‹ Histoire d' AngleterreChapitre 257 sur 307 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

jeté alors, et ne s'en souciait pas davantage actuellement; il avait toujours été le «valet» des officiers; il avait accompli l'œuvre dont ils Pavaient chargé, rt avait sacrifié son opinion à la leur. Si le parlement avait été convoqué, ç avait été contrairement à ses idées particulières; si un bill défavorable aux majors généraux avait été proposé dans la chambre, c'était contrairement à son avis. Mais les officiers avaient abusé de leur propre force : le pays demandait qu'on mit fin à toutes les mesures arbitraires; le châtiment de Naylor prouvait la nécessité de poser des bornes aux mesures judiciaires du parlement, et cette borne ne pouvait être obtenue qu'en augmentant l'autorité J du protecteur.» Cette réponse eut plusieurs partisans ; mais la majorité s'en tint obstinément à sa première opinion (1).

Cet esprit n'existait pas seulement dans l'armée : dans toutes les assemblées on entendait des hommes soutenir que rétablir la monarchie, c'était prononcer leur condamnation, les déclarer coupables de tout le sang qui avait été répandu pour la renverser. Mais nulle part celte proposition n'excita une plus profonde horreur que dans les conventicules des hommes de la cinquième monarchie. Selon leur doctrine, aie protectorat était une impiété, la royauté une usurpation sacrilège de l'autorité qui appartenait au seul roi, le Seigneur Jésus. Ils étaient ses témoins prédits dans l'Apocalypse; ils avaient dormi maintenant leur sommeil de trois ans et demi ; le moment était venu où ils devaient se lever et venger la cause du Seigneur. » Dans les conventicules de la capitale, le lion de Juda fut pris pour leur devise militaire; des armes furent préparées, et le jour du soulèvement fixé. Ils n'étaient, à la vérité, que 80; mais ils étaient les champions de celui qui , «quand ils seraient semblables à un ver, leur donnerait la force de renverser des montagnes. » Les projets de ces fanatiques n'échappèrent poini à l'œil pénétrant de Tburloe, qui, depuis plus d'un an, surveillait tous leurs mouvements, et était maître de tous leurs secrets. L'accord était mis dans leurs opérations par cinq per-

(1) Nom sommet redevables de ce singulier discours aux recherches de M. Rutt. Journal de Burton, i.

sonnes, dont chacune présidait une assemblée particulière, et laissait ignorer à ses subordonnés le nom des frères associéssous les quatre autres chefs. Il y eut une tentative inutile pour les unir aux niveleurs; mais les niveleurs avalent trop de confiance dans la prudence humaine : les fanatiques voulaient engager le combat et en laisser l'issue à leur roi céleste. Le jour fixé arriva (9 avril). Comme ils marchaient au lieu du rendez- vous, les soldats du Seigneur renconirèrent les soldats du protecteur; 20 furent faits prisonniers, les autres se sauvèrent et perdirent leurs chevaux et leurs armes, qui furent saisis au dépôt (1).

Pendant ce temps, la nouvelle forme de gouvernement avait reçu la sanction de la chambre. Cromwell, lorsqu'on la lui présenta, eut recours à ses artifices ordinaires, refusant publiquement ce qu'il désirait avec ardeur, et encourageant en secret ses amis à insister, afin que l'acquiescement qu'il donnerait dans la suite semblât venir d'un sentiment de devoir, et non de l'ambition du pouvoir. D'abord, en répondant à une longue et ennuyeuse harangue de l'orateur (31 mars), il leur parla a de la consternation de son esprit,» à la seule pensée d'un tel fardeau ; il sollicita du temps a pour demander conseil à Dieu et à son propre cœur;» et, après un interralle de trois jours (3 avril), il répondit que la nouvelle constitution, en ce qui regardait les nouvelles garanties qu'elle donnait aux libertés civiles et religieuses du peuple, avait son approbation sans réserve; mais qu'en ce qui le concernait lui-même, o il ne trouvait pas que son devoir envers Dieu et le pays l'obligeât de se charger du gouvernement avec le nouveau litre qu'on lui donnait » (2). Ses amis ne voulurent passe contenter de cette réponse : on renouvela le premier vote, et la chambre vint le trouver en corps, elle pria de se rappeler qu'il était de son devoir d'écouler l'avis du grand conseil des trois peuples. H répondit avec douceur a qu'il avait toujours des doutes sur un point , et tant que ses doutes subsisteraient, sa conscience ne lui

(1) Wbitetock,655 Tburloe, ti. 163, 18H88.

(2) Merc. Pol., n° 355. M. Rutt a découvert et inséré le* deux discours tout au long , dans le journal de Burton, 1,397-416.

ÛIG

permettait pas de consentir â ce qu'on lui demandait; mais qu'il voulait leur expliquer ses mol ifs, écouter les leurs, et qu'il espérait que, dans une conférence amicale, on pourrait trouver le moyen de concilier leurs opinions opposées et de se déterminer pour ce qui serait le plus avantageux au pays» (1).

Conformément à cet ordre, une commission de la chambre fut désignée pour écouter et résoudre les scrupules du protecteur. A leur grande surprise, ils ne le trouvèrent pas pressé d'entrer en discussion : tantôt il était indisposé et ne pouvait les recevoir, tantôt il était occupé d'affaires importantes. Dans trois occasions, ils obtinrent une entrevue. Il désirait traiter la question sous- le rapport de l'utilité : o si le pouvoir d'un protecteur était le même, disait-il, à quoi pouvait servir un roi? Ce titre blesserait des hommes qui, par leurs anciens services, avaient bien mérité qu'on respectât même leurs préjugés. Il n'était pas sûr que rétablir la royauté, ne fût pas renoncer à cette cause qu'ils avaient servie, et à cette Providence qui les avait si miraculeusement secondés. 11 est vrai, l'Écriture autorisait la dignité de roi ; mais au témoignage de l'Écriture on pouvait opposer «la main visible de Dieu, qui, dans la dernière lutte, avait déraciné la royauté. » On répondit gravement «que le titre de protecteur était nouveau, celui de roi ancien; que le premier n'avait pas de signification précise; que le dernier se trouvait mêlé à toutes nos lois et à toutes nos institutions; que les pouvoirs de l'un étaient inconnus et variables; ceux de l'autre, déterminés et limités par les coutumes et les lois établies. L'abolition delà royauté n'entrait pas originairement dans les vues du parlement : l'opposition était contre la personne, non contre la dignité; elle fut ensuite accomplie par une partie seulement du corps représentatif, tandis que son rétablissement était demandé actuellement par une bien plus grande autorité, le parlement entier des trois royaumes. Ce rétablissement était nécessaire pour sa sûreté et la leur, puisque , en vertu de la loi, tous les actes d'un roi en possession de ce rang, mais d'un roi seulement, sont bons et valides. Il y en avait qui prétendaient que roi et premier magistrat étaient

(1) Thuiloe.1, 751, 756. Pari. Ili»t., m, 1493 1495.

synonymes; mais personne cependant n'avait osé substituer un terme à l'autre dans les Écritures, où tant de contrats d'alliances, de promesses, et de préceptes, sont joints au litre de roi. On ne pouvait alléguer, dans le présent cas, «la main visible de Dieu; » car la main visible de Dieu avait déraciné le gouvernement d'un seul homme, aussi clairement que celui d'un roi. » Cromwell promit de donner l'attention nécessaire à ces arguments : il avoua à ses amis particuliers «que ses scrupules étaient levés,» et en même temps (20 avril}, pour éclairer l'ignorance du public, il ordonna de publier un rapport sur les conférences (1).

Le protecteur, toutefois, n'avait pas un de ces caractères qui prennent et exécutent promptement une résolution: il était rare qu'il arrivât à son but en droite ligne ; il préférait les circuits et les routes détournées. Il avait l'habitude de considérer les questions dans tout ce qu'elles renfermaient de conséquences possibles; il trouvait toujours de nouvelles raisons pour attendre, au point qu'il encourut plusieurs fois le reproche d'irrésolution et de timidité (2). Au lieu de rendre une réponse claire et décisive, il chercha â gagner du temps en demandant le sentiment de la chambre sur plusieurs passages de la pétition, sur le montant présumé du revenu annuel, et sur la ratification des ordonnances émanées de lui et des actes passés par le petit parlement. Par ce moyen, il obtint un délai de quinze jours, pendant lesquels il se consulta fréquemment avec Broghill, Pierpoint, Whitelock , Wolseley, et Thurloc (3). Enfin, on se dit tout bas à la cour que le pre^tecteur était décidé à accepter le titre (6 mai);

(1) Voyez : t Preuves que la monarchie est la forme du Gouvernement la plu* ancienne et la plus légitime, etc.,» 1600. Walker, Antiquités et recherches historiques, i, 5-27. Journal de Burton, App., u , 493. Thurloe, vi, 219. Whitelock ,656. Journaux , 9-21 avril.

(2) tTous les hommes sages du dehors s'étonnent du retard- » Tburloe, vi , 247. Voyez aussi (Jarend , Pap , 111,339.

(3) • Dans ces assemblées, dit Whitelock , déposant sa grandeur, il était excessivement familier avec nous; et, par manière d'amusement, faisait des vers avec nous, et chacun devait exercer son imagination. Il faisait apporter ordinairement du tabac, des pipes, et une chandelle , et daignait de temps en temps prendre du tabac lui-même. Ensuite il reveuait a sa grande et sérieuse

I affaire. • 656.

Page 1