CHAPITRE XVII
well n'attendit point le résultat de ce conflit : avant queMonk eût rejoint l'armée ( 12 avril), le protecteur publia , de son autorité privée , trots ordonnances, par lesquelles il incorporait l'Écosse à l'Angleterre, déliait les Écossais de leur allégeance envers Charles Stuart, abolissait les fonctions royales dans le parlement d'Êcosse, ainsi que toutes les mouvances et les titres fondés sur la servitude et le vasselage ; érigeait des cours supérieures pour remplacer lesjuridictions qu'il avait abolies, et pardonnait à la nation, excepté un nombre considérable d'individus soumis i diverses peines. La constitution écossaise fut ainsi renversée en entier, sans que personne y mit opposition ou fit de remontrances. Le courage de la nation avait été brisé ; l'expérience du passé et la présence des troupes convainquirent le peuple que toute résistance serait vaioe. Une partie de la noblesse languissait dans les prisons d'Angleterre , le reste était écrasé par les demandes de ses créanciers et les exactions des gens chargés du séquestre; l'Église elle-même sentait que son autorité, malgré son origine céleste, était incapable de résister à la puissance terrestre de la république (1).
Glencairn, Henot , Forrester , Kenmure , Montrose, et Seafortb , a diverses date* entre le 25 août et le 10 janv , dans le Couocil-Book , du 7 février 1656.
(1) Scobell, 289, 293-295. WhUetack. 583 , 597-599. Burnet, i, 100-101. Oxford , 1823. Baillie, u. 377-381. Papiers d'État de Milton , 130, 131. • L'année dernière (le 20 juillet), l'assemblée Générale se tinta Édimbourg, mais le colonel Cotterel entra et demanda par quelle autorité elle était réunie. On Inl répondit ■ que c'était une cour spirituelle de Jésus-Christ, qui ne se mêlait d'aucune affaire civile; que son autorité venait de Dieu, qu'elle était établie par les lois du pays, et que par la ligue et convention solennelles, une grande parue des militaires anglais étaient tenus de protéger celle réunion. » Mats il ordonna aux membres de l'assemblée de le suivre, les fit conduire entourés de troupes jusqu'à un mille de la ville , et leur défendit de s'assembler en plus grand nombre que trois personnes, ou de rester à Édimbourg passé buii heures du lendemain matin. Voyez les lamentations pathétiques de Baillie à cette occasion , vol. u, p. 370. Cependant Kirkton , autre lumière théo logique, nous apprend que • pendant toute la durée de ce gouvernement , l'œuvre de l'Évangile proféra (dans l'Écorne) non pas seulement un peu , mais puissamment Je crois vraiment, continu e-t-il, qu'il y eut plus d'âme» convenir* au Christ pendant cette courte période qu'à toute autre époque depuis la réformation. Les pasteurs étaient laborieux , le peuple diligent. — Beaucoup de congrégation» s'assemblaient en grand nombre pour leurs
L'élévation récente de Cromwell ne surprit point les puissances étrangères : elles connaissaient son ambition et avaient prévu ses succès. Tout ee qui avait quelque chose à espérer de son amitié ou à craindre de son inimitié, s'empressa de le féliciter ; et la plupart des princes de l'Europe adressèrent à la cour du protecteur des ambassadeurs ou des envoyés. 11 les reçut avec toute la pompe d'un souverain. Il avait quitté son appartement du Cockpit (1), pour aller habiter avec sa famille ceux qui avaient jadis été disposés pour le roi : ils étaient nouvellement et superbement meublés, et dans la salle de festin était un fauteuil de parade, placé sur une estrade élevée de trois marches au-dessus du plancher. C'est là que le protecteur se tenait pour recevoir les ambassadeurs. On avait soin de leur recommander de faire trois saluts, le premier à l'entrée, le second à moiiié chemin, et le troisième contre la première marche, à chacun desquels Cromwell répondait par une légère inclination de tête. Après leur discours et la réponse du protecteur, le même cérémonial s'observait à leur départ. Il arriva un jour qu'on le pria de permettre aux gentilshommes attachés à l'ambassade de lui baiser la main ; mais il s'avança au bord de l'estrade, salua chacun à son tour, détourna sa main, et se relira. Lorsqu'il conclut la paix avec les États Généraux, il invita les ambassadeurs à dîner. Il s assit seul d'un côté de la table ; les ambassadeurs et quelques membres du conseil furent placés de l'autre côté. Sa femme traita en même temps celles des ambassadeurs. Après dîner, les deux sociétés se réunirent dans le salon: on exécuta de la musique, et l'on chanta un psaume dont Cromwell donna un exemplaire à chaque ambassadeur, leur disant que c'était le meilleur écrit qui eût passé entre leurs mains. La fête se termina par une promenade dans la galerie (2).
communions solennelles; quelque» douzaines de ministres y prêchaient successivement , et l'auditoire restait comme en extas: trois jours consécutifs au moins, tant il était assidu aux exercices spirituels.» Rirkton 51, 55.
( I ) Le mot anglais • cockpit • signifie • une arène pour les combats de coqs. • Il est probable qu'il s'agit ic4.de l'appartement du rez de-chaussée.
{Note du traducteur.)
\2 Mém. de Clarendon, m, 240. Thurloe, », 60, Wr
Le premier traité qui demanda son attention fût celui qui se négociait avec les Provinces Unies.* La marine anglaise avait conservé, pendant son gouvernement, cette supériorité décidée sur sa rivale maritime, qu'elle avait due aux soins tutélaires du parlement. Durant le précédent mois de mai, les deux flottes ennemies, comptant chacune environ 100 voiles, avaient mis en mer, les Anglais commandés par Monk, Dean , Penn , et Lawson; les Hollandais par Van Tromp, de Ruyter, de Witte, et Evertsens. Tandis que Monk insultait les côtes de Hollande , Van Tromp canonna la ville de Douvres (1653, 2 juin). Ils se rencontrèrent ensuite près du cap de Norih-Fareland, et le combat dura toute la journée. L'ennemi perdit deux voiles, et du côté des Anglais, Dean fut tué par un boulet à chaîne. Il tomba près de Monk , qui étendit aussitôt son manteau sur le cadavre, afin que les matelots ne fussent point alarmés par la mort de leur commandant.
Le combat recommença le lendemain matin (3 juin). Quoique Blake eût rejoint , pendant la nuit, la flotte anglaise avec 18 voiles, Van Tromp combattit avec le plus grand courage; mais une terreur panique saisit sa flotte : ses ordres ne furent plus suivis ^plusieurs de ses capitaines se retirèrent devant le feu supérieur de l'ennemi, et définitivement les Hollandais cherchèrent un refuge dans le Wielings et sur les bas-fonds de la côte de Zélande. Ils perdirent 21 voiles; 1300 hommes furent faits prisonniers , et le nombre des tués et des blessés fut en proportion (1).
Cromwell reçut la nouvelle de cette victoire avec des transports de joie. Quoiqu'il n'eût aucune part au mérite d'un tel succès (car la flotte le devait aux efforts du gouvernement qu'il avait renversé), il sentait bien que l'éclat en rejaillirait sur son administration, et le peuple fut appelé à rendre de publiques actions de
154, 257 II parait . d'après le Council-Rnofc , que la dépense trimestriel-ede la maison du protecteur montait a 35,000 livres. t4 mars H555.
(1) Whiictork , 567. Ludîow. n, 27. Heath . 311 Le Clerc, i. 33J. Basii^e,!. 103 II parait par les letirr* deTburloe que te* Ari;;lai» combattirent à demi-portée de ranon. jusqu'à ce que IVnnemi tombât en confusion et commençât à fuir; et qu'alors «es vaisseaux désemparé* fureut entourés et pris par les frégates aiiQlaiac*. Tburloe , l , 269 270 , '.'73 , 277. 278.
grâces au Tout-Puissant pour cette insigne faveur. On remarqua que , dans cette circonstance , il invita , mais ne commanda point , et celte distinction fut exaltée par ses admirateurs comme une preuve de la simplicité de cœur cl de l'humilité du lord général (I).
Cette défaite causa aux États Généraux le plus profond regret. Ce n'était pas tant la perle des hommes et des vaisseaux qu'ils déploraient : elle pouvait être réparée promptement; mais elle les dégradait aux yeux de toute l'Europe, en les mettant dans la position de suppliants devant un ennemi victorieux. Us avaient , d'après les importunités de leurs commerçants , déjà nommé des ambassadeurs pour faire au nouveau gouvernement des propositions de paix (26 mai) : mais ces minisires ne quittèrent la côte de Hollande qu'après la bataille, et leur arrivée en Angleterre, dans ce moment précis, fut universellement al i ri buée à la conviction que la dernière défaite leur avait donnée de leur infériorité. On les introduisit honorablement au conseil et près de Son Excellence (22 juin) ; mais ils les trouvèrent disposés à ne rien rabattre des hautes prétentions que le parlement avait jadis manifestées. Relativement à la demande d'indemnités pour le passé , les ambassadeurs soutinrent que si l'on balançait leurs pertes respectives, on trouverait que la Hollande avait le plus souffert ; cl quant aux garanties pour l'avenir, ils dirent qu'on en trouverait dans l'achèvement du traité qui avait été interrompu par le départ subit de Saint-John etStrtckland de La Haye. L'obstination du conseil fil que les ambassadeurs demandèrent des passe ports pour s'en retourner (19 juillet); mais on trouva moyen d'éveiller en eux de nouvelles espérances, et de les amuser par de nouvelles propositions. Cromwell prenait une part principale aux conférences: quelquefois il faisait, en termes peu civils, des reproches aux ambassadeurs; d'autres fois il parlait avec larmes des malheurs occasionnés par la guerre; mais il eut loujours le soin d'envelopper ses intentions d'une telle obscurité, que deux mois s'écoulèrent avant que les Hollandais pussent en être assurés. On leur fit alors cora-
(1J Whuelock,5JK