‹ Histoire d' AngleterreChapitre 238 sur 307 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

temps le ministère, à qui elle fournissait les moyens d'existence (1).

Il est à propos d'observer ici que, pendant toute la durée de la session, Feakes cl Powell, prédicateurs anabaptistes, prêchaient tous les lundis à Blackfriars devant un nombreux auditoire. Celaient d éloquents enthousiastes, qui croyaient avoir une mission du Tout-Puissant, et ne craignaient aucun tribunal humain. Ils introduisaient dans leurs sermons la plupart des sujets que Ton discutait au parlement, et soutenaient les principes de leur secte avec une chaleur et une violence qui inquiétèrent Cromwell et le conseil. Leur texte favori était la guerre de Hollande. tDicu , disaient-ils, avait donné la Hollande aux Anglais : c'était le point de réunion des saints, d'où ils devaient partir pour aller arracher de son siège la prostituée de Babylone, et pour établir le royaume de Jésus-Christ sur le continent. » Us menaçaient en même temps de toutes sortes de peines temporelles, ainsi qu'éternelles, tout homme qui oserait conseiller de faire la paix à d'autres conditions que l'incorporation des Provinces Unies avec la république d'Angleterre (2). Lorsque l'on sut que Cromwell s'était relâché sur cette demande, leur indignation dépouilla le pape de plusieurs des titres dont les Églises protestantes l'honoraient depuis longtemps; et le lord général fut publiquement désigné comme «la bêle de l'Apocalypse, l'ancien serpent, l'homme du péché, a Me voulant pas violer la liberté des assemblées religieuses, il souffrit pendant quelque temps ces insultes avec une apparence de magnanimité; enfin, il ordonna aux deux prédicateurs (1663, 6déc.)de comparaître par-devant loi et le conseil. Mais les hérauts du Dieu des armées ne fléchirent point devant les employésd'une république terrestre ;

(1) Journ.. 15-19 juillet, 17 nov., i , 6-10 déc. Exacte Relation, 418-424.

(2) Beverning , l'un des ambassadeur» hollandais , ne rendit à ce sujet à l'une de ces assemblées. Dans une lettre il dit : • Le but de ces prédicalious est d'abaUre les gouvernements , et de soulever le peuple contre les Provinces Unies, fiant alors dans l'assemblée dis saints, j'ai entendu une prière et dtux serraous. Mais, bon Dieu ! quelle» cruclies, quelle» abominable» , quelle» horribles trompettes d'incendie,de meurtre, et de flamme J » Tburloe.i, 442.

ils rendirent reproche pour reproche, accusèrent Cromwell de s'élrc injustement emparé du pouvoir, cl se retirèrent sans être punis ou intimidés (1).

Cependant les sermons de Blackfriars furent considérés comme (exposé des vues cl des principes des anabaptistes qui siégeaient a la chambre. Les ennemis de ces réformateurs se multiplièrent de jour en jour : de toulcs parts le ridicule et les insultes plcuvaient sur eux: il était évident pour tout le monde, eux seuls exceptés, que l'instant de leur chute approchait rapidement. Cromwell, leur créaicur, avait depuis longtemps déterminé de les faire rentrer dans leur néant primitif; et leur dernier vole au sujet des minisires en offrait une occasion favorable. Il employa le jour suivant , qui était un dimanche, en consultations secrètes avec ses amis : le lundi ils se réunirent en grand nombre, et occupèrent de bonne heure leurs places à la chambre (12 décembre). Le colonel Sydenham se leva. Il passa en revue ce qu'avait fait le parlement, el blâma ses actes comme nuisibles aux intérêts de toute espèce ; déclarant ensuite qu'il ne voulait plus siéger dans une assemblée aussi inutile, il fit la proposition que la chambre se rendit à YVhitchall, et qu'elle remit le pouvoir suprême aux mains de celui dont il était dérivé. Cette motion fut appuyée et combattue; mais les indépendants étaient venus pour agir, et non pour discuter. Us se levèrent de suite ; le président, qui était dans le secret, quitta te fauteuil ; le sergent et les secrétaires le suivirent en corps. Les réformateurs, au nombre de vingt-sept, se regardèrent avec étonnement. Leur premier recours fut de se mettre en prières : ils étaient occupés de ce pieux exercice, quand Goff et White, tous les deux officiers, entrèrent et les prièrent de se retirer. Sur la demande de présenter leur ordre écrit, ils firent entrer une compagnie de soldais. Il n'y eut point de résistance; les militaires firent évacuer la salle, et les clefs furent remises à la garde (2).

(1) Tfaurloe.i, 442 , 534 , 545 , 560 , 591,521.

(2) Exacte relation, 25, 26. Véritable narration, à Thuiioe.i) 730, 737. J'adopte le nombre rapporté par Mansel , parce qu'il ne pouvait avoir aucun motif pour le diminuer.

Cependant, le président , précédé du porte* masse, et suivi par Sydenham et ses adhérents, marcha à travers les rues jusqu'à Whilehall. Pendant le chemin, et après son arrivée, plusieurs membres se joignirent à lui, les uns par curiosité, d'autres par crainte. Arrivés à Whitcliall, une forme de résignation du pouvoir suprême fut dressée à la hâte parle secrétaire de la chambre, et présentée par elle à Cromwell. Le lord général parut étonné : il n'était point préparé à une telle offre, et ne voulait point se charger d'un tel fardeau. Mais sa répugnance céda aux remontrances et aux prières de lamberl et des autres officiers; et Técrit fut placé dans une pièce du palais, pour la commodité des membres qui n'avaient pas encore eu l'occasion de le signer. Le troisième jour, les signatures montaient à 80, ce qui formait une majorité de toute la chambre ; le quatrième, on publia une nouvelle constitution, et Cromwell obtint ainsi le grand objet de son ambition, c'est-à-dire les fonctions et l'autorité de roi, sans néanmoins en avoir le titre (1).

Ce même jour (26 décembre), vers une heure de l'après-midi, le lord général se rendit en carrosse du palais a Westminster-Hall, la haie étant composée par 5 régiment* d'infanterie, et 3 de cavalerie. 1^ cortège se forma près de la porte. Devant Cromwell marchaient les échevins, les juges, deux commissairesdu sceau, et le lord maire ; après lui , les deux conseils d'État et de l'armée. On monta à la cour de la chancellerie, où un siège de parade était placé sur un riche tapis. Cromwell avait un habit et

(1) Exacte relation , 16. Vraie narration , 4. Ludlow, n,33. Clarendon, m, 484. Thurloe, i , 754. L'auteur de celte nouvelle cnrittiiution n'est pat connu. Ludlow nous apprend qu'elle fut d'abord communiquée par Lambert à un conseil d'officier» généraux. Aux objections que l'on fit , il répondit que le général aurait égard aux amendements qui sciaient proposé» , mais qu'il ne voulait point renoncer au projet même. Ouelques-utis proposèrent qu'après la mort du lord général actuel, le GOUTernenwul civil et iniiit.ire frit séparé, et qu'aucun t prolecteur» ne prit être remplacé par un de ses parents. Ola déplut tellement, que, dans une seconde assemblée, Ijmbert , après les aroir informés que le lord général aurait soiu de l'administration cit. le, les congédia en le* en voyant a leurs commandements respectif». Ludlnvr, ii , 37. (.'est probablement à cette circonstance que l'ambassadeur de Hollande fait allusion , lorsqu'il dit que Cromwell renonça au projet de se faire déclarer roi, parce que cela déplaisait aux officiers. Thurloe. i , 611.

un manteau de velours noir, avec de grandes bottes et un large galon d'or à son chapeau. Il se plaça devant le siège, entre les deux commissaires du sceau : les juges étaient debout autour ; les officiers civils se rangèrent sur la droite, et les militaires à la gauche de la cour.

Limbert s'avança pour haranguer le lord général. Il mentionna la dissolution du parlement, fît observer que les circonstances actuelles exigeaient un gouvernement fort et stable , et pria Son Excellence, au nom de l'armée ainsi que des trois nations, d'accepter l'emploi de «protecteur de la république.» Cromwell , malgré l'impossibilité de cacher le dessein qui l'avait amené, ne put tout à fait renoncer à sa dissimulation habituelle; et si, après quelques difficultés, il donna son consentement, ce fut avec un air de répugnance dont aucun des assistants ne pouvait être la dupe.

Jessop, l'un des secrétaires du conseil, lot ensuite l'acte qui a instituait le gouvernement, » lequel contenait quarante-deux articles : 1° le pouvoir législatif résidait dans le « lord protecteur et le parlement,» mais avec la clause que tout acie du parlement aurait force de loi aprèa un délai de vingt jours, même sans le consentement du protecteur, à moins qu'il ne réussit à persuader la chambre que ses objections étaient raisonnables. Le parlement ne devait être ni ajourné ni dissous que de son propre consentement, pendant les cinq premiers mots de sa session ; et , en cas de dissolution, un nouveau parlement devait être convoqué dans l'espace de trois années. Le nombre des membres était réglé, conformément au projet du long parlement, à quatre cents pour l'Angleterre, trente pour l'Écosse, et vingt pour l'Irlande. La plupart des villes qui possédaient le droit d'élection (boroughs) en furent privées, et le nombre des députés élus par les comtés, augmenté. Tout homme possédant un bien réel ou personnel de 200 livres avait le droit de voter, à moins qu'il ne fut malveillant ou coupable de délit, ou professant la foi catholique; et les incapacités auxquelles les électeurs étaient sujets s'appliquaient aussi aux personnes éligib'es. 2° Le pouvoir exécutif résidait en la personne du « lord protecteur, » agissant avec l'avis de son conseil. Il avait, en outre, le droit

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