‹ Histoire d' AngleterreChapitre 245 sur 307 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

s'était trouvé investi du pouvoir absolu sur l'armée, cl par le moyen de l'armée, sur les trois nations. Mais il s'était empressé chaque fois de renoncer à ce pouvoir; et si, à la fin, il avait acquiescé à l'acte d'institution du gouvernement, c'est parce que cet acte était conçu de manière à ce que le parlement et le protecteur se servissent de frein mutuel. Dieu lui était témoin (dans le ciel) qu'il ne s'était pas mis de lui-même dans le poste où H se trouvait placé; sa conscience lui rendait intérieurement le même témoignage, ainsi qu'une nuée de témoins à l'extérieur : il en attestait les personnes qui étaient présentes quand il prêta le serment de fidélité à «l'acte d'institution; » les officiers de l'armée des trois nations, qui avaient marqué leur approbation parleur signature; la cité de Londres, qui l'avait fêté ; les comtés, les villes, et les bourg», qui lui avaient envoyé des adresses; les juges, les magistrats, les shérifs, qui agissaient sous son autorité; enfin, les hommes mêmes qui étaient devant lui , car ils y étaient venus en vertu de son ordre, et sous la condition expresse que «les personnes ainsi choisies n'auraient pas le droit de changer le gouvernement , tel qu'il est établi dans un seul individu et le parlement. » Cest pourquoi il désirait qu'ils comprissent bien que quatre points étaient fondamentaux : 1° que le pouvoir suprême résiderait dans un individuel le parlement; 2° que le parlement serait successif, et non perpétuel; 3* que ni le protecteur ni le parlement ne posséderait exclusivement le commandement suprême de l'armée; et 4° que la liberté de conscience serait défendue par des barrières qui préviendraient en même temps la licence et la persécution. Les autres articles de l'acte étaient moins essentiels;

arbitraire, pourchassés par troupeaux , comme des moulons , jusqu'à la confiscation de leurs biens meubles et immeubles , «ans que personne pût donner une raiwin pour qu'un seul d'entre eux eut mérité une amende d'un sbelling. Je tous dis la Térilé; et mon âme, ainsi que beaucoup de personnes que je vois ici présentes , étaient extrêmement affligées de ces choses, et ne taraient comment y porter remède , autrement que par leurs gémis- «fmpni» , et par leur opposition , lorsque l'occasion s'en présentait. > Je rapporte ce passage , parce que depuis que l'on a découvert les papiers des gens chargé* des séquestres, on a cru, â cause de la régularité de leurs livres et de l'équité apparente de leurs actes, tels qu'ils se trouvent enregistres, que peu d'in justices avaient eu lieu.

ils étaient susceptibles de changement, selon les circonstances; et quant à lui, il serait toujours prêt à donner son assentiment à tout ce qui était raisonnable. Mais il ne souffrirait point qu'ils siégeassent, en désavouant l'autorité par laquelle ils siégeaient. Dans cette vue, il avait préparé une déclarât ion qu'il les priait de signer. Ceux qui refuseraient seraient exclus de la chambre: les autres y seraient admis, et pourraient exercer leur pouvoir législatif sans obstacle, car fon veto n'avait de force que pendant vingt jours. 11 ne tenait qu'à eux de limiter son autorité. Il s'y soumettrait volontiers, pourvu qu'il crût que ce fût dans les intérêts du peuple s(l).

Les députés trouvèrent, à leur retour, une garde militaire à la porte de la chambre, et un parchemin placé sur une table dans l'antichambre, pour recevoir les signatures. Cet écrit contenait la déclaration dont le protecteur avait parlé; c'était une promesse que ses signataires ne proposeraient, ni ne consentiraient, de changer la forme du gouvernement établi « dans un individu et un parlement. » Lenlhall, président de la chambre, signa immédiatement; son exemple fut suivi par le parti de la cour; et dans peu de jours, il y eut près de 300 signatures. Les républicains fermes refusèrent; cependant la suite fît voir que leur exclusion ne donna point à la cour, sur la chambre, l'ascendant qu'on s'en était prorais (2).

Un accident extraordinaire eut lieu vers cette époque (3 oct.). Parmi les présents que Cromwell avait reçus des princes étrangers , se trouvaient 6 chevaux de carrosse frisons, donnés par le duc d'Oldenburg. Un jour, après avoir diné avec Thurloe sous les arbres du parc , il lui prit fantaisie d'essayer la vigueur de ces chevaux. Le secrétaire fut obligé de monter dans la voilure ; le protecteur, oubliant son rang, monta sur le siège. Les chevaux obéirent d'abord à la main du cocher improvisé ; mais des coups de fouet trop multipliés leur firent prendre le galop, et Cromwell fut renversé de son siège. D'abord il

(1) Imprimé par G. Sawbridfte, 1654.

(2) Thurloe, n , €06. Whiielock, 605. Journaux, filé septembre. Mai* d'où venait, demande Fletwood dans une lettre à Tburloe , que celte promesse ne fut pas eii gée des membres à l'ouverture du parlement ? n , 620.

resta suspendu au timon par une jambe embarrassée dans le harnais , et l'explosion d'un pistolet chargé dans une de ses poches augmenta la frayeur et la rapidité des chevaux ; mais une secousse heureuse fit sortir son pied de son soulier , et il tomba sous la voiture sans être touché par les roues, l^s gardes, qui le suivaient de près, le ramassèrent el le portèrent à Whitehall : Thurloc sauta parla portière de la voilure, et en fut quitte pour une foulure à la cheville et quelques fortes contusions. Ils gardèrent tous deux la chambre pendant longtemps ; mais il y eut beaucoup de personnes qui attribuèrent celle retraite autant à la politique qu'à leur indisposition. Les a cavaliers» s'amusèrent a prophétiser que comme sa première chute avait été d'un carrosse, la suivante serait d'une charrette. L'explosion du pistolet révélait au public les terreurs secrètes qui l'agitaient, celle conscience du danger, ces craintes d'assassinat, qui sont les compagnes ordinaires d'une ambition prospère , mais désordonnée (1).

La violence récemment exercée par Cromwcll envers le parlement, et la circonstance qui y avait donné lieu , avaient ouvert les yeux de ses plus dévoués partisans. Ses protestations de désintéressement , ses appels solennels au ciel en témoignage de son désir de mener une vie privée , contrastaient avec sa conduite ambitieuse et arbitraire, et la chambre, quoique privée d'un quart de ses membres, contenait encore une majorité défiante de ses desseins et jalouse de limiter son autorité. L'accident qui avail mis en danger .sa vie portail naturellement à réfléchir aux conséquences probables de sa mort; et, pour sonder la disposition des membres, la question de la succession fut plusieurs fois, quoique non formellement (13 oct.), traitée. Les observations qu'elle fit naître étaient peu favorables à ses espérances; cependant, lorsque tous les arrangements préalables furent terminés, quand tous les membres dépendants du gouverucraeut furent rassembles, Lambert exposa , dans un long discours péniblement étudié, les inconvénients de l'élection, les avantages de l'hérédité , et proposa que la dignité de protecteur fût limitée à la famille

(1) Heatb , 363. Tburloe , u , 652, C53, 072. Lutï.ow, ii,63.

d'Olivier Cromwell, suivant la loi d'héritage

établie. Cette motion fut, à la grande surprise et mortification du parti, rejetée par 200 voix contre 80, et l'on résolut qu'à la mort du protecteur son successeur serait choisi par le parlement s'il était alors réuni, et dans son absence, par le conseil (1).

( 1 655) Celle tentative avait clairement prouvé les sentiments de la majorité. Les membres qui la composaient, sentant néanmoins leur faiblesse relative, évitèrent de donner à Cromwell des motifs palpables de mécontentement. S'ils nommaient des comités pour reviser les ordonnances qu'il avait faites, ils affectaient de les regarder comme de simples règlements provisoires, destinés à tenir lieu de lois jusqu'à la rentrée du parlement. S'ils examinaient en détail les 40 articles de l'acte d'institution, en rejetaient quelques-uns, en amendaient d'autres, ils écartaient leurs mains profanes de ceux qu'il avait nommés sacrés, « les quatre colonnes immuables sur lesquelles la nouvelle constitution étail établie.» Cromwell, de sou côté, ne laissait percer aucun symptôme d'impatience, mais attendait tranquillement l'époque où. il avait résolu de rompre les desseins de ses adversaires. On procéda à la révision de «l'acte»: les travaux du parlement furent réunis en forme de projet de loi, et ce projet fut lu une troisième fois (19 janvier). Les partisans de la cour prolongèrent les débats pendant deux

(I) Thurloe, i, 668, 681, 685. Wbilelock , 607. Journaux , 3 nov. Quoique la chambre fût journellement occupée de l'importante question de ta succession dan» le gouvernement , elle trouva le temps d'examiner le» opinion* de John Biddie, qui peut être appelé le père de* Unitaire* anglais. Il avait été emprisonné troia foi* par le long parlement, el détinitivetueut nu* eu liberté par l'acte d'amnistie , en 1652. La reproduction de »e* opinions fixa l'attention du parlement actuel : il répondit aux questions du président, qu'il ne voyait nulle part dans l'Écriture, «que le Christ ou le Saint-Esprit y fût appelé Dieu ; et l'on décida qu'il serait envoyé à la prison de Gau bouse , et que l'on préparerait un projet de loi pour le punir. I»i dissolution du parlement lui sauva la vie , et il recouvra sa liberté par un ordre de la cour supérieure. Mais il fut arrêté de nou.eau en 1655, et envoyé a l'Ile de Scilly pour y être renfermé toute ta vie d-ins le château de Sainte-Marie. Cromwell le fil meure eu liberté en 1058; mais eu 1662, il fut de nouveau rt u fermé à Newgate , et y mourut la même année Vovrz Viia Bidc.li; le bref Reçu ; Journ , 12, 13 dcc. 165t. Wood, m , 594; et Biogr. Bntan.

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