CHAPITRE XVII
■ sous caution » que la haute cour pourrait don- I ncr en sa faveur ( '26 nov.). Ces mesures déplurent beaucoup. Ou se plaignit, avec raison, de ce que des hommes qui prétendaient avoir pris les armes con ire le roi pour la défense des libertés anglaises, n'eussent aucun scrupule de fouler aux pieds ces mêmes libertés, selon leur ressentiment et leur intérêt (I).
Le parlement fut unanime dans la poursuite el le châtiment de Lilburne ; sur la plupart des autres objets , ii fut parta;;é en deux factions bien prononcées : celle des indépendants, qui, intérieurs en nombre, mais supérieurs en talent, tenaient pour le lord général et pour le conseil; et celle des anabaptistes, qui, guidés par le fanatisme politique et religieux, se rangeaient sous la bannière du major général Ilarrison. Ces « sectaires » anticipaient le règne de Jésus-Christ avec ses saints sur la terre; ils se croyaient appelés de Dieu pour préparer la voie à cette glorieuse révolution; et ils pensaient que leur devoir était de commencer par la réforme de tous les abus qu'ils pourraient découvrir dans l'Église ou dans l'État (2).
Il y avait, dans leur manière d'agir, beaucoup de choses auxquelles ceux qui s'étaient embarqués dans leur cause ne pouvaient faire aucune objection raisonnable. Ils établirent un système d'économie la plus rigide : les règlements de l'excise furent revus; l'organisation du trésor fut à la fois améliorée el simplifiée : les emplois inutiles furent tout à fait supprimés, et les appointements de plusieurs autres considérablement diminués : on soumit la comptabilité au contrôle le plus sévère, et de nouvelles facilités furent accordées pour la vente des biens que l'on considérait alors comme propriété nationale. Mais le fanatisme de leurs discours et l'absurdité de leurs opinions les mirent en butte au ridicule; leur zèle pour des réformes qui blessaient à la fois les intérêts de plusieurs corps multiplièrent leurs ennemis; et,
(1) Il fut transféré de la Tour au château d'Êlisabeth , I Jersey, et mis en liberté peu de temps avant sa mort, en 1600. Il mourut dan» la relifiion des quakers. Voyez Tburloe, i , 321, 367, 368, 309, 42U, 430, 435, 441, 442, 451, 453. Eiacte relation, p. 5. Procès dÉut, Y, 415- 450. Wbilelock , 558, 560, 501 , 503, 591. Journ., 13, 14 juillet, 2, 22, 27 août,26nor.
il) Tburloe , i , 302, 396, 501 , 515, 523.
même avant l'époque où la chamnre dissoute, ils s'étaient attiré, soit à tort, soit avec justice, la haine de l'armée, du barreau, de la bourgeoisie, et du clergé.
V Ce fut avec une répugnance marquée qu'ils volèrent une somme de 120,000 livres par mois pour l'entretien des troupes et de la marine. Ils curent , à la vérité , l'attention de ne point faire d'objection contre le montant , mais seulement contre la nature de cet impdt, et contre sa répartition inégale (1); mais ce prétexte ne put faire prendre le change à leurs adversaires sur leur véritable but, et l'on reprocha publiquement à leurs meneurs de chercher à diminuer la force de l'armée, afin d'affaiblir l'influence du général.
2° Après la fixation des impôts, ils s'occupèrent de la forme des procédures. Dans la plupart des requêtes adressées à l'autorité suprême depuis plusieurs années, on s'étaitplaint delà cour de la chancellerie, de ses longs délais, des dépenses excessives auxquelles les plaideurs étaient exposés , et du peu d'équité de ses décisions, trop souvent dictées par l'intérêt ou la passion des juges (2). Le long parlement n'avait pas osé toucher à ces objets : celui-ci attaqua le mal par la racine, et vota l'abolition entière de ce système. Mais la grande difficulté qui se présenta fut de savoir ce que deviendraient les causes pendantes à celte cour, et comment on la remplacerait. Trois projets de loi que l'on présenta à cet effet furent rejetés comme insuffisants et inapplicables : le comité en prépara un quatrième, qui fut lu deux fois dans un jour, renvoyé à l'examen, et qui aurait probablement passé, sans la dissolution du parlement (3).
(1) Dans quelques endroits , la taxe ne fut que de deux nliclliogs par livre; dans d'autres , de 10 et même de 12. Exacte relation , p. 10. La taxe porta sur les propriétaires et non sur les locataires ou fermiers. Tburloe , i , 755.
(2) «Des hommes dignes de foi ont du, arec connaissance de caufte , qu'il y avait pendant» a cette cour vingttrois mille (deux ou trois mille?) procès , que plusieurs y étaient depuis cinq, d'antres depuis dix, vingt ou trente années; et que ces procès coûtaient, non-seulement des centaines, mais des milliers de livres sterling, ce qui arait ruiné beaucoup de familles. • Exacte relation, 12.
(3) Journ., 5 août, 17, 22 nov., 3 oc t. Exacte relation, 12-15. Cromwell prit néanmoins cette affaire en main l'aunée suivante, et publia, en 1655, une ordonnança
3° Cependant les réformateurs ne se contentaient pas d'avoir aboli une seule cour : ils prirent la résolution de nettoyer à fond l'étable d'Augias. «De quoi , se dirent-ils, est composé le code? D'une collection informe de statuts, la plupart i;, connus nu inapplicables aux circonstances actuelles, suggérés par des juges i peut-être ignorants, souvent partiaux ou intéressés; de précédents si contradictoires, qu'on les a rangés sur deux lignes opposées; enfin de coutumes locales, dont on ne peut s'assurer qu'en recourant à la mémoire infidèle des plus vieux habitants. Les Anglais ont le droit de connaître les lois qui les régissent : il est facile de choisir dans le système actuel tout ce qui est réellement utile, de l'améliorer en y faisant les additions indispensables, et de réduire le tout à un petit volume portatif, n Dans cette vue, il ! fut résolu de composer un nouveau code : la tâche en fut confiée à en comité, cl on la commença par la révision des statuts concernant le meurtre et la trahison (1). Mais cette résolution jeta l'alarme dans les cours de Westminster : des centaines de voix , et presque autant de plumes, furent occupées à préserver d une ruine imminente le vénérable édifice de la jurisprudence anglaise. On versa le ridicule sur la présomption de ces législateurs ignorants et I fanatiques; on leur attribua 1 intention de substituer la loi de Moïse aux lois de l'État, et l'on conjura le peuple de se réunir pour le maintien de «ses droits et de son héritage,» pour la défense desquels tant de maux avaient été soufferts et tant de sang répandu (2;.
en 67 articles, • peur régler et limiter la juridiction de la haute cour de la chancellerie.» Widi iiijjion et Wbitelock , commissaire* du rjrand sceau, et Leuihall, gardien des archives, l'informèrent par lettres «qu'ils avaient consulté le Neijmeur, et su ils ne se semaient pas libres de meure l'ordonnance a éxecution. > !.<• protecteur renia les sceaux aux deux prtmieis, <|u'il iemplaça par tienne* et i.ixle; l emliall sut moula ses scrupules et conserva sa place. Voyez l'ordonnance dans Scobell , 321; et les objections dans Wbitelock , (Xil.
(1) Journ., 18 août , 19,20oci Exacte rela: ion, 1.3-18.
(2) Le reproche de vouloir introduire la loi de Dieu fut souviul répété par Cromwell II était motivé sur ce qu'on ne voulait point conserver la peine de mort pour le vol , non plus que la disliuction du simple meurtre artc l'assassinat, parce qu'elle ne se trouve point dans la loi de Noise, tiade relation , 17.
4° On espérait beaucoup en faveur de la religion delà part d'hommes qui faisaient profession d'une grande piété. Ils donnèrent I? preuve la plus convaincante de leur zèle sincère, en passant un acte pour l'extirpation des prèi rcs pa pistes et d es j ésu i i es, et en con fisq ua n t les deux tiers des biens meubles et immeubles des dissidents papistes (l). Après cette escarmouche préliminaire contre l'Antéchrist, ils procédèrent à l'attaque de Satan lui-même «dans son fort,» c'est-à-dire dans les patronages laïques : ils soutinrent qu'il était contraire à la rai on que des particuliers eussent le pouvoir d'imposer un guide spirituel à leur prochain ; ils décidèrent en conséquence que le droit de présentation serait aboli , et que le choix du pasteur résiderait dans le corps des paroissiens, décision qui porta les patrons à recourir à la protection du lord général contre l'oppression du parlement. Après les patronages laïques, on s'occupa desdimes. Au début de la session, on était, après un long débat, convenu que la dime devait être abolie, et qu'on la remplacerait par une compensation aux inféodataircs , et par un revenu convenable accordé au clergé. Le comité chargé de cet objet garda le silence pendant cinq mois : ce fut seulement alors, et, à ce que I on pensa, pour empêcher la discussion des patronages, qu'il fit son rapport sur les moyens d'expulser les ministres scandaleux , et d'en établir qui fussent pieux. 11 y accola l'opinion particulière de ses membres, que les bénéficiers , les recteurs des paroisses, elles inféoda la ires, avaient droit à la dime con. me propriété. Ce rapport donna lieu à cinq jours de débat. Lorsqu'on en mit aux voix la première partie, quoique le comité eut réuni toutes les forces des indépendants en sa faveur, elle fut rejette par une majorité de deux voix. Li seconde partie, concernant la propriété des dimes, ne fut point mise aux voix : le sort en parut décidé par celui de la première, et le bruit courut dans la capitale que le parlement avait aboli la dime et en même
(1) Afin de procurer de l'argent comptant au trésor, on proposa de permettre aux dissidents de racheier ces deux tiers pour en joux leur vie durant, moyennant quatre années de revenu. Cet. amendement passa, nuis avec une forte opposition, motivée sur ce que c'était to» Wrcr lïdolairie. Ibid , 1 1. Thurloc, i , 553.