CHAPITRE XVI
claré depuis longtemps qu'il ne lui manquait que le nom de roi . et ses amis avaient coutume de s'adresser à lui dans un langage aussi adulateur que celui qui charma jamais l'oreille du souverain le plus absolu (1). I-cs louantes de ses subordonnés, les hommages que lui rendaient les envoyés étrangers, elles prières que lui adressaient les royalistes qui recherchaient sa protection, lui rappelaient continuellement son importance. On ne peut être surpris qu'en de telles circonstances un général victorieux s'abandonnât aux inspirations de l'ambitiou; qu'un fier républicain, avec quelque horreur qu'il dut voir la couronne sur la tète d'un autre, n éprouvât aucune répugnance a la placer sur la sienne.
Les «grandesses» de l'armée s'aperçurent qu'ils ne possédaient plus la première autorité dans le gouvernement : la guerre les avait appelés à leurs postes en Êcosse cl en Irlande, et pendant leur absence, la conduite des affaires avait été dévolue à ceux qui, par une distinction contradictoire, avaient été nommés «hommes d'État.» Ainsi les serviteurs étaient, par le cours des événements, devenus maîtres, et le pouvoir du sénat avait obtenu la supériorité sur le pouvoir de Cépée. Les officiers, dans leurs quartiers éloignés, voyaient avec jalousie et critiquaient avec sévérité la conduite des hommes de Westminster. On ne pouvait les accuser de manquer de vigueur dans la direction des ressources navales cl militaires du pays; mais on se plaignait de ce qu'ils négligeaient l'économie intérieure du gouvernement, et de ce qu'on n'avait accompli aucune desdemandes présentées» en faveurdu peuple; » et que, tandisque d'autres sacrifiaient leur santé et leur vie pour la république, tous les émoluments et tout le pouvoir étaient le monopole des fainéants qui restaient dans la capitale (2).
(t) Le* coraux lui envoient de» dépêche* ainsi terminées : «C'est avec celle pensée que nous nous mêlions humblement, dans celle circonstance, aux pieds de voire excellence. • l'apier* d'État de Milion , 71. Ijps ministres deftewcaMle fonl « leurs humbles adresses à sa sainte sagesse > et présentent • leurs humbles prières a Dieu et a Son Excellence» (lbid. 02}. Des pétitionnants de différents comtés le sollicitent d'être leur médiateur auprès du parlement , , parce que Dieu n'a pas mis en vainl'épée dans ses mains. • Wbiteiock, 517.
(2) WbiUtocLf549.
Au retour du lord général (iCol , 16 sept.}, le conseil des officiers avait éié rét bli à Whilchall, et Cromwell se servit adroitement de leur mécontentement pour aidera son élévation. Lorsqu'il reprit sa place au parlement, il rappela aux membres leur indifférence pour deux mesures que le pays désirait avec ardeur, l'acte d'amnistie et la fin du présent parlement. On avait présenté des bills jusqu'en 1649 pour ces deux projets; mais, après quelque temps, on les avait laissés dormir dans les comités, et cette lenteur des « hommes d'État » était attribuée à leur désir de s'enrichir par des confiscations, et de perpétuer leur pouvoir en perpétuant le parlement. L'influence de Cromwell remit les deux questions à l'ordre du jour (1652,24 fevr ). On obtint un acte d'oubli qui, à quelques exceptions près, pardonnait toutes les offenses commises avant la bataille de Worcester, et délivrait l'esprit des royalistes de la crainte de nouvelles confiscations. Qrant à la question de l'expiration du parlement, on en fixa (16ol , 18 nov.) l'époque, après de violents débats, au 4 novembre 1654, c'est-à-dire à une distance de trois ans, ce qui peut-être plaisait assez à Cromwell , parce que cela servait à montrer combien ses ennemis étaient peu disposés à se démettre de leur pouvoir. Cet intervalle devait être employé à délermiucr les droits du parlement suivant (I).
Pendant l'hiver, le lord général convoqua une assemblée d'officiers el de membres de la chambre dans la maison du président, et il dut exciter leur surprise, lorsqu'il leur proposa de délibérer s'il valait mieux établir une république ou une forme mixte de gouvernement monarchique. Les officiers, en général, se déclarèrent pour la république, comme la meilleure garantie pour les libertés du peuple; les jurisconsultes plaidèrent unanimement la cause de la monarchie tempérée, comme mieux appropriée aux lois, aux habitudes, et aux sentiments des Anglais. Cromwell se joignit aux derniers, et leur demanda qui, en ce cas, ils choisiraient pour roi. On lui répondit que ce serait Charles Sluarl ou le duc d'York , pourvu qu'ils consentissent aux demandes du parlement, et , s'ils ne
(t) Journaux, 1651,4, 14, 15, 18, 27 î t <nlr< .1 24 février.
le voulaient pas, le jeune duc de Gloucester, qui ne pouvait être imbu des doctrines despotiques de ses aines. Ce n'était point là ia réponse que voulait Cromwcll : il l'entendit avec peine, | ?t toutes les fois qu'on reprenait ce sujet, il détournait la conversation sur une autre question. Enfin, il donna son avis, en disant «qu'un peu de gouvernement monarchique serait préférable, s'il pouvait être rétabli avec sûreté pour les libertés du peuple, comme Anglais et comme chrétien» (1). Il est évident que le résultat de cet te réunion déconcerta son attente;mais il en tira cet avantage , qu'il s'y était assuré des sentiments d'un grand nombre de personnes dont il pouvait, dans la suite, réclamer le secours. Il parait qu'aucun des chefs du parti opposé I n'était présent.
Soupçonnant cependant ses desseins , ° les hommes d'État » avaient commencé à le comb ittre par ses propres armes. Comme la république n'avait plus d'ennemi à frapper sur terre, ils avaient proposé une réduction con- | sidérable dans le nombre des troupes, et une 1 réduction proportionnelle dans les impôts levés pour les entretenir (1651 ,2,7 oct.). La motion élait trop raisonnable en elle-même, et trop populaire dans le pays, pour qu'il fût prudent de s'y opposer. Un quart de l'armée fut licencié (19 décembre), et la taxe mensuelle réduite de 120,000 a 90,000 livres. Avant l'expiration des j six mois, on proposa une plus grande réduction (1652, 5 juin); mais le conseil de guerre prit l'alarme, et une lettre de Cromwell au président engagea la chambre à s'en tenir à son premier vole (15 juin). Peu de temps après, on en parla encore (12 août); mais le lendemain (13 août), six officiers se présentèrent à la barre de la chambre avec une pétition de l'arméc.qui, sous le prétexte de demander des améliorations, accusait indirectement les membres de négliger leur devoir: elle les invitait à porter leur attention sur la propagation de l'Évangile, la réforme des lois, l'éloignement des places de certaines personnes scandaleuses et malintentionnées, la réforme des abus dans l'excise et dans la trésorerie , les arriérés dus à l'armée, la violation des articles de paix accordés à l'ennemi , les attributions des futurs parlements
(1) Whitelock.516.
qui viendraient après celui-ci. Whitelock remontra à Cromwell le danger de permettre que des hommes armés s'assemblassent pour faire des pétitions : il méprisa cet avis (I).
(1653) Peu de temps après, le lord général demanda à ce jurisconsulte une entrevue particulière et confidentielle. Il lui fit observer que le mécontentement de l'armée était si violent , et la conduite du parlement si impérieuse, qu'il serait impossible de prévenir une collision d'intérêts , et par suite la ruine de la bonne cause, à moins d'établir «quelque autorité si pleine et si élevée, » qu'elle pût réprimer ces excès et contenir le parlement et l'armée. Whitelock répliqua que, a quant à l'armée,» Son Excellence l'avait jusque-là contenue et la contiendrait dans une juste subordination, et qu'à l'égard du parlement on pouvait se fier au bon sens et à la vertu de la majorité. Il était légalement impossible de contrôler le pouvoir suprême : a toute autorité en dérivait, celle de Cromwcll lui-même, t A ces mots, le lord général laissa échapper brusquement cette exclamation : «Quoi! si quelqu'un se chargeait d'être roi! » Le commissaire répondit que le titre ne donnerait rien de plus à « Son Excellence ; » le commandement en chef de l'armée , l'ascendant qu'il avait dans le parlement, sa réputation à l'intérieur et à l'extérieur, lui conféraient déjà tous les pouvoirs d'un roi, moins la haine qu'excitait ce nom. lorsque Cromwell assura que le titre donnerait de la sécurité à ses partisans et inspirerait du respect au peuple, Whitelock lui répliqua «qu'il changerait la nature du différend entré les partis, et ferait d'une querelle nationale une querelle particulière. Ses amis avaient combattu avec ardeur avec lui pour établir un gouvernement républicain au lieu d'un gouvernement monarchique : et voudraient-ils combattre avec lui en faveur de la famille de Cromwell contre la famille de Stiiarl?(2)i Enfin, Cromwell le conjurant de lui
(1) Whilelork. 51t. Journaux , 1651 , 19 déc.; 1652, 15 juin , 12, 13 sont.
(2) Henry, dur de Glouc**ter, et U princesse Elisabeth, étaient eu Angleterre a la mort du dernier roi En 1650, le conseil proposa d'envoyer l'un a son frère en Éco»*e, et l'autre à sa sœur en Hollande , en accordant à chacun 1,000 livres par an , tant qu'ils se tiendraient tranquilles (Journaux de 1650 , 24 juiHet , Il septembre). Mais Éli-