CHAPITRE XVII
cheval de bataille magnifiquement harnaché, et enfin le* grands dignitaires de l'État et les membres du consiil. La mise du protecteur Formait un singulier contraste avec la splendeur du cortège : il portait un habit uni, dans le genre des gentilshommes de campagne, et I se disiinguait principalement de sa suite par ! sa grande simplicité, et par le privilège de garder son chapeau. Après le sermon, il se plaça dans le fauteuil de parade de la chambre peinte , pendant que les députés s'assirent, découverts, sur des banquettes rangées le long des murs, t.e prolecteur se leva, ôta son chapeau, et leur parla pendant trois heures (4 sept.). Son discours fut, comme de coutume, verbeux , embrouillé, obscur, entrelardé de citations de la Bible , propres à ranimer la ferveur des dévots, et assaisonné d'une affectation de modestie, pour désarmer l'animosité des j républicains. Il dépeignit l'état de la nation à l'expiration du dernier parlement : elle était agitée par les principes des niveleurs, qui tendaient à tout réduire à l'égalité ; par les doctrines des hommes de la cinquième monarchie, \ subversives du gouvernement civil; par des ! théoriciens religieux , prétendus champions de la liberté de conscience , qui condamnaient tout clergé «établi» comme babylonien et antichrétien ; et par des essaims de jé>uites , qui avaient ■ établi en Angleterre une juridiction épiscopale : pour pcrv< rtir le peuple. En même temps la ■ guerre maritime avec la Hollande absorbait ; toutes les ressources pécuniaires, tandis que { les guerres commerciales avec la France et le j Portugal étouffaient l'industrie nationale. Il leur dit alors de comparer ce tableau avec l'état de choses actuel. Les impôts avaient été réduits; des juges remplis de talents et d'intégrité siégeaient dans les cours; le travail accablant des commissaires du grand sceau était allégé, par le renvoi de plusieurs espèces de procès, de la chancellerie aux cours de justice ordinaires ; et «l'on avait mis. un frein à cette ryanie de prêcher qui s'emparait du premier venu.» La guerre avec la Hollande s'était terminée par une piix avantageuse ; des traités de commerce et d'amitié avaient été conclus avec le Danemark et la Suède (1); un traité
(1) Le traité avec la Sufde fui négocié par YVhilelocJc, 1
semblable, qui mettait les commerçants anglais à l'abri de l'inquisition, avait été signé avec le Portugal, et un antre était commencé avec l'ambassadeur du roi de France. De cetle manière, le gouvernement avait, à grand» pa«, rapproché les trois nations ude la terre promise :» c'était maintenant l'affaire du parlement de les y introduire. La perspective qui s'ouvrait devant eux était belle, pourvu qu'ils n'allassent « pas regretter les ognons et les potages de TÊgypte.» Il ne leur parlait point en maître, mais en camarade de service, «en ouvrier qui devait coopérer à la même bonne œuvre; » c'est pourquoi il ne voulait pas les retenir plus longtemps, mais les priait de se rendre à leur chambre et de choisir leur président (1).
Toute la puissance du gouvernement avait été mise en œuvre pour influencer les élections: les procès-verbaux des scrutins avaient été examinés par un comité du conseil, sous prétexte de s'assurer qu'on avait suivi les dispositions de l'acte; la conséquence fut que le lord Grey de Groby, le major Wildman, et quelques autres républicains signalés , furent exclus par l'ordre du protecteur. Toutefois , il ne put composer une chambre conforme à ses désirs :la cour présenta Lenlhall comme son candidat à la présidence, et l'opposition, Brad>haw, le plus habile et le plus hardi de son parti : après un court débat, Lenthall fut élu, par le premier parti, qui le savait souple et timide; par l'autre, qui regardait sa présidence comme un pas vers le rétablissement du long parlement , qu'il avait présidé. Mais personne ne s'avisa de proposer qu'il fût , selon
que l'influence de Crnmwell fit charger malgré lui de celte mission. Il avait pour objet de détacher la Suède dei intérêt* de la France , et de rengager a maintenir la liberté du commerce dan* la Baltique, contre le Danemark, qui était sou* l'influence de la Hollande. Il fut conclu le 10 avril. Apre* la paix avec la Hollande, le monarque danois s'empressa d'apaiser le prolecteur : le traité stipulait que les commerçant* anglais ne payeraient point d'autre* droits que les Hollandais. Par 11 ils purent importer des munitions navales au même prix , tandis qu'auparavant, à cause des droits élevés, il* étaient forcés de les racheter aux HollanJais. Yoyez le traité dans Dumont, ▼, part, n , p. 80, 92.
(i) Comparez la copie officielle imprimée par G. Savr bridge, 1654, avec l'extrait de Whitelock (599. 600), et celui de Bordeaux. Tburloe, u, 588. Voyez aussi 1rs Journ., 3, 4 sept.
l'ancienne coutume, présenté à l'acceptation du magistrat suprême : on était d'avis que cela sentait trop la royauté (1).
On ne fut pas longtemps sans que la force respective des partis fût connue (6 septembre). Après un débat animé, dans lequel on demanda plus d'une fuis pourquoi les membres du long parlement, qui se trouvaient présents, ne ressaisiraient point l'auiorité dont ils avaient été privés illégalement et de force; et par quel autre droit que celui de lépée, un seul homme prétendait ■ commander à ses supérieurs,» la ; motion fut faite, que la chambre se formât en ' comité, pour décider si le gouvernement rési- , derait dans une seule personne et un parle- \ ment ; et la décision fut contre la cour à une ' majorité de cinq voix, ce qui surprit et alarma Cromwell (2). Les meneurs de l'opposition 1 étaient Bradohaw, Mazlerig, et Scot, qui soutinrent dans le comité (8 sept.) que le gouvernement existant émanait d'une autorité incompétente, et combattirent « la décision solennelle ! d'un parlement légitime;» tandis que les pro- ! tectoristes soutinrent, avec une chaleur égale, que puisque cette décision avait été approuvée par le peuple, seule source réelle du pouvoir, elle ne pouvait pas être soumise a la révision de ses représentants. La discussion dura plusieurs jours, pendant lesquels le parti républicain s'accrut graduellement. On ne contestait pas \ que le pouvoir exécutif ne pût être avec avan- i tage confié à un seul individu (9 sept.) ; mais on soutenait que l'autorité législative appartenait de droit au parlement. Les officiers et les courtisans, voyaot que l'opinion de la chambre était contre eux (11 sept.), abandonnèrent la question de droit, et eurent recours à celle d'utilité: a Dans les conjonctures actuelles,
(1) Il parait, par le registre du conseil (do 21 août 1654 ), que , ce jour même , de* lettre* furent adressées aux shérifs , avec les uoms des membres que le conseil avait approuvés, et l'ordre de les avertir de se rendre à la ebambre. Les lettres pour les lieux les plus éloignés partirent les premières , afin qu'on les rrçot toutes a peu prés en même temps.
(2) Plusieurs des membres qui votèrent avec la majorité ne faisaient point d'objection contre l'autorité du protecteur, mais contre la source dont elle émanait, c est àdire contie un titre écrit, dont on ignorait l'auteur. Ils désiraient que l'autorité lui fût accordée par un acte du parlement. Thtirloe , n , GOS.
dirent-ils, le salut public exigeait un frein a l'autorité du parlement, qui, sans cela, serait illimitée; ce frein ne pouvait être qu'une autorité coordonnée, ayant voix négative; et cette autorité résidait dans le « protecteur, » que la Providence leur avait indiqué, qui était reconnu par le peuple dans ses adresses, et confirmé par les conditions mêmes exprimées dans les brevets des membres. » On objectait que les inconvénients d'un tel frein avaient porté la nation à l'abolition du gouvernement royal; que les adresses du peuple exprimaient sa joie d'être délivré de l'incapacité du petit parlement, et non pas son approbation du nouveau gouvernement; que la Providence permet souvent ce qu'elle désapprouve; et que les brevets, qui étaient un artifice de la cour, ne pouvaient avoir aucune force pour lier le pouvoir suprême. » Pour concilier les opinions, un compromis avait été imaginé; mais Cromwell ne voulut point courir les risques de l'événement (I). Après avoir fait arrêter Harrison (12 sept.), dont les partisans rassemblaient des signatures à une pétition, il envoya trois régiments occuper les principaux postes de la cité, et fit venir les députés dans la ebambre peinte. Déposant alors le ton modeste qu'il avait gardé jusqu'à ce jour, il déclara franchement aux membres « que Dieu l'avait appelé et le peuple reconnu; et que personne autre que Dieu et le peuple ne lui ôterait jamais sa place. Il ne l'avait nullement postulée : Dieu savait que toute son ambition était de vivre en gentilhomme de campagne; mais les circonstances impérieuses lui avaient imposé le devoir de l'accepter. Le long parlement avait amené sa propre dissolution par son despotisme; le petit parlement, par sa nullité (2). Dans chaque conjoncture il
(1) Voyei l'introduction au Journal de Burton , xxiv-
(2) C'est une chose digne de remarque, que Cromwell, en parlant du despotisme du long parlement , lui fasse absolument les mêmes reproche* que ceux qu'avait allègues son ennemi Lilburne ,«de s'attribuer le jugement des causes capitales et criminelles, tandis que précédemment il n'avait jamais exercé le pouvoir judiciaire. > Il soutient fermement que ce parlement avait l'intention de ae perpétuer, en remplaçant les vacances I mesure qu'elles auraient eu lieu ; et que la demande de son consentement a ce sujet lui avait été faite plusieurs fois. • Les pauvret humain* , ajouta t- il , étaient . sous l'empire de ce pouvoir