CHAPITRE III
d'office donoa lieu à une motion à la session suivante du parlement, pour obtenir une réforme dans la pratique des cours ecclésiastiques. Mais ce projet fut étouffé, à sa naissance, par le despotisme de la reine, qui, envoyant chercher le président l'après-midi , lui ordonna de rappeler à la chambre qu elle avait le pouvoir de convoquer ou de dissoudre le parlement , de consentir ou de rejeter ses actes; qu'elle leur avait déjà défendu d'intervenir dans des sujets qu'ils n'avaient pas le droit de discuter, affaires d'État ou causes ecclésiastiques ; qu'elle s'étonnait de leur audace et de leur désobéissance , et qu'elle leur commandait dorénavant de n'écouter aucune motion, et à lui président , sur son allégeance, de ne jamais lire à la chambre aucun bilt qui eût quelque rapport à de pareilles questions. Elle ne se contenta pas de cette réprimande. Motrice, le moteur de la question, fut arrêté à sa place par un sergent d'armes, dépouillé de sa charge à la cour du duché de Lancastre, déclaré incapable de remplir les fonctions d'avocat , et renfermé plusieurs années au château de Tulbury ( I ).
Par un acte de ce parlement , le protestant, comme le plus pauvre catholique réfractairc, était passible de la pénalitédu bannissement ou de la félonie, sans bénéfice de clergie, à moins qu'il ne se conformât dans les trois mois qui suivraient la conviction ; mais les puritains, à cette époque, étaient divisés en deux sectes: le plus grand nombre, disciples de Cartwright et de ses compagnons, ne rejetaient pas quelques cérémonies du culte établi, ni la manière d'administrer le sacrement comme on le faisait dans plusieurs églises; d'après cela, ils échappèrent, en certaines occasions , à la sévérité de la loi ; mais il en existait d'autres, nommés brownistes ou séparatistes, qui regardaient toute espèce de communication avec une Église non chrétienne comme une tache à leur conscience, et, dans cette conviction , ils bravaient avec opiniâtreté les menaces et la puissance de la reine. Pour les intimider, on accusa cinq d'entre eux ( 1593, 23 mars) d'avoir écrit et publié des libelles séditieux. L'excuse, que les passages inculpés étaient dirigés contre les évèques cl non contre la reine, ne fut point admise: et
(1) Towushend , M. M->c». 473 Neal.c.S
quoique l'on épargnât les publicateurs , les écrivains Barrow et Greenwood subirent la peine de mort (6 avril). Le ministre Penry fut la victime qui les suivit. On trouva dans ses papiers un recueil de sentences sans suite, qui semblaient devoir porter sur le caractère de la reine. 11 protesta que ce n'étaient que les articles d'une pétition qu'il se proposait de composer, et sou- | tint que , comme il ne l'avait communiquée â aucune autre personne, cet ouvrage ne pouvait être atteint par le statut. Le jury le déclara coupable (25 mai), et, pour prévenir toute émeute au moment de l'exécution, on le fit sor-
tir subitement après diner, et on le pendit (29 mai ) aux abreuvoirs de Saint-Thomas ( I). I Ces exécutions éveillèrent les craintes des séparatistes, mais elles ne réduisirent pas leur opiniâtreté. Il y en eut beaucoup d'emprisonnés. Quelques-uns furent convaincus d'être non-conformistes, et plusieurs furent bannis. Mais la reine avançait en âge; le roi d'Écosse, son héritier présomptif, professait les principes du puritanisme, et les chefs du parti orthodoxe virent le danger de tenir une route qui pouvait attirer sur eux la vengeance de leur futur souverain. Les persécutions cessèrent graduellement , et les séparatistes jouirent d'une situation comparativement plus tranquille, longtemps avant la mort d'Élisabeth.
Nous laisserons ces débats religieux , qui font si bien connaître l'esprit d'intolérance de ce siècle, pour revenir aux guerres étrangères, et aux intrigues domestiques qui occupèrent l'attention de la reine jusqu'à la fin de son règne. Les transports de joie causés par la défaite de l'Armada n'eurent pas plutôt cessé, que la reine calcula les frais de la victoire, et fut effrayée de son énorme dépense. Un emprunt forcé parut le moyen le plus prompt pour se procurer un subside immédiat (1588, nov.). Les marchands de la cité furent taxés selon les moyens qu'on leur supposait. On envoya des ordonnances de comptant aux lords lieutenants des différents comtés, et tous les réfractaires qui avaient de la fortune, tous les individus soupçonnés à raison de leur
(t) Stowe , 765 Srype's Whitfiifl, 410, 412, 413. Annales de Strvpe. Ou le croyait l'auteur de Martin Marprelate , cYm pourquoi il fut traite" aver celle barbarie.
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reb'gion,et toutes les personnes qui n'avaient pas quelque ami puissant à la cour, furent forcés d'avancer la somme à laquelle ils avaient été taxés (1). Le clergé et le parlement s'assemblè- " rent peu après. Le premier accorda à la reine ( 1589 , 8 mars ) un don de deux subsides de 6 shillings par livre, et l'autre , deux subsides de 4 schillings A dixièmes et 4 quinzièmes. Les communes joignirent à ce vote libéral (29 mars) une pétition à la reine. La terreur qu'avait causée l'armée espagnole était alors dissipée : on ne songeait plus qu'à se venger et à faire des conquêtes , et la chambre pria la reiue de punir l'insulte qu'elle avait reçue de Philippe , en portant la guerre dans ses États (2). Elisabeth loua le courage de son peuple affectionné; mais son trésor était épuisé, elle ne pouvait avancer d'argent ; cependant , elle fournirait des vaisseaux de guerre et quelques bandes de vieux soldats; mais il fallait que ses sujets pourvussent au reste par leurs propres ressources. Une association se forma promptement. A la tète, on voyait les noms de Morris et de Drake , hommes justement estimés comme les premiers dans le service militaire et maritime ; et , sous leurs auspices, un armement de près de 200 voiles, portant 21,000 hommes, se réunit au port de Plymouth.
Le lecteur se rappelle que Laetitia , comtesse douairière d'Essex, avait épousé le comte de Leicester, qui présenta son fils, le comte d'Essex, à la reine. Sa jeunesse, sa grâce et son esprit captivèrent bientôt Elisabeth : elle en fit son grand ëeuyer, et à l'apparition de l'Armada, (il avait à peine alors vingt et un ans) , elle le promut aux fonctions importantes de capitaine général de la cavalerie; quand elle visita le camp, elle déploya visiblement sa tendresse devant toute l'armée , et le récompensa de ses ser
(I) Murdin, G32. tansdowne, Mss. tri, 3,4; tru, 4. On trouve dans Lodtfe un singulier exemple du pouvoir doui le» commissaire» s'éiaient empares. Bajjo» , que lord Sbrewsbury employait à recevoir l'argent , lui écrivit eu faveur de Joliffe , a qui l'on avait envoyé une ordonnance de comptant, et «'exprima ainsi : . il y a un nommé Keyuald Uevill qui possède de Grands biens , qui n'a ni femme , ni charge , qui fait l'usure , et qui vaut mille livres. Il ne fera jamais de bien a son pays. Votre «cifloeurie ferait une action cbari'able en lui imposant la part de Joliffe .
vices peu périlleux , en lui conférant l'ordre de la Jarretière. A la mort de Leicester, il succéda au poste de premier favori : la reine exigea qu'il résidât constamment à la cour, et l'indulgence qu'elle eut pour ses caprices nourrit et encouragea encore ses passions. Mais la société de la «vieille femme» avait peu d'attraits pour un jeune seigneur aussi volage, et le désir d'acquérir de la gloire, peut-être l'espoir du pillage (car il avait déjà 22,000 livres de dettes), dirigèrent ses regards vers l'armement de Plymouth (1). Sans communiquer ses intentions à la reine , il quitta subitement la cour , se rendit en hâte i Plymouth, s'embarqua à bord du Swiftsure, vaisseau de la marine royale , et mit immédiatement en mer ( 1er avril). 11 était à peine parti , que le comte de Huniingdon arriva, avec Tordre d'arrêter le fugitif, et de le ramener prisonnier aux pieds de sa souveraine: voyant qu'il était trop tard , il remit les instructions royales aux commandants de 1 expédition (2).
Ces chefs étaient accompagnés de dom Antonio , prieur de Crato, qui avait disputé , sans succès, à Philippe, la couronne de Portugal. La reine avait donué l'ordre d'essayer de faire une révolution en sa faveur, et s'ils ne pouvaient y réussir, de croiser sur la côte de la péninsule , et d'accabler les sujets de Philippe de tous les maux qui seraient en leur pouvoir (3). Mais Drake était habitué depuis longtemps à commander absolument dans ses expéditions de pirateries; il refusa de se lier par des instructions, fit voile directement pour le port de la Gurogne (21 avril). 11 s'empara de plusieurs vaisseaux de guerre ou de commerce : la ville des Pécheurs ou le faubourg fut surprise , et les magasins remplis d'huile et de vin devinrent la proie des vainqueurs. Mais ce fut en vain qu'on fit une brèche au mur de la place même; tous les assauts furent repoussés, et 300 hommes périrent par l'écroulement inattendu d'une tour. Cependant, le comte d'Andrada s'était retranché à la Puente-dc-Burgos. Norris marcha contre lui avec des forces inférieures : le premier effort pour traverser le
(i; Murdin, 034.
(2) l.odfle , il , 38.5. Camdeii , 002.
;3j l.oii;» , ii , :i »7