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CHAPITRE XVII

Les royalistes du Uampshire, qui s'étaient j mis en marche sur Salifbury, venant à «avoir que Wagslaff avait quitté celte ville , se dispersèrent aussitôt. D'autres soulèvements partiels éclatèrent en même temps, dans les comtés de Moutgomcry, de Shropsbire, de Nottinghara, d'York, et de Northumberland; mais partout ils eurent les mêmes résultats. Les républicains , tout en désirant avec ardeur de voir le protecteur abaissé dans la poussière, ne pouvaient souffrir que sa ruine fût l'ouvrage d'un parti dont l'ascendant leur paraissait encore un plus grand mal. Les insurgenls furent tout a la fois honteux cl effrayés de leur petit nombre : la prudence les décida à se débander avant de commettre aucuu acte d'hostilité, et ils se retirèrent en secret chez eux, afin d'échapper i aux preuves, sinon aux soupçons. Rochester même, tout présomptueux qu'il était, abandonna cette entreprise , et avec son bonheur accoutumé, se sauvai pied , à travers mille dangers, depuis le centre du Yorkshire jusqu'à Cologne, où était la cour de son souverain exilé(l).

Cromwell, soit par un sentiment de honte, soit par crainte des conséquences, ne s'était hasardé à mettre en jugement, malgré les provocations qu'il en avait reçues, aucun des hommes qui avaient jadis combattu à ses côtés, et qui maintenant s'unissaient contre lui, parce qu'il foulait aux pieds les libertés de la nation. Ce fut autre chose avec les royalistes. Il savait que leurs souffrances exciteraient peu la pitié de ceux dont il recherchait la bienveillance ; il désirait en même temps d'intimider les plus ardents par le châtiment de ceux qu'il avait faits prisonniers. Quoiqu'ils se fussent rendus sous conditions, Penruddock et Grove furent décapités à Exetcr (16 mai); d'autres furent pendus dans celte ville et a Salisbury, et le reste fut envoyé en esclavage aux Barbades (2). Ces exécutions furent suivies de quelques mesures de précaution : le protecteur défendit a tous les prêtres anglicans qui avaient été destitués ou détenus d'exercer l'état de précepteur ou de maître d'école, ainsi que de prêcher, ou d'officier, et de lire le ser-

(1) Wbiielock, 618-620. Heaib,368.Clarendon, m,

(2) Procè* d'État, v, 767-780.

vice de l'Église, soit en public, soit en particulier ; il ordonna, sous peine de mort, aux prêtrescatholiques romains, dcquiller le royaume; il bannit tous les «cavaliers» et les catholiques romains à 20 milles de la capitale ; il défendit d'imprimer aucune nouvelle sans la permission du secrétaire d'Étal; enfin, il fil enfermer presque tous les membres de la haute noblesse et les principales familles de l'Angleterre, jusqu'à ce qu'elles eussent donné caution de leur bonne conduite et de leur future comparution. Une ordonnance fut en outre publiée, portant que «tous ceux qui avaient, à une époque quelconque, porté les armes pour le roi, ou qui s'étaient déclarés de son parti, abandonneraient le dixième de leurs biens pour indemniser la république des dépenses qu'avaient occasionnées leur caractère remuant, et les justes causes d'inquiétude qu'ils avaient fait naître. » Il serait difficile de concevoir un mode d'imposition plus inique. Par là , Cromwell renversait lui-même l'acte d'amnistie qu'il avait publié, dans l'intention, disait-il, de mettre en oubli toutes les offenses passées ; et cela contre toute équité, parce qu'il enveloppait l'innocent et le coupable dans le même châtiment, et qu'il donnait lieu aux plus grandes exactions, les commissaires mettant au nombre des ennemis de la république ceux qui étaient restés neutres entre les partis, ou qui n'avaient pas donné une satisfaction complète par la promptitude de leurs services ou de leurs contributions. Pour mettre le comble à ces actes tyranniques, Cromwell divisa le pays, d'abord en onze, puis en quatorze gouvernements militaires, confiés à autant d'officiers ayant le titre et le rang de majors généraux, avec le droit de lever, dans leurs juridictions respectives, des troupes, pour servir seulement dans certaines circonstances; de lever les dixièmes et autres taxes publiques; d'apaiser les tumultes et les insurreci ions ; de désarmer les papistes et les «cavaliers; » de scruter la conduite des ecclésiastiques et des maîtres d'école; enfin d'arrêter, de mettre en prison, et de faire donner caution à toutes les personnes dangereuses ou suspectes. Ainsi, le long et sanglant conflit primitivement entrepris pour recouvrir les libertés du pays, se termiua par l'établissement d'un despotisme militaire. Les institutions

qui avaient servi de frein nu pouvoir dts souverains précédents se trouvaient abolies; la puissance léçislalive ei le pouvoir exécutif étaient dans les mains du même individu; les droits les plus précieux du peuple dépendaient du bon plaisir d'un aventurier qui, sous le masque de la dissimulation, s'était emparé du gouverneme nt des trois royaumes , et le retenait par la puissance des armes (I).

(1654) Après avoir jeté un coup d'œil sur les affaires de l'intérieur, nous allons revenir à ce qui se passait au dehors. Dès l'année précédente, les deux armements qui avaient tant occupé l'attention de ( Europe avaient quitté les ports de l'Angleterre. Leur destination réelle, mais secrète, était d'envahir les colonies de l'Amérique, et de surprendre les transports d'argent de l'Espagne , cette ancienne et fidèle alliée de la république. Pour justifier cette mesure, on allégua dans le conseil que, puisque l'Amérique n'était pas nommée dans les traités de 1604 et 1630, les hostilités dans cette partie du monde ne seraient point une infraction à ces traités ; que les Espagnols avaient commis des déprédations sur le commerce anglais dans les Antilles , et qu'ils étaient par conséquent sujets aux représailles; qu'ils s'étaient emparés de ces pays par force et contre le vœu des indigènes , et que par cette raison on pouvait avec justice les en expulser par la force; enfin, que la conquête de ces pays transatlantiques contribuerait à répandre la lumière de l'Evangile parmi les Indiens, et à diminuer les ressources du papisme en Europe (2). II n'est guère probable que de si min

(1) Sanredo, qui était armé depuis peu en qualité d'ambassadeur extraordinaire, décrit ainsi le pouvoir de Cromwcll. «Non fa caso del nome , gli basta posse-

• drre l'autoi ità e la potenza. seuza comparazione majore

• non solo di quanti re siauo stati in Inghiltcrra , ma di

• quanti monarchi stnnnnno pmentemente alcun scttr«

• nel monda. Smentite le Icggi fondamentali dcl rq;no,

• c;;li è il solo Irgislatore: tutti i governi excono dalle

• sue mani . e qurili dcl cousip.lio , per entrarvi , devono

• ewrc nominal! da sua altczza, né possotio di venir

• grandi, se non da lui innalzati. E perché alcuno non

• abbta modo di guadagnar aulorila sopra i'annata, tutti

• gli avanzamenli , tenza passar per alcun mezzo, sono «da lui dircliamcnte rounM.-iuli. . Sagredo, M«.

(2) Tliurloe, t , 7CO, 701 ; h. 54, 151, 570- l.udlow, i, 51, 105. L'article du traité de 1630, sur lequel Cromwdl l'mdait sa prétention de commercer librement aux Ind s,

ces prétextes aient pu être des sujets de couviclion pour le protecteur; il était mû par des motifs bien différents : par l'espoir de recueillir , à peu de frais, une masse de richesses et de gloire, et en même temps par la facilité d'occuper, dans une expédition lointaine, les officiers dont la fidélité lui était suspecte.

Le cabinet espagnol , jugeant d'après les circonstances, commença à soupçonner son dessein, et, pour dernier effort, envoya le marquis de l^eyda, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, & la cour de Londres (janv.). Il y fut gracieusement reçu et traité avec respect; cependant, malgré les plus vives sollicitations, il ne put obtenir, dans cinq mois de temps, une réponse positive à ce qu'il proposait. Il 6t valoir auprès du protecteur les services que l'Espagne avait rendus a la république; il présenta la conduite qu'avait tenue de Daas comme une preuve des desseins insidieux de Mazarin ; il soutint que la dernière insurrec* tion était, au moins en partie, le résultat des intrigues de la France, et que des troupes françaises avaient été rassemblées sur la côte , dans le dessein d'accompagner Charles Stuart en Angleterre, si ses partisans n'eussent point été promptement abattus ; il conclut par offrir d'assiéger Calais , et , lorsqu'il serait pris , de le céder à Cromwcll, pourvu que, de son côté , le protecteur voulût bien aider le prince de Condé dans le dessein de se frayer un passage jusqu'à Bordeaux. Enfin, fatigué de délais interminables, et jugeant qu'un plus long séjour en Angleterre compromettait la dignité de son souverain, il demanda ses passe-ports (1654 , 18 juin), et fut congédié par le protecteur avec beaucoup de compliments (1).

Pendant ce temps, Blake, qui commandait une des expéditions , avait traversé le détroit

était le premier qui établissait la paix entre tous les sujets des deux couronnes, subdUos qtioscumqtie : celui que les Espagnols alléguaient était le septième , par lequel , le roi d'Espagne ne roulant pas consentir au commerce libre de l'Amérique , ce commerce éuil borné • aux pays dans lesquels il avait eu lieu avant la guerre eutre Elisabeth d'Angleterre et Philippe d'Espagne ; • expressions qui en excluaient l'Amérique aussi positivement que si elle eût été nominativement indiquée. Voyez Dumont, iv, part, n, pag. 621.

(h Tburlof, i, 761 ; u, 54, 164, 570. Dumont, t, part u, K O.

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