CHAPITRE XVII
jours, en proposant divers amendements; le troisième (22 janv.), Cromwell convoqua le parlement daus la chambre peinte : sa physionomie marquait le mécontentement et le mépris, et le ton dont il leur parla leur fit bientôt sentir j qu'ils s'étaient donné un maître.
«Ils paraissaient devant lui, dit-il aux membres assemblés, avec le président à leur tète, comme une chambre du parlement. Cependant qu'avaient-ils fait en cette qualité? Il n'avait jamais prétendu, il ne prétendrait jamais faire j l'orateur; mais iLleur dirait franchement qu'ils n'avaient rien fait du tout ; dans l'espace de cinq mois, ils n'avaient pas passé un seul bill , pas présenté une seule adresse , et n'avaient pas communiqué une seule fois avec lui. Quant à ce qui les concernait, il n'avait autre chose à faire qu'à prier Dieu d'éclairer leurs esprits et de bénir leurs travaux. Mais n'avaient-ils donc rien fait du tout? Oui; ils avaient encouragé les « cavaliers » à comploter contre la république, et les niveleurs à intriguer avec les o cavaliers.» Ils avaient, par leurs dissensions, aidé les fanatiques à jeter la nation dans la confusion, et, par leurs lenteurs , forcé les soldats de vivre à discrétion chez les habitants. Us croyaient peut-être qu'il cherchait à rendre le protectorat héréditaire dans sa famille : cela était faux; s'ils avaient inséré une telle clause dans l'acte, cela seul le lui eût fait rejeter. Il parlait dans la crainte du Seigneur, qui ne voulait point être méprisé, et avec l'assurance que sa conscience ne démentait pas ses assertions. On attribuait à ses ruses les diverses révolutions qui étaient arrivées : que les hommes étaient aveugles de ne pas voir la main de la Providence dans ses miséricordieuses dispensations; de tourner en ridicule, comme des visions de l'enthousiasme, les observations «faites par l'esprit vivifiant et enseignant!» On croyait qu'il ne pourrait pas lever d'argent , sans le secours du parlement ; mais a il était habitué aux difficultés, et n'avait jamais trouvé que l'aide de Dieu lui manquât quand il avait eu confiance en lui. » Le peuple payerait volontiers à cause de la nécessité; mais cette nécessité ne provenait-elle point de son fait? Non; clic veuait de Dieu; clic était la conséquence de la providence divine. Ce n'était pas miracle que des hommes qui vivaient de leurs messes
et de leur bréviaire, de leur culte charnel et damnante, méconnussent les œuvres de Dieu ; mais que ceux qui avaient reçu les enseignements de l'esprit de Dieu tinssent le même lan gage, et osassent dire que ces choses provenaient des hommes, tandis que Dieu les avait faites, c'était plus que Dieu ne voulait souffrir. Mais, afin de ne pas 1rs fatiguer plus longtemps, son devoir l'obligeait de leur dire que leur continuation n'était pas utile à la nation, et, pour cette raison , il leur déclarait que le parlement était dissous» (1).
C'était là un coup auquel ses adversaires n'étaient point préparés. L'acte d'institution établissait qne le parlement siégerait pendant cinq mois,et il s'en fallait encore dedouze joursque ce terme fût expiré. Mais Cromwell interpréta cette clause en mois lunaires et non en mois du calendrier; et, selon son compte, elle était écoulée depuis la veille. On aurait facilement pu contester une telle interprétation; mais une force militaire était prête à soutenir l'opinion du protecteur, et la prudence détermina à la soumission ceux de ses ennemis qui y étaient le moins disposés.
La conspiration à laquelle il avait fait allusion dans son discours était le résultat de l'impatience des deux partis opposes, les républicains et les royalistes. Parmi les républicains, H y en avait plusieurs qui se souciaient fort peu de la religion, tandis que d'autres étaient des enthousiastes ; mais un intérêt commun les réunissait dans la même cause. Les premiers ne pouvaient pardonner l'usurpation de Cromwell, qui avait à la fois dérobé les fruits et détruit l'objet de leurs travaux, l es seconds se demandaient les uns aux autres comment ils pouvaient en conscience rester tranquilles, et souffrir que tant de sang eût été répandu, que tant de trésors eussent été dépensés, tant de pleurs versés, et tant de vœux formés en vain. S'ils «espéraient regarder avec confiance la face du prince des terreurs, s'ils cherchaient à se préserver de l'abîme sans fond, il fallait
(t) Imprimé par Henry HilU, imprimeur de «on al. tewe le lord proiecieur, 1054*. Whilelock, 610-018. Journ. , 19, 21), 22 janv.
* La date, qui leinble d'abord Inexacte, e*t cependant exacte en ce que l'année ne oommcnç/il que le 25 mar».
(Note du trad.)
qu'ils épousassent encore une fois la cause de celui qui les avait appelés pour assurer la liberté du peuple et les droits du parlement » (1). On publia, d'après ces diverses opinions, des brochuresqui exposaient l'hypocrisie et les parjures du protecteur; on mit en roouvemeut des agitateurs, et l'on fit circuler des lettres de régiment en régiment (10 févr.); on forma même des projets pour surprendre la personne de Crorawell , et pour s'emparer du château d'Édimbourg, de Hull, de Portsmoulh, et d'autres places fortes. Mais il n'était pas facile aux républicains de tromper la vigilance ou d'éviter la force de leur adversaire. Il congédia tous les officiers dont la fidélité était équivoque, et s'assura de l'obéissance des soldats, en remplaçant ces chefs par d'autres plus dévoués à ses intérêts. Par ses ordres, le colonel Wildman fut surpris dictant à son secrétaire une déclaration des plus hostiles et des plus violentes contre le gouvernement; le lordGrey de Groby, les colonels Alured, Overton, et d'autres, furent arrêtés : plusieurs d'entre eux restèrent longtemps en prison ; d'autres furent mis en liberté, moyennant caution d'une conduite tranquille (2).
L'autre conspiration, plus étendue dans ses ramifications, n'eut pas néanmoins plus de résultat. Quoique beaucoup de royalistes se fussent résignés en désespoir de cause, il s'en trouvait encore beaucoup dont l'enthousiasme croyait voir, dans chaque succession d'événements, des motifs de joie et d'espérance. Us écoutaient chaque récit qui flattait leurs désirs, et se persuadaient qu'à la première tentative contre l'usurpateur, ils seraient joints par tous ceux qui condamnaient son hypocrisie et son ambition. C'était en vain que Charles, fixé à Cologne avec sa cour, leur recommandait la prudence ; qu'il conjurait ses partisans de ne point compromettre ses espérances et les leurs par des projets qui, sans lui être utiles, exposeraient leur propre sûreté : ils méprisaient ses conseils, et l'accusaient d'indolence et d'apathie. Ils formèrent des associations, rassem-
(1) Voyez Tburloe, m , 29; et le* Papier» d'État do MilioD, 132.
(2) Tburloe, m, pantin. Whilelock, 618-620. Bâtes,
blèrenl des armes, et fixèrent le 14 février pour un soulèvement simultané dans la plupart des comtés de l'Angleterre (1). Le jour fut à la vérité retardé; mais Charles, d'après leurs prières, serendit incognito à Middleburgh dans la Zélande, afin d'être tout prêt à passer en Angleterre; et le lord Wilmot, depuis peu créé comte de Rochester, vint avec sir Joseph Wagstaff pour commander les insurgents, le pre-
', raier dans le nord , le second dans les comtés
1 occidentaux. Wagstaff entra à Salisbury avec 200 cavaliers du Wiltshire (11 mars), le jour
' même de la tenue des assises, à cinq heures du matin. Le gros de ce corps s'établit sur la place du marché, et de petits détachements s'emparèrent des chevaux dans les auberges, élargirent les prisonniers, et arrêtèrent le shérif et les juges dans leurs lits. Wagstaff, afin d'exciter la confiance des royalistes, et la terreur de leurs ennemis, donna ordre de pendre sur-lechamp ces trois personnages ; mais le principal de ceux qui l'accompagnaient intercéda si vivement en leur faveur, qu'ils furent mis eu liberté. Ayant ensuite proclamé le roi sur la place, il quitta Salisbury vers deux heures de l'après-midi. 11 commençait déjà à désespérer du succès : à peine un seul homme l'avait joint de tous ceux que la tenue des assises avait réunis en foule dans cette ville ; et les royalistes du Hampshire , au nombre d'environ 260 chevaux, n'étaient point arrivés, selon leur promesse. De Salisbury, les insurgents marchèrent à travers le Dorsetshire, dans le comté de Devon. Leur espoir s'affaiblissait à chaque instant : plus ils avançaient, plus leur nombre
i diminuait ; et quand ils eurent atteint Southmolton, trompés dans leur attente de secours, épuisés de veilles et de fatigues, ils se rendirent aux sollicitations du capitaine Crook, qui les suivait avec une simple troupe de cava-
• lerie, et leur promettait la vie sauve, à condition qu'ils ne feraient aucune résistance. Wagstaff et deux autres, ne s'y fiant pas, s'échappèrent : tout le reste mit bas les armes, et fut réservé pourêtrelraduiienjugement(2X14mars].
(1) QarendoD ( BUt, m, 552) indique le 18 avril pour le soulèvement ; mais toutes les pièces prouvent que ! c'est une méprise.
I (2) Wbitelock , 620. Tburloe, m, 263, 296, 306- Heaib, 367. ClareodoD , m , 651-560. Ludlow, il , 69