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CHAPITRE XVIH

fussent telles qu'il le disait , et il voyait dans le conseil qu'il avait donné des raisons de conclure que ses associés étaient des ennemis de la royauté (1). La négociation entre le roi et les ministres espagnols commença à alarmer à la fois Cromwell et Mazarin. Le cardinal s'attendait à la défection des régiments anglais et irlandais au service de France ; et le protecteur prévoyait qu'ils seraient probablement employés à faire une descente en Angleterre. On résolut de mettre le duc d'York en opposition avec son frère. Ce jeune prince avait fait avec son régiment quatre campagnes sous le maréchal deTurcnne : sa paye de colonel et sa pension de 6,000 pistoles suffisaient grandement a ses besoins ; et sa bravoure sur le champ de bataille lui avait valu l'estime du général, et l'avait rendu l'idole de ses compatriotes. Au lieu de le bannir de France, conformément au traité secret, Mazarin, d'accord avec Cromwell, lui offrit l'emploi de commandant en chef de l'armée d'Italie Jacques l'accepta avec reconnaissance et enthousiasme; mais Charles lui ordonna de donner sa démission et de se retirer immédiatement à Bruges. Il obéit : son départ fut suivi de la démission de la plupart des officiers anglais et irlandais de l'armée, et l'on vit un grand nombrede soldats suivre l'exemple de leurs officiers. Cette intrigue n'ayant pas réussi, Cromwell et Mazarin curent recours à une autre dont nous ne connaissons pas les ressorts secrets. On fit insinuer par quelque ami prétendu à don Juan, nouveau gouverneur des Pays-Bas, qu'il y avait peu de fond à faire sur Jacques, qui était sincèrement attaché à la France et gouverné par sir John Berkeley, agent secret de la cour de France, et ennemi déclaré du chancelier et de son parti. En conséquence , le commandement réel des troupes royales fut donné a Marsin , un étranger ; un serment de fidélité à l'Espagne fut, avec le consentement de Charles, exigé des officiers et des soldais , el au bout de peu de jours le roi demanda d'abord , puis ordonna à Jacques de renvoyer Berkeley. Le jeune prince ne s'y refusa pas; mais il suivit immédiatement Berkeley en Hollande , avec l'intention de se rendre

(I) Clarent!., Pdp , m, 303, 311, 31:», 315, 317.

en France en passant par l'Allemagne. Crom well vit son départ avec joie , et il écrivit à Mazarin une lettre de félicitation sur le succès de cette inlrigue : ce fut un sujet d'inquiétude pour Charles , qui envoya des messages à Jacques pour le prier et lui commander de revenir à Breda. Le prince parut hésiter. Il revint bientôt après à Bruges , sur la promesse que le passé serait oublié : Berkeley le suivit ; et l'élévation du favori à la pairie compléta le triomphe des fugitifs (1).

Nous pouvons maintenant revenir eu Angleterre, où la guerre avec l'Espagne avait excité un mécontentement général. Les amis de la république considéraient l'Espagne comme leur alliée la plus ancienne et l.i plus fidèle : les marchands se plaignaient que le négoce avec ce pays, Tune des branches les plus lucratives du commerce anglais, leur était enlevé et donné à leurs rivaux les Hollandais; les saints croyaient que le non-succès de l'expédition d'Ilispaniola était une preuve suffisante que le ciel condamnait cette rupture de l'amitié des deux États. Il servit peu à Cromwell, pour justifier sa conduite, de publier un manifeste où, après avoir énuméré beaucoup d'outrages et de cruautés réelles ou imaginaires, exercés par les Espagnols sur les Anglais dans les Indes occidentales, il soutenait que la guerre était juste, honorable, et nécessaire. Ses enncmis,royalistcs, niveleurs, anabaptistes, et républicains de toute espèce, ne laissèrent pas affaiblir la clameur qui s'élevait contre lui; et, à sa grande sur-

(I) Clarendonne parle pas, dans son Histoire, de la fuite de Jacques. Il cherche même h persuader au lecteur que le duc fut oblifté de quitter la France par suite du traité secret (m, GI0, 611 Pap., tu, suppl. 79!, quoiqu'il soit clair, par le» Mémoire» de Jacques, qu'il la quitta malgré lui pour obéir à l'ordre formel de son frère ( Jacques, i, 270}. Clarendon donne pour cause de son inimitié avfc IJcrkeley son- opposition à la de- • mande que faisait celui-ci de la présidence de la cour des pupilles ( llist., 110. Pap., ibid.j; Jacques, le conseil donné par Clarendon a lady Moi ion, de rejeter les propositions de mariage de Berkeley (Jacques, i, 273). Le renvoi de Berkeley vint de Mazarin cl fut demandé par l'uensaldagoe , qui employa pour cet objet lord Bristol n Bennet : c est ce qui résulte d'une lettre de Cromwell an cardinal (Thurloe, v, 730); d'une lettre de Bristol ;;u roi (Clarrud., Pap., m, 318), et du récit de Berkeley tl ns Ciaiendo» (ibid. , supplém. 79). Voyez aussi ibid., 317-324 , cl les Mémoires de Jacques , i , 266-293.

prise, quelques-uns des capitaines d'une aulre flotte, assemblée à Portsmouth, firent une requête pour être informés de l'objet de l'expédition (2 mars). Si elle était destinée contre l'Espagne, leur conscience les obligerait à refuser de servir. Ce n'était pas du côté de l'Espagne qu'étaient les torts; car il était bien connu que les exemples d'agression énumérés dans le manifeste, n'avaient été que des actes de défense légitime contre les déprédations et les attaques d'aventuriers anglais (I). Desborough se rendit en hâte (5 mars) à Portsmouth pour réprimer ce dangereux esprit. Quelques officiers résignèrent leurs commissions, d'autres furent casses; et la flotte enfin fit voile (16 mars), commandée à la fois par Blake et par Montaguc; ce deruier avait la confiance du protecteur, et était probablement chargé de surveiller la conduite de son collègue. Leur première destination était Cadix, où ils devaient détruire la flotte dans le port et tenter une attaque sur cette place ou sur le rocher de Gibraltar (20 avril). A leur arrivée, ils assemblèrent un conseil de guerre; mais on ne put trouver un pilote assez hardi ou assez confiant pour guider la flotte à travers le canal tortueux des Caraccas ; et Cadix et Gibraltar étaient trop bien défendus, et offraient un aspect trop formidable pour donner un espoir de réussite sans la coopération d'une armée (2). Abandonnant l'entreprise (29 mai), les deux amiraux allèrent à Lisbonne et arrachèrent au roi de Portugal la ratification du traité conclu d'abord par son ambassadeur, ainsi que le payement de la somme de 50,000 livres qui y était stipulée. I De là ils revinrent à Cadix (10 juin), passèrent ' le détroit, insultèrent les Espagnols à Malaga , (10 juillet), les Maures à Sallé, et, après une croisière inutile de plus de deux mois, jetèrent une seconde fois l'ancre dans le Tage (3). il arriva que, justement après leur arrivée, le capitaine Slayner, avec une escadre de frégates, rencontra une flotte espagnole de 8 voites (10 sept.) venant d'Amérique. Sur ces bâtiments, il en détruisit 4 et en prit 2, dont l'un était ,

(1) Thurloe, iv. 571. Voyez aussi 582.58J.59J. Lettre* de Urtc. 11,87,90, 92, 95.

(2) Thurloe, v, C7. 133.

(3) Thurloe, i , 726 730; v, 68, 113, 2Ô7, 286.

chargé d'or. Montagne, qui ramena la prise, l'évalua dans sa dépèche à 200,000 livres. Les imprimés publics la firent monter à 2 millions, et les amis de Cromwell virent dans cet événement »un témoignage nouveau de la présence de Dieu, et un gage de son approbation de la guerre contre l'Espagne « (1).

L'équipement de celte flotte avait épuisé le trésor public, et le protecteur n'osait pas imposer des taxes additionnelles dans un moment où on lui contestait, dans les cours de justice, le droit de lever l'impôt ordinaire, sous prétexte que le temps que le parlement avait accordé était expiré. Sir Peter Wentworlh avait refusé de payer l'impôt foncier, et un marchand, nommé Coney, les droits sur les importations à Londres : les commissaires leur imposèrent des amendes et les firent saisir. Ceux-ci intentèrent un procès aux collecteurs. Cromwell , il est vrai, pouvait y mettre fin en envoyant les avocats en prison et en effrayant leurs clients ; mais l'exemple était dangereux : le besoin d'argent se faisait sentir tous les jours davantage ; et, de l'avis de son conseil, il consentit à convoquer le parlement pour le 17 septembre (2).

Le résultat des élections luj révéla un secret alarmant : c'est que la haine pour son gouvernement était plus profondément enracinée et plus généralement répandue qu'il ne s'y serait attendu. 11 est vrai qu'en Ecosse et en Irlande les électeurs choisirent docilement les membres désignés par le conseil; mais c'étaient des pays conquis, courbés sous le joug du despo-

(1) tbid.,399, 433, 509,521 Lettres de Carte, h, 114. Une lettre du colonel Wbtte nout apprend que l'argent en lingot* pesait plut de 40,000 livres, a quoi il faut ajouter quelques causes de vaisselle plate Thurloe , 542. Tburloe lut-mPme dit que les deux prises pouvaient monter à peu prés à 250 ou 300,000 livre» sterling, 557,

(2) Lettres de Carte , u , 98, 103, 109. Ludlovr, n, 80 82. Clareod. , Hist. , m, 640. Voyez aussi un Compte rendu des procédures dans l'affaire de M. G Coney. par Samuel Selwood , p,ent. 1655. Les juifs avaient offert à Cromwell une somme considérable, s'il voulait leur permettre de s'établir et de faire le commerce en Angleterre. Il nomma des commissaires pour conférer avec leur a^eni Manassé Ben Israël , et un conseil de théologiens fut consulté sur la légitimité du projet. L'opposition des marchands et des théologieus l'engagea à s'arrêter; mais M. Ellisa prouvé qu'il leur accorda depuis une protection tache. Couocil Book , 14 nov. 1655. Thurloe, iv,321,388. Baies, 37t. Elit» iv,2.

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