion; il voulait implorer simplement la protection du ciel pour lui et ses compagnons , qui se ■

• Je m'étonne , s'ccria-t-il , que de telles questions n.c j soient faites; je n'ai jamais été accusé sur de sembla- j blés sujets, moi qui suis à présent et qui ai toujours été prêt à servir la rciue de vie et d« membres , contre tout prince étranger on potentat, quel qu'il suit. » Uatlon lui «lit : - Quoi ! contre le pape ? — Le pape u'est-il pas compris parmi tous les princes ou poteuUts étrangers ? » On | lui donna alors le proces-verbal de son interrogatoire a lire, mais il ne voulut pas le signer, parce qu'il portait ■ qu'il avait Musé de répondre aux questions ; ce qu'il j déclara ne pas être vrai , ayant répondu suffisamment ! pour satisfaire tout homme raisonnable. Dans son propre récit , il dit qu'il savait qu'il aurait pu répondre plus clairement par I affirmative , mais que cela était inutile, parce que sa mort était décidée, et imprudent, parce que, selon l'usage, ses paroles auraient été mal repor- , lêes â la reine. Ris. Vie du comte d'Arundel , c. 13. (I ; Voyez sa leilre dan* Slrype, m , App. 250. J

croyaient menacés d'assassinat. Après les débats, qui durèrent une heure, les pairs le déclarèrent coupable. 11 entendit prononcer sa sentence avec calme et fermeté, et demanda, pour faveur dernière, qu'il lui fût permis, avant sa mort, de voir sa femme et son fils, enfant d'environ cinq ans, né depuis sa détention à la Tour. On ne lui fit aucune réponse (1).

Il faut reconnaître que 1a reine avait quelque raison de conserver des soupçons contre ce seigneur. L'exécution de son père, les outrages qu'il avait récemment éprouvés, et son rang élevé (par sa naissance, il était le premier pair du royaume), avaient porté la reine d'Écosse, Morgan, et un grand nombre d'exilés, à le regarder comme la personne la plus digne d'être à la tétede tous les partis qui se formeraient contre le gouvernement. Mais sa condamnation était moins un acte de justice que de politique. Personne ne prétendit qu'il eût adhéré à de tels projets; il ne fut pas prouvé quil en eût même connaissance. L'accusation sur laquelle on le jugea élait certainement sans fondement. Dans sa corres|>ondaiice subséquente avec le conseil , dans ses lettres confidentielles à sa femme et à son confesseur, il protesta toujours de son innocence , et déclara sa résolution de la maintenir, même sur l'échafaud. Burghley et llatton conseillèrent à la remède lui faire grâce : elle avait privé son père de la vie, elle ne devait pas souiller sa réputation en versant le sang du fils. Il avait cessé désormais d être un sujet d'appréhension : il était à sa merci; à la plus légère provocation, à la première apparence de danger, la sentence pouvait être mise à exécution. La reine se laissa persuader; néanmoins elle cacha soigneusement son intention au prisonnier, qui vécut plusieurs années sous l'impression cruelle que produisait la hache toujours suspendue sur sa tète , et qui ne se levait jamais sans penser qu'avant la nuit il expirerait peut-être sur l'échafaud. En 1595, il se trouva mal subitement à table (2). L'habileté de son médecin arrêta

(1) M*. Vie, c. 11. Procès d'État , 1230, 1264. Camden , 595 000.

(2) Après avoir mangé d'une sarcelle. Ceue circon- (ance fit penser qu'il avait éié empoisonné; mais d'au-

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