CHAPITRE III
prêtre. Le» mémoires du siècle en parlent comme du plus intolérable de tous les abus. C'était en vain que le catholique se retirait du monde et cherchait un asile dans la solitude : sa maison ne lui offrait plus aucune sûreté. Au sein même de sa famille, il vivait dans les alarmes et les inquiétudes, exposé à tout instant aux visites capricieuses de gens dont l'orgueil était fiât lé d'exercer impudemment l'autorité sur des supérieurs, ou que le fanatisme portait a croire qu'ils rendaient service à Dieu, en insultant ou opprimant le papiste idolâtre (1).
On remarqua que, parmi ceux qui se glorifiaient d'exécuter «ces pieuses lois, «aucuns ne se distinguèrent par leur violence autant que les sectaires protestants (2). Mais si Élisabelh leur permit de montrer leur zèle en tourmentant ses sujets catholiques, elle veillait toujours à ce qu'ils ne portassent pas leurs mains sacrilèges sur le livre de commune prière, et continuait à prohiber la nouvelle forme de service divin , qu'ils avaient établie pour eux. Leurs demandes de faveurs, les insinuations de
(1) Telle* sont du moins le* plaintes dot victimes dans plusieurs manuscrits que je possède. Les recherches s'étendirent quelquefois dans toui un district. En 1584, les maisons de cinquanie gentilshommes furent visitées U même nuit , et presque tous les propriétaires minés en prison. Bridgewater, 290. Cooper proposa de renouveler les recherches toutes 1rs trois semaines ou tous les mois. Strype, m, 210. On trouve dans Lodge des exemples d'injustices qui furent commises en semblables occasions. Sir Godefroi Foljambe anéta sa fp-and'roère , et promit , «avec le secours de Dieu, de la garder sûrement. • Lodge , n , 375. Le temps fit connaître les véritables desseins de son pieux petit- fils : quand , après une détention de vingt mois , le conseil ordonna qne lady Foljambe fût mise en liberté, il s'y soumit ; mais il garda toujours ses terres , ses propriétés et ses meubles. Ibid. , 372. Dans la même perquisition, deux prêtres furent découverts a Padley, maison appartenant à sir Thomas Fin-Herbert, et habitée par son frère. Le comte de Sbrewsbury, sans autre cérémonie, prit possession de la maison et du domaine de Padley, et y trouvant les contrats d'une autre propriété nommée Foultcliff , il les garda et s'empara aussi de ce bien : « C'est plus, disait sir Thomas , que je ne puis supporter dans mon état actuel de pauvreté; car en outre , je paye à Sa Majesté la taxe fixée pour la conformité, montant a 240 liv. par an, ce qui excède de beaucoup tous mes revenus ensemble. » Ibid. , 402. Voyez la note U à la fin du volume.
(2) Quelques-uns étaient animés d'une telle baine contre l'idolâtrie (c'est ainsi qu'ils s'exprimaient), qu'ils I se rendirent a Rome pour déployer leur zèle. On peut |
leurs amis au conseil, les efforts de leurs frères an parlement, ne purent ébranler se* résolutions. Enfin leur patience s'épuisa, lis en appelèrent au public avec toute l'amertume du 2èle trompé dans son attente , et les amis de là croyance établie furent surpris et alarmés par une série de pamphlets hostiles et populaires. Les titres de ces écrits étaient affectés, leur style déclamatoire et grossier, et leur but de discréditer la hiérarchie et de la dévouer au mépris. Mais la reine prit le clergé sous sa protection : ellefit une proclamation sévère contre les auteurs, distributeurs et possesseurs de libelles séditieux, et la chambre é toi lée restreignit l'exercice de l'art d'imprimer à la métropole et aux universités. Elle accorda une presse à chacune, et un certain nombre à Londres, avec défense d'imprimer, vendre, relier oc brocher tout ouvrage qui n'aurait poinr, préalablement, obtenu l'approbation de l'évéq tir ou de l'archevêque (1). Cependant, au mépris de ce règlement, des copies des écrits les plus nuisibles se multiplièrent et circulèrent dans toutes les parties du royaume. Elles provenaient d'une presse ambulante, qui se transportait de maison en maison et de comté en comté. Mais aucune ruse ne put échapper à la vigilance des recherches. Le palladium des ultra -réformateurs fut découvert et brisé dans les environs de Manchester (2).
L'un de ces ouvrages, portant le titre de « Exemple de discipline,» sortait de la plume d'Udal, ministre puritain : il fut conduit à Croy» don (1590, 23 juiil.), pour y être jugé. Le jury, sur des preuves très-douteuses , le déclara coupable du fait. La cour, par des motifs beaucoup plus suspects encore , décida que ce livre était
voir les excès et les réponses de ces fanatiques dans
Maffei, Annal., u , 217. 218, 219.
(1) Voyez l'original dansStrype's Whilgift. A pp. 04.
(2) State trials, î, 1271. Strype, iv, 21-30. Strype's Whitgifl, 370-377. Les passées séditieux dans l'acte d'accusation étaient ceux-ci : • yui peut sans rougir vous refuser ( aux évéques ) d'être cause de toute impiété? ... Le gouvernement laisse a cet homme la faculté d'être tout autre chose qu'un bon chrétien. Vous gardez la hiérarchie papiste régnant au milieu du mystère de l'iniquité, etc. » On soutint contre lui que les évéques étaient une partie du corps politique de la reine, et par conséquent , qu'en les avilissant, il avait avili sa souveraine. Voyez diverses pièces concernant et ses soumissions dans Strype , iv, 21-30
IHSÏOIRK l> ANGLETERRE
un libelle contre la personne de la reine, parce qu'il déclamait conlre le gouvernement de rfiglisc établie par son autorité. Cette décision le plaça sous l'atteinte du statut originairement porté conlre les catholiques. Mais, quoiqu'il fût condamné à mort, le roi d'Ecosse et sir W aller Ralenti intercédèrent en sa faveur (1691, 20 fév.). Il rétracta successivement ses opinions les plus favorables aux formes établies, et sa grâce allait être prononcée, quand il mourut dans sa prison (15 juin), victime de ses inquiétudes et des rigueurs de sa captivité.
Carlwright, chef des non -conformistes, et neuf de ses compagnons, sommés( 1 590,1 ersept . ) de paraître devant la commission ecclésiastique, refusèrent de répondre, sur serment, anx interrogatoires. Une telle demande, prétendaient-ils. était contraire aux lois de la terre et aux lois de Dieu. A la chambre étoilée, ils persistèrent tous dans leur refus. Leur opiniâtreté fut punie par l'emprisonnement , mais el!c donna lieu à une controverse animée, qui, sans être d'aucun avantage pour ces individus.contribua à faire ouvrir les yeux sur l'injustice de déférer aux prisonniers le serment d'office, et de les mettre ainsi dans la cruelle nécessité de commettre des parjures ou de porter témoignage contre eux-mêmes.
A cette époque, le ressentiment de la reine avait été provoqué par le fanatisme indomptable de trois membres de leur communion. Hacket, homme d'une basse naissance et de mœurs très-suspectes, avait écouté les exhortations de quelques prédicateurs. Il affectait un grand extérieur de sainteté, se prétendait doué de pouvoirs surnaturels, et protestait qu'il croyait son corps animé par l'âme de saint Jean- Baptiste. Us magistrats de Lincoln s'efforcèrent de le convaincre que ce n'était qu'une illusion , en le faisant fouetter en public. Immédiatement après ce châtiment infamant , il se rendit à Londres pour préparer la voie du Seigneur, avant sa seconde venue, et pour annoncer, comme prophète de la vengeance , les maux qui devaient «xcable. le royaume , à cause de son opposition A une information complète. Il était accompagné de Coppinger et d'Arthington, personnages de quelque fortune, que l'enthousiasme avait portés à croire ù la divine mission de Hacket Ms sortirent un matin de leurstnaisons. comme prophètes de jugement et
de miséricorde, parcoururent le« rues (19 juill. ; en s'écriant : <• Rrpens-toi, Angleterre, repens-toi! » et, du haut d'une charrette, ils haranguèrent le peuple à Charing-Cross. Ils déclaraient que la réformation était commencée, que Hackrt, comme représentant du Christ, et revêtu du corps glorieux du Messie, était venu, avec son van, pour séparer le froment de la paille; que c'était le roi du monde; que tous les princes devaient le reconnaître pour leur souverain, et que la reine serait privée de la couronne, pour son opposition a l'œuvre sainte de la réformation. Le peuple les écoulait avec étonnement, mais sans les applaudir. Dans l'impossibilité de se faire des partisans, ils retournèrent près de Hacket, et tous trois furent arrêtés et condamnés comme traîtres. Hacket mourut en proférant les plus horribles blasphèmes (26 juill.); Coppiiigcr se laissa mourir, | ou bien on le fit mourir de faim dans sa prison ; Arlhington se rétracta et obtint son pardon (1).
L'extravagance de ces fanatiques fut d'abord extrêmement défavorable â la cause des ministres détenus. On prétendait que, s'il était arrivé un soulèvement, des hommes d'un plus (îi aud poids se seraient rais a la tète des insurgés, et auraient exigé de la reine l'abolition de la prélature; mais on n'obtint aucune preuve de pareils projets. Les doctrines visionnaires des trois prophètes furent condamnées par les plus indulgents de leurs frères, et la cause de Cartwright et de ses compagnons, quand la surprise du peuple eut cessé, fut jugée à sa propre valeur. Quelque temps après, lesévêques cessèrent une discussion dans laquelle la majorité du conseil les abandonnait , cl au boui de dix-huit mois, les prisonniers furent acquittés (1592, mars), sur une promesse de meilleure conduite {'2).
Cependant leur refus de prêter le serment
(l) Slowc, 760. Collier, u , 627 , 630. Camden , 630 , 631. Daim l'interrogatoire, ils déclarèrent lou* que c'était IV sprit qui le» poriait à atfir comme ils avaient fait. 1/sdeux prophètes refusèrent de se découvrir la tête, parce qu'ils étaient d'un ranjj plus élevé que le* commissaires. Hacket était accusé, 1° d'avoir dit que la reine avait perdu ta couronne ; 2* d'avoir enfoncé un poinçon dans un portrait de la reine, vers la partie du cœur. Il s'avoua coupable de la première accusation , et ne répondit pas a la seconde. Strype , iv. i£. 1 ;2 Strype'» Wb.lGifi , 370. Apj» , 151.