‹ Histoire d' AngleterreChapitre 256 sur 307 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

la faveur de la nation anglaise, ne sachant pas jusqu'où peuvent s'étendre les conséquences de pareilles mesures (prises tout à fait sans notre participation), nous désirons que la chambre nous fasse connaître sur quel fondement et par quel motif elles ont été prises,» Ce message frappa délonnemcnt les membres de la chambre (26 décembre) : peu d'entre eux consentaient à avouer qu'ils avaient dépassé leurs pouvoirs réels ; tous craignaient d'entrer en contestation avec le protecteur. Les débats durèrent trois jours : tous les expédients qui furent suggérés furent rejetés, et la discussion fut ajournée à un jour où, d'accord avec Cromwell , on ne fit pas de motion pour la reprendre (1) (1657, 2 janvier). Il avait déjà obtenu ce qu'il voulait : l'attention publique avait été dirigée sur les défauts de la constitution existante , et sur la nécessité de donner à l'autorité de la chambre des limites semblables à celles qui existaient sous l'ancien gouvernement

(1657) Au bout de peu de jours, on présenta un bill qui, sous prétexte d'assurer des fonds pour l'entretien des milices, tendait à confirmer les mesures prises précédemment par les majors généraux, et à les investir pour l'avenir d'une autorité légale. Le protecteur savait que le pays désirait être délivré du joug de ces gouverneurs militaires. Pour parvenir à son grand but, il était de son intérêt d'être bien avec toutes les classes de la nation : aussi, quoiqu'il fût le créateur de cette institution impopulaire; quoique, dans son discours d'ouverture au parlement, il l'eût louée emphatiquement ; quoiqu'il eût déclaré qu'après en avoir éprouvé l'utilité, a si la chose était détruite, il la rétablirait, » il abandonna non seulement les majors généraux & leur sort, mais même il donna ordre à ses affidés dans la chambre de se mettre à la tète de l'opposition contre eux. Après la première lecture du bill, son gendre, Glaypole, qui parlait rarement, se leva pour exprimer son dissentiment, et il fut imité par lord Broghill, que Ton savait être l'homme de confiance du protecteur. La taxe de décimalion fut dénoncée comme injuste, parce qu'elle

(1) Journal de Burton, i, 246 258,260-264, 270-282, 29(5.

violait l'acte d'amnistie, et la conduite des majors généraux fut comparée à la tyrannie des pachas turcs. Ces officiers se défendirent avec chaleur ; leurs adversaires eurent recours à des accusations personnelles (1), et la discussion, par suite d'ajournements successifs, occupa l'attention de la chambre pendant onze jours. A la fin (9 février), le bill fut rejeté à une nombreuse majorité, et les majors généraux, abandonnés par Cromwell, se trouvèrent exposés à des poursuites légales, relatives à l'exercice de pouvoirs qu'ils avaient acceptés pour obéir à ses ordres (2).

Pendant que cette question était encore pendante, un complot contre la vie du protecteur, dont les détails seront donnés plus bas, fut découvert et déjoué. Cette circonstance fut une occasion favorable à ses vues, et l'on parla à la chambre du rétablissement «de la royauté,» non comme d'un projet venant de lui, mais comme suggéré par occasion et spontanément par d'autres (19 janvier). Goffe ayant exprimé l'espérance que le parlement veillerait à la sûreté de la personne du protecteur, Ashe, député du Somerset sh ire, s'écria : a Je voudrais quelque chose de plus : c'est qu'il lui plût de se charger du gouvernement tel qu'il était suivant l'ancienne constitution ; cela mettrait un terme à ces complots, et établirait nos libertés et sa sûreté sur une base antique et inébranlable.» La chambre fut ainsi engagée par surprise : plusieurs blâmèrent la témérité de l'orateur; plusieurs applaudirent à son insinualiou et l'approuvèrent. Il l'avait jetée en avant pour sonder les dispositions de 6es collègues, et la discussion qu'elle provoqua servit à signaler

(1) Harry Cromwell, neveu du proucleur, dit qu'il était prêt à nommer quelques-uns des majors Généraux qui avaient agi tyranniquement. On croyait que ces paroles le feraient disgracier à la cour. < Mais Harry, dit une lettre particulière, est venu l'autre soir chez son atlesse; et il soutient ce qu'il a dit avec force et sagesse: et pour faire voir qu'il n'a pas parlé sans livre , il avait son livre noir et ses papiers prêts à garantir ce qu'il a dit. Son altesse lut a répondu en plaisantant : elle s'est dépouillée d'un riche manteau écarlale , a otéses gants, et a donné le tout a Harry, qui s'est pavané aujourd'hui à la chambre avec son nouveau manteau et se» {j'anl*. • Thurloe , vi, 20.

(2) Journaux , 7, 8, 12 , 19 , 20, 21 janv. ; 2, 3, 7, 8, 9 févr. Journal de Burton , 310-320.

à Cromwell les hommes à l'opposilion desquels il devait s'attendre (1).

\& découverte de la conspiration fut suivie d'une adresse (20 février) pour féliciter le protecteur, qui, de son cô!é, donna aux députés une fête vraiment royale à Whilchall. A leur réunion suivante (23 févr.), la proposition fut faite dans les formes par Palderman Pack, qui prit hardiment sur lui une tâche devant laquelle avait reculé la timidité de VVhitelock. Se levant de sa place, il présenta à la chambre un écrit, dont il dit, pour toute explication , qu'il avait été mis entre ses mains, et qu'il «avait pour but de constituer le pays. » Toutefois on en connaissait ou on en devinait déjà le contenu : plusieurs officiers se levèrent instantanément de leurs sièges, et Pack fut violemment porté à la barre. Mais lorsque l'ordre fut rétabli, il se trouva soutenu par Broghill, Whitclock, etGlynn, et en outre par tout le corps des hommes de loi, de ceux qui dépendaient de la cour. On lut l'écrit ; il était intitulé : «Humble adresse et remontrance;» protestait contre la forme actuelle du gouvernement, dont la sûreté dépendait de l'odieuse institution des majors généraux , et demandait que le protecleur prit un titre plus élevé, et gouvernât, comme on l'avait fait dans les siècles précédents, avec l'avis des deux chambres ou parlement, L'opposilion (elle se composait des principaux officiers, des membres influents dans le conseil, et de quelques représentants de comtés) accumula beaucoup d'obstacles devant les défenseurs de l'adresse; mais le nombre l'emporta; la chambre discuta successivement chaque article, et le projet tout entier fut enfin adopté, sauf l'omission de « la remontrance, » et avec le titre amendé de « humble pétition « t

avis» (2).

Tant que la question fut devant le parlement, la contenance publique de Cromwell fut celle d'un homme qui n'aurait pas été intéressé au ré>ullat ; mais il était intérieurement tourmenté par les reproches de ses amis et les pressentiments de sa conscience. Il voyait,

(1) Burton's Diary, 362-366.

(2) Journaux , 19 janir.; 21. 23, 24, 25 féyr. Thurloe, ti.74,78. Whilelock, 655, 656. Ludlow, «, 128. Journal de Burton , m , 160. I

pour la première fois, combattre coilrc lui de* hommes qui, dans toutes les circonstances de sa vie, s'étaient rangés autour de lui , et qu'il avait attachés à ses intérêts par des mariage* et des faveurs. A leur tête était Lambert, le commandant de l'armée d'Angleterre , l'idole des soldats, et le premier après lui en autorité; puis venaient Desborough, son beau-frère, major général dans cinq comtés, et Fleelwood , époux de sa fille Bridgct , et lord député d'Irlande (I). Lambert, dans une réunion particulière d'officiers, proposa de faire avancer cinq régiments de cavalerie, et de forcer la chambre à confirmer « l'instrument > et l'institution des majors généraux. Ce hardi projet fut approuvé; mais le jour suivant, ses collègues, ayant consulté le Seigneur dans leurs prières, se résolurent à en différer l'exécution jusqu'à ce qu'ils se fussent assurés des véritables intentions du protecteur; et Lambert averti par leur indécision, ne prit plus aucune part à leurs assemblées, et attendit en silence la suite des événements (2). lies deux autres, au contraire, continuèrent à faire l'opposition la plus active : ils ne se laissèrent pas séduire par les artifices du protecteur, qui, devant eux, parlait avec mépris de la couronne comme d'un hochet, et de Pack et de ceux qui l'appuyaient, comme d'enfants auxquels il serait bon défaire cadeau d'un « grelot » (3).

L'opposilion marquée de ces hommes encouragea les officiers supérieurs, qui se formèrent en conseil permanent sous les yeux mêmes de Cromwell, votèrent pour désapprouver le changement proposé, et, au nombre de 800, vinrent le trouver pour lui faire connaître leurs sentiments (4). Il répondit «qu'il y avait eu un temps où ils étaient moins opposés au titre de roi; l'armée le lui avait offert avec l'acte original du gouvernement : il l'avait rc-

(1) Desborough et Fleetwood quittèrent le colléfie de» jurisconsultes pour l'armée. Le premier épousa Anne , sœur du protecteur; le second , Bridget sa fille . et veure d'Ire ton : se défiant de ses principes, Cromwell lt- retint en Angleterre pendant que Henri Cromwell gouvernait l'Irlande arec le rang e major général. Noble, i, 103 ; n. 243, 386, 388.

(2) Clarend., Pap , m, 333.

(3) Ludlow, n, 131.

(1; Thurloe,Ti, 93,91, 101,219.

Page 1