‹ Histoire d' AngleterreChapitre 254 sur 307 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

tisme militaire. Ea Angleterre, tonte la nation était en fermentation : on faisait circuler des pamphlets clandestins, qui sommaient les électeurs de faire un dernier effort pour défendre leurs libertés; et quoique Vane, Ludlow,ct Ricb, eussent été mis en prison (1); quoique d autres chefs républicains eussent été exclus par des poursuites criminelles; quoique les «cavaliers,» les catholiques , tous ceux qui n'avaient pas voulu secourir la cause du parlement, eussent été rendus incapables de voter par «l'acte;» quoique la force militaire fût employée à agir par la crainte sur les élections de Londres; quoique toute l'influence du gouvernement et de l'armée fût ouvertement mise en œuvre dans le pays, néanmoins les candidats du gouvernement furent entièrement repoussés dans quelques comtés, et le furent en partie dans presque tous. Mais Cromwcll n'avait pas oublié la faute qu'il avait commise à la dernière session. 11 prit des mesures pour qu'aucun de ses adversaires déclarés ne fût admis à prendre possession de son siège, l-es rapports furent reçus devant le conseil; et les majors généraux reçurent l'ordre de faire des recherches sur les opinions politiques et religieuses des membres, l^es rapports de ces officiers furent soigneusement examinés, et on dressa une liste de près de 100 personnes qui devaient être exclues, sous prétexte d'immoralité ou de culpabilité (2).

(1656, 17 sept.) Au jour fixé, le protecteur, après le service divin, parla aux nouveaux « représentants » dans la chambre peinte. Son objet réel était de se procurer de l'argent, et dans ce but il chercha à exciter leurs alarmes et à intéresser leurs haines religieuses. Il passa en revue les ennemis de la nation. Le premier était l'Espagnol, adversaire naturel de l'Angleterre, parce que c'était un esclave du pape, un enfant de ténèbres, par conséquent ennemi de la lumière, aveuglé par la superstition, et désireux de renverser les choses de Dieu ; avec qui il éraii impossible de vivre en paix , et auquel , dans ses rapports avec ce pays, on pou-

(1) On peut voir les procédures qui eurent lieu a celte occasion , dans Ludlow, ti, 115-123, et Procès dÉlat, »,79l.

(2) Thurloe , t, 269, 317, 328, 329, 337, 341, 313, 3»,

vait appliquer ces paroies de l'Ecriture: «Je mettrai l'immensité entre (a race et sa race. » Il y avait encore Charles Stuart, qui, avec l'aide des Espagnols et du duc de Neubourg, avait levé une armée formidable pour envahir l'Ile. Il y avait les papistes et les « cavaliers, d qui s'étaient déjà soulevés et qui étaient prêts à se soulever de nouveau en faveur de Charles Stuart. Il y avait les niveleurs, qui avaient envoyé un agent à la cour de Madrid ; et les hommes de la cinquième monarchie, qui cherchaient à s'unir aux niveleurs contre lui: «Il y eut une réconciliation entre Hérodeet Pilate, pour que le Christ pût être mis à mort. » Les remèdes (quoique dans cette partie de son discours il fit des digressions si fréquentes qu'il semblait embarrassé d'en venir aux remèdes) étaient de continuer la guerre à l'extérieur, et de donner de la force au gouvernement à l'intérieur ; de ne pas employer inutilement le temps à des questions de moins d'importance ou d'une nécessité moins urgente, mais de rechercher l'état du revenu public, et de lever de forts subsides. En concluant , il commenta le quatre-vingt-cinquième psaume, en s'écriant : «Si le pape, et l'Espagnol , et le diable, et le monde entier, s'unissent contre nous, quand ils nous entoureraient comme des abeilles, nous les détruirons au nom du Seigneur. Le Dieu des armées est avec nous , le Dieu de Jacob est noire refugc»(l).

De la chambre peinte les membres se rendirent au parlement; une garde militaire était posée à la porte, et l'on exigeait de chaque individu un certificat du conseil avant de le laisser entrer (2). Les membres exclus se plaignirent par lettres de cette violation des privilèges parlementaires. Un vif sentiment de desapprobation se manifesta dans plusieurs

(1) Introduction au Journal de Burtnn, cilTiii-clxxix. Journ. , 17 sept. Tburluc, v, 427. L'armée du roi, que

| Ciotimel' portait j «qu'à 8,000 hommes , n'en a*ait pas ' plui» de 1 ,000; Thurloe lui-même l'assure deux fois, 605,

(2) Les certificats qui avaient élé délivrés aux membres favorisés étaient dans la forme suivante : • 17 sept.,

IC56, comté de Les présentes sont pour certifier

que A. B. est désigné, par acte public , comme l'un des représentants dudit comté au parlement, et qu'il est approuvé par le conseil de son aliesse. • Natta. Taylor, greffier <k la république & la chancellerie.

HISTOIRE D'ANGLETEKRF.

parties de la chambre -, le greffier de la chancellerie de l'État reçut l'ordre de mettre tous les rapports des shérifs sur la table, et le conseil fut requis de donner les motifs de cette formalité nouvelle et partiale. Fiennes, l'un des commissaires du grand sceau, répondit que le droit d'enquête sur la capacité des membres avait été, par « l'acte ,» confié aux lords du conseil , qui avaient justifié cette confiance de leur mieux. Il s'ensuivit un débat très-animé : on ne pouvait nier qu'il n'y eût uue disposition de ce genre dans «l'acte» (1); mais il semblait contraire aux premiers principes de la justice que le conseil pût décider sur des informations secrètes et sans que les intéressés en fussent instruits. Néanmoins la cour était actuellement maltresse des votes de la majorité ; et , par la force du nombre, on fit une motion pour demander que la chambre passât aux affaires du gouvernement. Plusieurs membres, pour marquer leur désapprobation, se retirèrent volontairement , et ceux qui avaieut été exclus de force publièrent un appel à la justice du peuple, conçu en termes hardis et violents (2).

Ayant ainsi éliminé ses ennemis, Cromwell n'avait pas à craindre d'opposition à ses désirs. La chambre adopta une résolution qui déclarait juste et politique la guerre avec l'Espagne, et deux actes , dont l'un déclarait nulles toutes les prétentions de Charles Stuart et de sa famille à la couronne; par l'autre, on prenait de nouvelles précautions pour la sûreté de la personne du protecteur. Un subside de 100,000 livres fut volé avec la même unanimité; mais quand on en vint à discuter les moyens de lever cet ar-

(I) Dans le projtt • d'instrument,» tel qu'il avait été amendé dan* la dernière srssioti , juridiction du conseil dan* celte matière élan bornée au cas de criminalité, et sa décision u était pas en dernier ressort, mais soumise à ranprulwiion de la chambre. Joui n. , 1654 , 29 nov. ; mais ce projet n'avait pas reçu l'assentiment du protecteur.

(1*) On peut voir dans Tliurloe, v, 371 , 383 , la nature des accusations élevées contre Us membres. Dans les Journaux on ne fait mention que de soixante et dix-muf noms (Journaux , l&ïS, l!)$ept.); mais il y en a quatrevinflMix huit joints à l'appel dans Wbilelock, CÎI-G53. Dans les deux listes se trouvent les noms d'Antoine Axhley Cooper, qui fut depuis conseiller i.itîme de Cromwell , et de plusieurs autres qui , quelque temps après , sollicitèrent et obtinrent des certificats.

! gent, il y eut une grande diversité d'opinions : quelques-uns proposèrent une enquête sur la direction de la trésorerie; d'autres, d'adopter des améliorations dans la perception du revenu public; d'autres recommandèrent une augmentation de l'excise ; d'autres , un système de dépenses plus économique. Plusieurs semaines, plusieurs mois furent cunuyeusement et inutilement employés à discuter ces questions et quelques bills particuliers : quoique le temps fixé par u l'instrument » fût dépassé, le bill de l'impôt n'avançait pas ; et , pour augmenter l'impatience de Cromwell, on introduisit accidentellement un nouveau sujet de discussion qui , parce qu'il intéressait vivement les passions de la chambre, absorba pendant quelque temps toute son attention (1).

A l'âge de dix-neuf ans, George Fox, fils d'un tisserand de Drayton , né avec une âme disposée aux impressions religieuses , avait accompagné quelques-uns descs amis à une foire dans le voisinage. Le bruit, les réjouissances, et la dissipation dont il était témoin , l'amenèrent à des pensées sérieuses et à des scrupules de conscience. Cet enthousiaste entendit ou se persuada qu'il entendait une voix intérieure qui lui ordonnait de quitter la maison de son père et de se faire étranger dans son propre pays. Docile à l'avertissement céleste, il commença à mener une vie solitaire , errant de lieu en lieu, et vêtu de cuir de la tète aux pieds. Il lut attentivement les Écritures, étudia les différentes visions de l'Apocalypse, et en apprit la véritable signification du Christ et du Saint-Esprit. D'abord son esprit fut livré à la crainte et au doute: niais, quand le temps de l'épreuve fut passé, il se trouva enivré de joies spirituelles, et reçut l'assurance que son nom était écrit a dans le livre de vie de l'Agneau. » A la même époque, le j Seigneur lui défendit d'employer le pronom I pluriel vous en s'adressant à une seule personne; ; de donner le bonsoir ou le bonjour à son pro- ' chain ; de découvrir sa tète ou défaire la rétéi rence devant aucun être mortel ; enfin l'Esprit , le poussa à l'aire part aus autres des ductrincs i coiestes qu'il avait apprises. En 1617, il prêcha pour la première fois à Duckcnfield , près de

(1) Journaux . pasMin.Tinirloe, v, 472, 494. 52i,ùM, ; 67-, GJ4. N'oyez la no.e Ci*, a la fin du volume.

Page 1