CHAPITRE III
les progrès de la maladie, mais ne put s'en rendre maître, el il mourut au bout de deux mois, après onze années de détention. Il fut inhumé au même tombeau que son père, dans la chapelle de la Tour.
La conduite de la reine envers cet infortuné trahit un inconcevable esprit de vengeance. Il parait qu'il Pavait secrètement et profondément blessée, et quoiqu'elle n'en parlât jamais, elle ne put jamais l'oublier. 11 avait été un temps où la faveur dont il jouissait près d'elle ne faisait que s'accroître : il était le plus brillant cavalier de toutes ses parties, et jouait un rôle principal dans toutes les fêtes et les galanteries de sa cour. Mais, au moment où il revint à la société de la comtesse, il fut marqué comme une victime dévouée à sa haine. Durant sa longue et rigoureuse captivité, il ne put obtenir une seule fois, même aur approches de sa mort, de voir sa femme ou son enfant , ou quelques-uns de ses parents protestants ou catholiques. L'animosité de la reine ne s'éteignit point avec celui qui en était l'objet. Tant qu'elle vécut, lady Arundel fut condamnée à supporter le déplaisir royal. Elle ne pouvait sortir de sa niaise sans craindre quelque outrage; elle fut obligée de solliciter la permission de venir à Londres quelque temps, pour demander l'avis d'un médecin; et quand Élisabeth voulut retourner au palais de Saint-James, la comtesse reçut l'ordre de quitter la capitale avant l'arrivée de la reine (1).
De l'époque de la défaite de l'Armada jusqu'à la mort d'Êlisabetb , durant l'espace de quatorze ans , les catholiques gémirent sous le poids d'une persécution continuelle : soixante et un ecclésiastiques, quarante-sept laïques, et deui femmes nobles, subirent la peine capitale, pour différents délits religieux ou de trahison récemment inventes. Généralement la cour se dispensait d'interroger les témoins : par des questions adroites et captieuses on faisait avouer au prisonnier, ou qu'il s'était réconcilié , ou qu'il avait donné l'hospitalité à
1res attribuèrent sa maladie à ses austérités religieuses. Camden, 706. En 1624, ton corps fut transféré à At uudel. Son fil* laissa percer ses soupçon» dans une épitaphe, t non absque veneni suspicion? » Ms. life , tvi , xviu. (1 ) Vie de la comiesw , vojf i la note F à la Su du vo-
un prêtre, ou qu'il avait reçu les ordres au delà de la mer, ou encore qu'il avait reconnu la suprématie ecclésiastique du pape, et rejeté celle de la reine. Un de ces crimes suffisait pour le conduire à l'échafaud. 11 est vrai qu'on offrait toujours la vie à condition d'embrasser la religion établie; mais cette proposition était généralement repoussée; la mort suivait le refus, et la victime, a peu d'exceptions près, était égorgée, lorsqu'elle avait encore l'usage de tous ses sens(l).
Ces exécutions, cependant, ne frappaient qu'une petile partie de la population catholique. Le grand fardeau provenait des pénalités qui menaçaient et atteignaient le sort des réfractaires. Si nous considérons la valeur relative de l'argent , nous verrons qu'il fallait une fortune très-considérable pour payer l'amende perpétuelle de vingt livres par mois lunaire. Un grand nombre de gentilshommes furent forcés , pour y satisfaire, de vendre une portion considérable de leurs biens ; et quand ils étaient arriérés, la loi donnait à la reine le pouvoir de saisir toutes leurs propriétés mobi-
(I) Voyez l'histoire de plusieurs victimes, dans les Mémoires des prêtres missionnaires de Chaltoncr, vol. i. Il existe beaucoup de lettres qui peignent l'horreur que ces exécutions inspirèrent aux autres nations: • Leur résolution et leur genre de inort , dit Siandeo , étant publiées dans le monde , et imprimées dans diverses langues , avaient inspire une I elle haine contée le gouvernement de ce royaume eu général , qu'on en était scandalisé. > Jusqu'ici ces munies avait été attribuées à Leicester et à Walsiiigham ; mais leur continuation les fil imputer aux conseils de Burghley, qui, maintenant, «était considéré par tous k* catholiques de la chrétienté comme un ennemi déclaré de leur foi et de leur religion , n ayant levé le masque que ces dernières année*, i Birch , i , 84 , 89. Burghley répondit que. « bien qu'ils se déclarassent envoyés par des séminaires étrangers [tour convertir les peuple* à leur religion , ils ne pouvaient cependant donner l'absolution , si l'on ur renonçait a l'obéissance due à la reine. Ceux qui , dans notre royaume , refusent de venir dans nos églises , et qui cependant ne renient pas leur obéissance à la reine, sont taxés a des amendes selon la loi , sans danger rour leur vie, et si M. Mandai était bien informé de celte façon d'agir, il en jugerait différemment, et changerait d'opinion. • Birch , i , 91. La première partie de la réponse est indubitablement fausse ; la seconde est un aveu formel de persécution. Il parait cependant, d'après un acte écrit de sa main , qu'il désirait que les pi êtres fusseut se ulemeut pcinius. . et que la coutume de couper eu quartiers ail abolie. » Mrvj* , m . 022.
HISTOIRE I> ANGLETEfiHE.
liaires ou biens meubles , et les deux tiers de leurs domaines lous les six mois{l). A cet effet, la liste des noms1 et l'état des propriétés des réfractaires dans chaque comté étaient souvent demandés par le conseil. Aussi, le meilleur expédient pour les victimes était d'obtenir de la rciue, par l'entremise de ses favoris, qu'elle acceptât une somme annuelle (2). Même alors, ils ne pouvaient vivre en paix : ils étaient exposés , toutes les fois qu'ils entendaient la messe, a subir une année d'emprisonnement et A payer une amende de cent marcs. A chaque nouvelle invasion, on les enfermait, à leurs dépens, dans la prison du comté (3). Ils étaient imposés, aussi souvent que Je conseil le trouvait convenable, à payer uue cerlaine somme, destinée à lever des soldats pour le service de la reine. Eu sortant de prison, on les forçait de demeurer dans la maison d'un protestant, ou, s'il leur était permis de retourner chez eux , ils étaient exposés à la confiscation de leurs biens, terres, pensions, pendant leur vie, dans le cas où ils auraient commis le délit de s'éloigner de cinq milles de distance de leurs maisons (4), et cependant la plupart avaient signé une déclaration de fidélité qui devait satisfaire le conseil, et par laquelle ils s'engageaient a combattre pour la défense de leur souveraine contre tout prince étranger, pape ou potentat, quel qu'il fût (5). On les traitait ainsi , si nous pouvons croire Hurghley lui-même, moins pour leur propre démérite, qu'atin de prouver aux ennemis étrangers de la reine que , dans le cas d'une invasion , ils ne devaient espérer aucun secours des catholiques les plus opulents de l'Angleterre (G).
(1] État du royauo.e. iv, 771.
(2) Otte manière d'acheter la tranquillité était si désagréable à Cooper, évéque de Winchester, quïi supplia le conseil d'éloigner du comté ceux qui y avaient recours, pour les envoyer en quelque endroit où il» fissent moins de mal. Strypç, m , 240. 419.
(3) Topcliffe , non content de l'incarcération des hommes , voulait aussi .me les femmes fussent enfer mets, «sachant que la fureur d'une femme, décidée a faire le mal , est pire que la râpe d'un homme. • Sa proposition à Burguley est dans Strype. iv, 33.
(4) Étal du royaume , iv , 843.
(5) Voyez quelques-uus de ces serments dans Strvpe, m . 191 . 5C4.
(6) Strype's Wïlgift , 2,7 Voye; la note G 4 la fi» 4u volume.
i II n'en était ainsi que des riches proprié- 1 laires. Les réfractaires moins favorisés de la fortune étaient d'abord jetés dans les prisons; | mais elles furent bientôt remplies, et les comtés se plaignirent bientôt de la dépense de leur eu I retien. Alors la reine ordonna que les détenus fussent mis en liberté , à la discrétion des magistrats. On n'exigea de quelques-unsqu'uoe promesse de bonne conduite ; plusieurs eurent les oreilles percées avec un fer rouge; d'autres furent fouettés publiquement (1). On arrêta ensuite que tous les réfractaires qui ne possédaient pas vingt marcs de revenu seraient tenus, dans le délai de trois mois après l'accusation, d embrasser la religion anglicane ou de quitter le royaume, sous peine de félonie , sans bénéfice de clergie , si plus tard on les rencontrait quelque part Mais la sévérité de cet acte en fit manquer le but, et les magistrats se contentèrent, suivant les occasions, de charger leurs officiers de visiter certains districts, et de lever sur les plus pauvres réfractaires des sommes arbitraires , comme composition pour l'amende légale (2).
Pour ajouter à ces persécutions , on recommença les visites domiciliaires , afin de rechercher les prêtres catholiques dont nous avons déjà parlé: elles avaient été d'abord fort rares; mais alors elles se répétèrent fréquemment dans l'année ; souvent , sur le plus léger soupçon , à l'arrivée d'un étranger, sur la denonciaj lion sans fondement d'un ennemi, d'un domes- ! tique renvoyé ou d'un tenancier mécontent ; ; quelquefois dans l'intention de piller, quelquefois aussi dans l'espoir d'une récompense; et la confiscation des biens suivait l'arrestation du
(1) Bridgewater, 375. Strype, tu, 160. I* nombre en était »i grand, qu'on accusa, durant une session du Hampshire , quatre cerils réfractaires, et six cents aux
! assises du tancasbire. Ibîd., 478. App., 98. Cooper, pour s'en debairasser , présetiia «une humble pétition , afin qu'un cent ou deux de ces réfractaires, hommes vigoureux , et en état de travailler, pussent, par quelque commission , être enlevés et envoyés en Flandre, comme prisonniers , ou ouvriers dans les armées. » Ibîd.. 109.
(2) Éiat du royaume, iv, 844. Je possède un rapport manuscrit tris-curieux sur le» exécutions de W illiam Raicliff, officier, qui au temps de Noël la>,9, parcourut tous les villages du Cleveland avec une commission , pour le même objet, des trois magistrats, Carey,
I Constab'e et Roke»by