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CHAPITRE XVIU

Manchester; mais le thcâlrc où ses travaux fructifièrent le plus fut Swarlhmoor, près d Ulverston. Ses disciples suivirent son exemple: la parole de l'Esprit fut donnée aux femmes ainsi qu'aux hommes , et les prédicateurs des deux sexes, ainsi que beaucoup de leurs disciples, attirèrent les regards et les censures du magistrat civil. Leur refus de se découvrir devant le tribunal était ordinairement puni d'une amende , comme marque de mépris ; les motifs religieux qui les empêchaient de prêter serment et de payer la dtme les exposèrent à des emprisonnements assez longs; et ils furent souvent et sévèrement fouettés comme vagabonds , parce qu'ils avaient l'habitude d'errer à travers le pays pour prêcher. A ces souffrances on ajouta des calomnies, comme c'est l'usage vis-à-vis de sectes persécutées : on les accusa faussement denier la Trinité, d'attaquer l'autorité du gouvernement , et de tentatives pour débaucher la fidélité des soldats. Malgré les punitions et les calomnies , les quakers, comme on les appelait, persévérèrent dans leur doctrine : ils soutinrent toujours que c'était leur devoir d'obéir à l'impulsion du Saint- Esprit, et se soumirent avec la plus édifiante résignation aux conséquences qui en pouvaient résulter, quelque pénibles qu'elles pussent être à la chair et au sang (1).

Il est difficile de parler sans indignation des rigueurs exercées avec si peu de modération contre ces sectaires. Cependant on doit avouer que leur doctrine des impulsions spirituelles était propre à conduire leurs disciples des deux sexes , dont l'esprit était faible et l'imagination active , à des extravagances à la fois ridicules et révoltantes (2). Jacques Naylor en donna

(I ) Fox , Journal , i , 29 et scq. Sewel , i , 24 , 31 , 31; ' passim.

(2) • William Simpson fut poussé par le Seigneur a aller plusieurs fois pendant trois ans, le corps et les pieds nus, devant eux, comme signe sur eux dans les marchés, les cours, les villes, les villages, devant les maisons des prêtres et les maisons des grands : tous seront mis à nu comme il était mis a nu. D'autres fois il fut poussé à meure un sac sur sa (été et à souiller sa figure, et à leur dire que le Seigneur souillerait toute leur religion comme il était souillé. Ce pauvre homme supporta de grandes souffrances : il fut rudement foueué avec des fouets de . chevaux et des foueis de voiture , cruellement lapidé, et emprisonné pendant les trois ans qui précédèrent te |

un exemple frappant : il avait servi dans l'armée , et avait été quartier-maître dans le régiment de Lambert, emploi dont il se démit pour raison de santé (1). Il devint par la suite disciple de George Fox, et prédicateur principal dans la capitale; mais a il méprisa le pouvoir de Dieu » dans la personne de son maître , par qui il fut réprimandé, et écouta les flatteries séduisantes de quelques-uns de ses auditeurs fe-| nielles que son langage et son extérieur captivèrent au point qu'elles se persuadèrent que le Christ était incarné dans le nouvel apôtre. 11 n'était pas homme à contredire ce que l'Esprit leur avait révélé; il crut lui-même être un signe de la venue du Christ , et il accepta le culte qui lui fut rendu, non comme offert à Jacques Naylor, mais au Christ habitant en Jacques Naylor. Dans cette idée , pendant une partie de son voyage à Bristol et à son entrée dans cette ville, il se tint à cheval avec un homme marchant devant lui la tète découverte, deux femmes tenant la bride de chaque côté, et d'autres le suivant : l'une de celles-ci, Dorcas Erbury, assurait qu'il lavait ressuscitée étant morte depuis deux jours. De temps en temps , elles jetaient devant lui des écharpes et des mouchoirs, et chantaient : a Saint , saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées; Hosanna au plus haut des cieux; saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu d'Israël. » Ils furent arrêtés par le maire et envoyés à Londres pour être examinés par un comité du parlement. La chambre ayant entendu le rapport de la commission , déclara Naylor coupable de blasphème. On délibéra ensuite sur son châtiment : les plus zélés voulaient qu'on le punit de mort ; mais après un débat qui dura onze jours, la motion fut repoussée par une majorité de 96 voix contre 82. Cependaut la peine à laquelle il fut condamné fut assez cruelle pour contenter les plus fanatiques de ses adversaires. Il fut attaché deux heures au pilori , il fut fouetté depuis Palaceretour du roi , afin qu'ils pussent être arcrlis, mais ils ne le voulurent pas. » Fox , Journal , i , 572.

(1) Lambert parla de lui avec affection pendant la discussion : « Il a été deux ans mon quartier-maître , et il m'a été très-utile : nous nous en sommes séparés avec beaucoup de peine : c'était un homme d'une vie et d'une conversation tout à fait irréprochables.* Journal de | Burtoa, 1,33.

5i2 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Yard jusqu'à Old-Exchange , et reçut dans la I tendre appeler « Majesté. » 11 n'est pas probable io;ile trois cent dix coups de fouet. Quelques j que la vanité seule le portât à risquer de perdre jours après il fut remis au pilori ; on le marqua rattachement de ses amis pour une simple paau front de la letire B , comme blasphémateur, | rade et un vaiu nom. Il avait rendu le titre plus et on lui perça la langue avec un fer rouge (1). modeste de protecteur aussi grand et aussi for- Dc Londres la chambre ordonna qu'il fût con- midable que celui de roi: quoique sans couduit a Bristol, lieu de son crime. Il entra â ronne, il avait traité sur le pied de légalité Lamford'sgaie monté sur un cheval sansselle, le avec les tètes couronnées les plus fières de l'Envisage tourné vers la queue : il en descendit à rope. Il est plus croyable qu'il était guidé par Hocklrygale , et fut successivement fouetté des considérations d'intérêts: il savait que la dans cinq parties de la ville. Ses admirateurs , nation était. fatiguée de changements; il voyait toutefois, ne rougirent pas de ce martyr: ils quel penchant l'entraînait vers les anciennes le suivaient la tclc découverte en toute occa- institutions; et peut-être espérait il que l'étasion; ils baisaient et suçaient ses plaies, et blissement d'une monarchie héréditaire avec chantaient avec lui des passages de l'Écriture. ' une chambre des pairs, quoique sous une nou- A son retour à Londres, il fut mis au secret sans j vclle dynastie, et avec diverses modifications ,

plume, encre, papier, feu, ni lumière, et sans autre subsistance que celle qu'il pouvait gagner par son industrie. La , l'illusion qui le possédait

assurerait la couronne , non-seulement à lui , mais encore à ses descendants. Quelque motif qu'il pùt avoir, l'obtention de la dignité royale

cessa graduellement ; il reconnut que son esprit devint l'objet de sa politique actuelle. Il délibéra avait été dans les ténèbres, suite et châtiment (9 décembre), à ce sujet, d'abord avec Thurloe, de l'orgueil spirituel ; et il déclara qu'il prenait puis avec Saint-John et Pierpoint (1); et la roasur lui la honte de l'avantage qu'il avait donné ■ nière dont il essaya d'assouvirson ambition est au mauvais esprit. Il fut plus tard mis en liberté un exemple frappant de cette profonde dissimupar le «parlement-croupion.» et la société des ! lalion et de celte hypocrisie habituelle qui foramis, qui l'avait désavoué, l'admit de nouveau I ment les traits distinclifs de son caractère, dans son sein en faveur de son repentir. Mais ' La première occasion favorable de préparer ses souffrances avaient détruit sa santé : en 1660 l'esprit public pour cet important changement il fut trouvé mourant dans un champ du comté lui fut fournie par les mesures prises récemdelluntington, et il expira peu après (2). j nient contre Naylor, qui avaient excité un

Pendant que le parlement employait ainsi le grand mécontentement, non en raison de la

temps à poursuivre un crime qui ne leregar- sévérité du châtiment (car le rigorisme reli-

dait pas, Cromwcll roulait avec inquiétude gieux avait détruit les sentiments communs

dans son esprit un projet secret de la plus haute d'humanité), mais en raison de l'autorité judi-

importance pour lui et pour le pays. Ce n'était pas assez pour son ambition de posséder ac-

ciaire exercée par la chambre, autorité qui paraissait subversive des libertés nationales : «car

tuellemcut l'autorité suprême, et de l'exercer à quoi servait le droit déjuger, si le parlement

plus despoliquement qu'aucun de ses prédé- ' pouvait mettre de côté les tribunaux ordiuaires

cesseurs légitimes : il voulait monter un degré j se'on son bon plaisir, et infliger des châtiments plus haut , mettre le diadème sur sa tête et s'en- arbitraires pour des crimes supposés, sans les

: formes usitées pour l'instruction?» Tant que l'affaire fut devant la chambre, Cromwell garda (0 .Aujwrd-hui n. et moi aron» éié Toirpcmria |e si|ence; mais lorsque la première partie du

langue de ISayloret marquer son front, lia tiré la lanmie ' . . . . , , ',,

de bnu cœur, mais a un peu tressailli torique le fer a Julîpment eul été exécutée Sur le malheureux tourhé ton front, n était pâle lorsqu'il est sorti du pi- patient, il intervint comme gardien des droits lori, mai» très-rouge après quo» lui eut percé la tai.Cue. publics, et termina par ces mots la lettre qu'il Il «est comporté avec beaucoup de di,;inié et de pa- iWivil h I nr-iioitr An l, ,h,ml,M ru- Ail •ience,.p.26B.dan,iCjoUmaldeBurron,oàler^ Cfr.Mt à 1 orateur de la chambre (2o déc).

des débats sur Nayior occupe près de 140 par.e». I 0 INous» à l01 le gouvernement a été confié par

(2) Journaux, 5 17 déc. IHâ»; 8 sept. ; Procès d État, I T.gOl, 842. Mém.pol.,n"34.Se\vel, 263-2/3, 683. j (I) Tburloe, T, 691; vi , 20 , 37.

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