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CHAPITRE XVII

prendre que l'Angleterre ('26 juill.) renoncerait aux indemnités pécuniaires, pourvu que Van Tromp fût éloigné pendant quelque temps du commandement de la flotte , comme par un aveu tacite qu'il était l'agresseur; mais aussi que, d'autre part, on s'attendait que les Étals consentiraient à l'incorporation des deux pays, pour former une grande puissance maritime , sous un seul et même gouvernement composé de personnes choisies dans chacun. Ceci était un sujet que les ambassadeurs n'avaient pas le droit de traiter, et l'on convint que deux d'entre eux iraient à La Haye chercher de nouvelles instructions (1).

Mais quelques jours avant leur départ, un autre combat naval avait eu lieu , et les Anglais avaient remporté une nouvelle victoire. Monk avait bloqué pendant huit semaines l'entrée du Texel; Van Tromp, aussitôt que sa flotte eut élé réparée, mit en mer, et chercha à rétablir l'honneur du pavillon hollandais. Chaque amiral avait sous ses ordres environ 100 voiles, et tant que Tromp vécut, la victoire resta indécise (31 juill.); il avait percé la ligne anglaise et revenait à sa première station quand il périt d'un coup de mousquet; les Hollandais commencèrent à chanceler, en peu de temps ils prirent la fuite, et la poursuite dura jusqu'à minuit. Ce qui distingua ce combat de tous ceux qui l'avaient précédé fut l'ordre donné par Monk de ne point faire de prises, mais de couler bas ou détruire tous les vaisseaux ennemis. Les seuls trophées de victoire furent donc des prisonniers, ramassés après qu'ils se furent jetés à la mer ou qu'ils se furent sauvés dans des embarcations, des débris de leurs vaisseaux; plus de mille furent emmenés en Angleterre, preuve suffisante que si la perte des ennemis ne monta pas à 20 voiles, selon le rapport de Monk,elle dépassa du moins celle de 9 petits bâtiments, qu'ils avaient avouée (2).

Pendant l'absence des autres ambassadeurs, Cromwell eut plusieurs entrevues particulières

(1) Voyez à ce sujet une multitude d'écrit» originaux dam Tburloe, 1 , 2C8, 284, 302 ; 8 , 31 5 ; 6, 310, 362, 370 ; 2.38l;2,391, 401.

(2) . Le Clerc, i, 335. Bagage, i, 313. Procédure* di- \ r*e«, n0lû7. Le Parfait journal , »• 187. Thurlue, i, JU2 , 120, 448.

avec celui qui était resté; c'était Beverning, député des États de la province de Hollande. La modération avec laquelle le protecteur parla sur les questions en dispute , jointe aux larmes avec lesquelles il déplorait l'inimitié de deux nations dont les principes politiques et religieux avaient tant de rapport , persuada au Hollandais qu'un arrangement pourrait être facilement et promplement effectué. D'après sa demande, ses collègues revinrent ; les conférences furent reprises (19oct.); les plus flatteuses espérances étaient nourries, lorsque tout à coup les commissaires anglais présentèrent une liste de vingt-sept articles (24 nov.) rédigés avec un ton de supériorité insultante, et par lesquels on exigeait des sacrifices aussi pénibles que honteux. Quelques jours après , le parlement fut dissous, et comme les intérêts du nouveau protecteur lui rendaient la paix évidemment nécessaire , les ambassadeurs commencèrent à affecter de l'indifférence et demandèrent leurs passe-ports. On découvrit alors un mezzo termine : on renonça à quelquesunes des exigences précédentes; on en modifia d'autres, et toutes les difficultés furent levées, à l'exception de celle-ci , savoir : si le roi de Danemark, allié des Hollandais, qui, pour leur plaire, avait confisqué 23 bâtiments de commerce anglais dans la mer Raltique(l), serait compris ou non dans le traité. Les ambassadeurs étaient â Gravesend (1654 , 6 janvier), prêts â retourner chez eux, lorsque Cromwell proposa un nouvel expédient qu'ils approuvèrent. Ils poursuivirent néanmoins leur route, obtinrent l'approbation des divers États, et revinrent pour conclure (28 févr.); mais, à leur grande surprise, de nouvelles difficultés furent élevées. Beverning avait eu l'imprudence de se vanter de son adresse : il prétendait que, par ses menaces de rompre la négociation, il avait contraint le protecteur d'abaisser ses exigences, et maintenant Cromwell usait de représailles, en jouant le même jeu. En même temps qu'il augmentait ses demandes, il équipa une flotte de 100 voiles, et donna l'ordre d'embarquer plusieurs régiments (5 avril). Les ambassadeurs, sachant bien que les Étais n'étaient point en mesure de combattre

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cet armement formidable, cédèrent ayee répugnance, et la paix fut enfin signée le 6 avril, après dix mois de négociations (I).

Le cabinet anglais fit, par ce traité, l'abandon tacite des prétentions élevées qu'il avait d'abord mises en avant. Il n'y était fait aucune mention d'indemnité pour le passé ni de garantie pour l'avenir, ni de l'incorporation des deux États, ni du droit de visite, ni du dixième hareng, ni de l'exclusion du prince d'Orange de l'emploi de stathouder. La fierté hollandaise n'avait pu se soumettre à ces conditions humiliantes; et Cromwellse contenta de deux autres articles, qui semblaient intéresser également les deux nations, mais qui, en réalité, étaient dirigés contre la famille des Stuarts et de leurs adhérents. Il fut stipulé qu'aucune des deux républiques ne recueillerait ni n'aiderait les ennemis, les rebelles, ou les exilés de l'autre; mais que chacune d'elles, étant préalablement requise de le faire, leur ordonnerait, sous peine de mort, de quitter son territoire avant l'expiration de vingt-huit jours. Les Hollandais ne montrèrent aucune répugnance à rendre au pavillon de la république les mêmes honneurs qu'ils avaient rendus à celui du roi. La seule difficulté qui retarda jusqu'à la fin la conclusion du traité avait rapport aux indemnités dues aux négociants, pour les déprédations exercées sur leur commerce dans l'Inde, avant la guerre, et la détention de leurs navires par le roi de Danemark, pendant sa durée. On convint à la fin de nommer des arbitres choisis dans les deux nations, et que chaque gouvernement serait lié par leur décision. Ces arbitres décidèrent (30 août) que l'Ile de Polerone serait rendue, que 170.000 livres seraient payées, à titre de dommages, à la compagnie des Indes anglaises; quc3,61o liv. seraient distribuées aux héritiers des personnes exécutées à Amboync, et qu'une indemnité de 97,973 livres serait donnée aux négociants qui faisaient le commerce de la Baltique (2).

(1) Thurloe, i , 570 , 007. 616 , 624 . 013 , 650 ; u , 9, 19 , 28,36,74 ; 5, 123, 137, 195 . 197. Le Clerc, i ,310- 313. Il parait, d'après cet écrits , que pendant toute la durée des négociation», les dépét-bes des ambassadeurs , ainsi que celles qu'on leur adressait , furent ouvertes, et que le conseil d liai avait des copies de la plupart des arrêts des Étais Généraux. Voyez particulièrement , u , 09,153.

(2) Voyez la Dévison dis arbitres, 85, 88. Sauredo,

Le protecteur ne réussit qu'en partie dans un objet auquel U attachait personnellement une grande importance. Muni du pouvoir suprême, H considérait Charles comme son rival; et il fit tous ses efforts pour dépouiller le roi exilé de tout espoir de secours étranger. Il n'avait rien à craindre de la part du prince d'Orange, tant que durerait sa minorité, quoique ce prince fût allié de la famille royale; mais afin de l'empêcher de secourir la cause royale dans la suite, il essaya de le faire exclure par le traité des hautes fonctions qui étaient comme héréditaires dans sa famille. Le refus décidé des États l'avait fait renoncer à cette prétention; mais il intrigua, par l'entremise de Beverning , avec les chefs de la faction Louvestcin, et obtint un article secret, par lequel les États de Hollande et de West-Friseland s'engageaient à ne jamais élire le prince d Orange pour leur stathouder, ni à souffrir qu'il eût le commandement suprême de la marine ou de l'armée de terre. Mais le secret transpira : les autres États furent piqués de cette négociation clandestine; leurs plaintes et leurs remontrances donnèrent lieu à des apologies et à des défenses; une scission ouverte se déclara entre les provinces, et chaque jour ajoutait à l'animosité des deux partis. Cependant cette querelle fut définitivement avantageuse au jeune prince, par suite du déplaisir avec lequel le peuple vit l'entremise d'un pouvoir étranger, ou plutôt, comme on le qualifiait, d'un usurpateur, dans les affaires intérieures de la république (1).

La guerre qui régnait depuis si longtemps entre les couronnes rivales de France et d'Espagne porta Louis et Philippe à rechercher l'amitié du nouveau protecteur (1663). Alonzo de Cardenas, ambassadeur d'Espagne, avait

ambassadeur vénitien, qui résidait à Amsterdam pendant la cu*«"ie , nous apprend que les Hollandais avouaient avoir perdu 1122 vaisseaux de guerre ou navires marchands, et que la dépense de cette guerre excédait celle de leurs vingt années d'hostilités contre l'Espagne, il rapporte que leur iuFériorité tenait à trois causes , savoir: que les vaUsraui anglais étaient plus grands, que leurs canons étaient de cutvre et d'un calibre plus fort, et que le grand nombre des prises faites par les Anglais an commencement de la guerre avait détruit les ressources maritimes de leurs ennemis. Relation M s.

(1) Dumout, 79. Thurloe, vol. u , m , passim. Voyea la Déduction , ou Défense des États de Hollande , dans Le Clerc , i , 345 , et Basoage , i , 312.

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